Qui sont les héritiers de l’Empire byzantin ?

Aujourd’hui, il est impossible de retrouver un héritier légitime direct des derniers empereurs byzantins. La dernière trace avérée d’un héritier direct de la dynastie Paléologue remonte au 16e siècle. Bien entendu, il existe aujourd’hui de nombreux descendants des différentes dynasties impériales ainsi que des prétendants au trône, certains fantasques d’autres dont la filiation est avérée (notamment à travers les descendants d’Ivan III de Russie). Néanmoins, ils ne peuvent être officiellement considérés comme des « héritiers » du titre, étant donné que l’héritage impérial en lignée directe (par héritiers mâles) s’est éteinte au 16e siècle.

Qui sont les prétendants au trône byzantin ? Existent-ils des héritiers actuels ? Quelles sont les familles descendantes des empereurs byzantins ?

La couronne de l’empereur Constantin IX, un empereur byzantin mort en 1056. (Image : WikiCommons)

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L’extinction de la dynastie Paléologue

La dernière dynastie à avoir régné sur l’Empire byzantin était la famille Paléologue, qui en 1261 était à la tête d’un territoire allant de l’Albanie jusqu’à la moitié est de la Turquie actuelle. En 2 siècles de règne, les Paléologue ont vu leur empire se réduire en peau de chagrin, terminant uniquement avec la ville de Constantinople, qui tomba aux mains des Ottomans en 1453.

Représentation du sultan Mehmet II, victorieux après la chute de Constantinople (Image : domaine public)

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Le dernier empereur Constantin et ses frères Démétrios et Thomas

Le dernier empereur Constantin XI Paléologue est mort sans descendant. Il avait déjà succédé à son frère, Jean VIII Paléologue, qui n’avait pas eu d’enfants. Ils sont tous les deux les fils de l’empereur Manuel II. Manuel II a eu plusieurs fils, dont plusieurs furent empereurs, le dernier étant Constantin. Mais vraisemblablement que le suivant, Démétrios aurait succédé à Constantin si l’Empire byzantin n’avait pas pris fin. Et même le dernier, Thomas aurait eu ses chances, Démétrios n’ayant pas eu de fils. À la mort de Constantin, les deux frères restants, Démétrios et Thomas se sont affrontés pendant de nombreuses années, revendiquant l’héritage du trône impérial, et se partageant le rôle de despotes de Morée. Thomas et Démétrios meurent avec une maigre descendance, l’un en 1465 l’autre en 1470. Démétrios a une fille, Hélène, qui finit envoyée dans un harem du sultan ottoman et qui meurt même avant son père. Quant à Thomas, il a 4 enfants : Hélène, André, Manuel et Sophie.

Représentations de Constantin XI Paléologue, dernier empereur byzantin, lors de la prise de Constantinople par les Ottomans, où il mourut en 1453. (Image : peinture de Theophilos Hadjimichaïl, Domaine public)

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Les descendants de Thomas Paléologue

Les 4 enfants de Thomas Paléologue ont eu une descendance certaine ou incertaine et il est probable qu’aujourd’hui, certains sont en vie. Concernant l’héritage direct du titre par héritier mâle, c’est une autre histoire…

  • Hélène épouse Lazar Branković. Ils auront trois filles qui épouseront un roi de Bosnie (puis finira dans un harem), un comte palatin et un seigneur albanais. Une descendance subsiste aujourd’hui, à travers les descendants du comté palatin de Céphalonie et Zante, comme la famille italienne Tocco. Les descendants du seigneur albanais portent aujourd’hui le nom de Castriota, également en Italie aujourd’hui.
  • André est bel et bien le descendant masculin le plus direct de l’empereur Manuel II, qui était son grand-père et il est le neveu du dernier empereur Constantin. À ce titre, le pape le reconnait et il adopte le titre d’imperator Constantinopolitanus. André distribue des titres de noblesses byzantins et se comporte en prétendant au trône. Néanmoins, en 1494, il vend ses droits héréditaires au roi de France, Charles VIII. Sur son dernier testament écrit en 1502, il lègue ces mêmes droits à Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille. Il meurt en 1505 et depuis lors, l’Espagne revendique les titres reçus en héritage. D’un point de vu biologique, l’héritage se poursuit sur trois générations (avant de s’éteindre) car André avait un fils, Constantin Paléologue, commandant de la garde pontificale. Constantin eut une fille, Dominique, maitresse du noble Evandro Conti. Evandro et Dominique eurent deux enfants, Marzo et Giulia. Giulia fut religieuse et mourut sans descendant dans un monastère. Marzo fut chevalier de Malte et mourut sans descendance. Ainsi s’éteint, avec Marzo, au 16e siècle, la lignée du dernier descendant direct des empereurs byzantins, qui avait été prolongée par André.
  • Manuel, troisième enfant de Thomas Paléologue a préféré se ranger du côté des Ottomans et quitter le giron impérial. Il a deux fils, Jean et Andreas. Jean meurt jeune sans descendant, Andreas se convertit à l’islam et prend le nom de Mehmet Pacha. Peu de choses le concernant son connues. Il a peut-être une descendance.
  • Quant à Sophie Paléologue (aussi appelée Zoé), dernière des 4 enfants de Thomas, elle épouse Ivan III le Grand, Grand-prince de Moscou et de toute la Russie. Lors de son mariage, Sophie apporte comme dot le blason impérial byzantin de l’aigle à deux têtes. Ici commence le mythe des empereurs de cette « Troisième Rome ». Le titre de Grand-prince sera remplacé par celui d’empereur (tsar), avec Ivan IV. Titre qu’utilisait déjà Ivan III pour se désigner lui-même.

