Ces descendants de l’empereur moghol qui vivent dans la misère

L’arrière-grand-père de son défunt mari était Muhammad Bahâdur Shâh II, dernier empereur moghol d’Inde. Sultana Begum n’a pourtant jamais connu les palais. Elle vit dans une modeste maison d’Howrah, dans la banlieue de Calcutta, et vendait du thé dans une échoppe pour survivre. Son époux, décédé dans les années 80, faisait partie de quelques descendants de l’empereur à vivre dans la misère et l’anonymat. Il descend du fils unique de l’impératrice Zinat Mahal, l’épouse favorite du dernier empereur.

Sultana Begum, veuve de l’arrière-petit-fils du dernier empereur moghol et sa fille, dans un bidonville d’Howrah (Photo : Shivnath Jha/Aandolan)

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Qui sont les descendants du dernier empereur Bahadur Shah II ?

Impliqué dans la révolte des cipayes en 1857, l’empereur moghol se cache à la tombe de Humayun avec quelques membres de sa famille, pour échapper aux Britanniques. Le lieutenant britannique William Hodson arrête l’empereur et abat deux de ses fils et un petit-fils. L’empereur Muhammad Bahâdur Shâh sera jugé puis envoyé en exil à Rangoun, en Birmanie, où il mourra quelques années plus tard, en 1862. Le dernier empereur avait quatre femmes et de nombreuses concubines. On lui connait 22 garçons et au moins 32 filles.

L’arrestation du dernier empereur moghol, aussi appelé roi de Dheli, par le Britannique William Hodson (Image : Domaine public)

Les deux fils tués par le soldat britannique sont Mirza Mughal et Mirza Khizr Sultan. Le petit-fils tué était l’aîné des petits-fils de l’empereur, Mirza Abu Bakht. Il était considéré par certains comme l’héritier de l’empereur, son propre père, le dernier prince héritier de l’empire moghol était mort l’année précédente du choléra (ou d’empoisonnement).

Le dernier prince héritier, mort du choléra et dont le fils aîné avait été tué par le soldat britannique, avait encore un autre fils, Mirza Fakhrunda Jamal. Ce dernier eut un fils Hamid Shah et une fille Begum Qamar Sultan. Ils sont les ancêtres de descendants actuels qui forment la lignée de Delhi.

La lignée d’Hyderabad est celle qui descend de Mirza Quaish, un autre fils de l’empereur. Mirza Quaish eut un fils, Mirza Abdullah, qui lui même eut un fils Mirza Pyare, marié à Habib Begum. La troisième lignée connue est celle d’Howrah. Elle descend d’un autre fils de l’empereur, Mirza Jawan Bakht, qui eut un fils, Jamshed Bakht, lui-même eut un fils unique légitime, Mohammed Bedaar Bakht. Selon les papiers officiels, ces trois branches sont les seules lignées reconnues par l’Inde comme étant les descendants de l’ancien empereur. Au vu du nombre important d’enfants de l’empereur, on peut imaginer que de nombreux autres descendants existent, vivant dans la même misère que leurs cousins officiellement reconnus.

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La vie de misère de la lignée d’Howrah

La lignée d’Howrah est connue grâce au site Aandolan, qui est parti à la rencontre de descendants du dernier empereur. Les descendants de la lignée d’Howrah sont intéressants, car ils descendent de Mirza Jawan Bakht, l’un des fils de l’empereur, qui eut des prétentions d’héritier. Il était le 15e fils de l’empereur et le seul enfant que le souverain avait eu avec Zinat Mahal.

Mirza Jawan Bakht (15e fils de l’empereur) avec l’un de ses demi-frères (Photo : domaine public)

Zinat Mahal bien que n’ayant donné qu’un seul fils à l’empereur était son épouse favorite. Elle utilisait le titre de Begum Sahiba et est considérée comme la dernière impératrice moghole. Elle est aussi la seule impératrice moghole de l’histoire dont il existe une photographie.

L’impératrice Zinat Mahal a tenté de faire de son fils unique l’héritier de l’empereur. À gauche une représentation de Zinat Mahal, épouse favorite et à droite, la seule photo de Zinat Mahal (Images : domaine public)

Lorsque son époux fut arrêté et envoyé en exil en Birmanie, elle le suivit. À la mort de l’empereur en 1862, elle qui était la matriarche de ce qui restait de la famille impériale, tenta de faire accepter son fils unique, Mirza Jawan Bakht, comme étant le prétendant au trône et chef de l’ancienne maison impériale. Le prince héritier était déjà mort du choléra, deux autres fils de l’empereur avaient été tués ainsi que le petit-fils de l’empereur, fils du prince héritier. La voie semblait libre pour le fils unique de la Begum Sahiba mais à la mort de son époux, les Britanniques avaient interdit toute prétention au trône dans la famille, ce qui ne permit pas réellement de désigner une lignée héritière à travers l’un des descendants de l’empereur.