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Les héritiers des titres impériaux byzantins

Plus tard, les mentions de « Troisième Rome » ou d’empire résonneront à plusieurs reprises à différentes étapes de l’histoire. Que ce soit le Saint-Empire romain germanique, l’empire russe ou même l’empire autrichien, ils ont tous voulu jouer sur une filiation symbolique ou légitime avec l’empire romain d’occident ou d’orient. Les tsars utilisent l’aigle à deux têtes, en souvenir de l’héritage qu’aurait transmis Sophie à Ivan III. Quant aux Espagnols, de nombreuses villes (comme Tolède, par exemple) adoptent l’aigle bicéphale suite à la transmission des droits par André Paléologue à Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, comme indiqué dans son testament. D’autres familles réclament l’héritage, mais il faut dire qu’ils prétendaient déjà au trône, alors que l’empire byzantin existait toujours. Il y a notamment les héritiers des croisés qui lors de la 4e croisade ont fondé l’empire latin, mettant fin à l’empire byzantin en 1204. L’empire byzantin sera réinstauré 60 ans plus tard, en 1261 (avec les Paléologue), et existera encore 2 siècles. Par ailleurs, lorsque Jacques des Baux, dernier à porter le titre d’empereur latin (bien que l’empire latin était géré en exil depuis déjà 100 ans puisque l’empire byzantin avait été restauré par les Paléologue), mourut sans descendants, ses titres et ses prétentions au trône latin furent transmis par testament à Louis 1e d’Anjou. Ce dernier a pour descendants les membres de la famille Habsbourg-Lorraine et les empereurs autrichiens. Notons que les descendants de Louis 1e n’ont jamais utilisé les titres.

D’autres héritiers et descendants se proclamèrent au fil des siècles. Des ordres se disent également avoir une filiation directe avec d’anciennes familles impériales. C’est le cas de l’ordre sacré et militaire constantinien de Saint-Georges, qui est actuellement détenu par la famille de Bourbon-Siciles. La création de cet ordre remonterait à une date légendaire et aurait été ravivé par les descendants des Anges, dynastie qui a régné 18 ans sur l’Empire byzantin après la chute de la dynastie des Commènes.

Les descendants actuels des empereurs byzantins

Les noms de famille Paléologue, Palaiologos, Paleologu ou autres déclinaisons orthographiques, que l’on trouve en France, dans les Balkans, en Grèce, en Roumanie, qui existent encore aujourd’hui ont de fortes chances de descendre de l’ancienne famille impériale. Certains membres ne revendiquent aucune filiation quelconque, d’autres au contraire en feront leur mission. Il en va de même pour les descendants d’autres familles impériales antérieures aux Paléologue, comme les Cantacuzène, les Ange, les Comnène ou les Lascaris.

Un descendant des Paléologue connu, engagé en politique est Theodor Paleologu, un ambassadeur roumain de mouvance monarchiste, qui a également siégé au parlement. Theodor Paleologu s’est présenté à l’élection présidentielle roumaine en 2019.

Toutes les familles royales actuelles (ou presque) sont descendantes d’anciens empereurs byzantins. En exemple, on peut donner la filiation entre Louis XIV et l’empereur Alexis Comnène. Sachant que de nombreuses familles royales ont Louis XIV pour ancêtre, cela veut dire qu’ils ont également des empereurs byzantins comme ancêtres.

L’empereur Alexis 1e Comnène maria sa fille Théodora à Constantin Ange. Constantin et Théodora sont les parents d’Andronik Doukas, lui-même père de l’empereur Isaac II Ange, qui eut lui-même une fille, Irène Ange, qui épousa Philippe de Souabe, roi de Germanie. Irène et Philippe eurent Béatrice dite Elisabeth, qui épousa Fernand III de Castille. Fernand et Elisabeth sont les parents du roi Alphonse X de León, père d’Henri II de Castille, père de Sancho IV, père de Ferdinand IV, père d’Alphonse XI, père d’Henri II