Comme nous l’avons vu Mirza Jawan Bakht eut un fils, Jamshed Bakht, qui lui-même eut un fils unique légitime, Mohammed Bedaar Bakht. Mohammed Bedaar Bakht épousa Sultana Begum. Loin des palais d’antan, la famille, comme les nombreux autres descendants de l’empereur vivent dans la misère. Sultana Begum, qui est veuve depuis 1980, vit dans une modeste maison. Elle a eu cinq filles et un fils. Les filles de la famille n’ont pas reçu d’éducation. Pour survivre, elle tenait jusqu’il y a peu une échoppe à thé.

Le journaliste Shivnath Jha discute avec Sultana Begum et sa fille dans leur maison (Photo : Shivnath Jha/Aandolan)

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Depuis quelques années, Sultana Begum, aujourd’hui âgée de 67 ans, a arrêté de travailler. Elle touche dorénavant une pension de l’État de 6000 roupies par mois, soit 68 euros. Sa fille cadette, Zeenat Mahal Shaikh, 40 ans, arrière-arrière-petite-fille du dernier empereur, a accepté de parler de leur condition de vie au Times of India. Si les enfants de Sultana Begum tentent à présent d’atteindre la classe moyenne, la veuve de Mohammed Bedaar Bakht n’a que sa maigre pension pour survivre à Howrah, une ville voisine à Calcutta, dans l’État du Bengale-Occidental.

Lorsque la presse indienne a mis en lumière la tragique histoire de Sultana Begum, elle fut connu comme la « princesse des bidonvilles ». Selon Iqbal Ahmed Nawab, l’un des gendres de Sultana Begum, elle ne touchait qu’une aide de l’État de 400 roupies, soit 4,5 euros, depuis la mort de son mari en 1980, jusqu’à ce que son histoire fut révélée dans la presse. C’est la présidente de l’Inde de l’époque, Pratibha Patil, qui fit preuve de générosité et l’éleva à 6000 roupies, après avoir appris son histoire.

Le gendre de la princesse désargentée tente également de redorer l’image des empereurs moghols, qui sont souvent critiqués et considérés dans les livres d’histoire modernes comme étant des voleurs et des tyrans. « Les Moghols ont gouverné l’Inde jusqu’à la toute fin (1857) et ne se sont pas rangés du côté des Britanniques, contrairement à tant de petits rajahs indiens (rois) qui se targuent encore de leur richesse royale parce qu’ils s’étaient inclinés devant les Britanniques », fulmine l’époux de Raunaque Zamani Begum, la deuxième fille de Sultana Begum.

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Quelle destinée pour les autres lignées ?

Les lignées de Delhi et d’Hyderabad ont connu la même destinée que celle d’Howrah. Les descendants de l’empereur vivent de petits boulots, dans de modestes logements. Il existe d’autres descendants non répertoriés ainsi que de nombreux descendants d’autres empereurs moghols, qui sont donc les descendants de cousins du dernier empereur. Certains d’entre eux ont une vie plus confortable, notamment parce qu’ils ont obtenu des postes plus importants à l’époque, avant ou après la révolution de 1857.

Le dernier empereur moghol Bahadur Shah II (Image : Domaine public)

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L’empire moghol a été fondé par Babur en 1526, lorsqu’il défit Ibrahim Lodi, le dernier sultan de Delhi. L’empire marque la persanisation et l’expansion musulmane en Inde. À son apogée en 1687, l’empire va peu à peu décliner à partir de 1700 et éclate en 1707, à la mort de l’empereur Aurangzeb et suites aux nombreuses invasions musulmanes et européennes. En 1763, l’empire est divisé en différents états princiers, protectorats, colonies,… L’empereur moghol ne « règne » plus en réalité que sur le Fort Rouge de Dheli. En 1857, a lieu la révolte des cipayes contre la Compagnie britannique des Indes orientales. Les Indiens perdront cette révolte, soutenu par le dernier empereur moghol, qui sera arrêté et envoyé en exil en Birmanie. L’empire moghol laisse place à un Raj détenu par la Couronne britannique, qui reconnait 21 États princiers.

Sources : Scoopwhoop, Times of India, Aandolan

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr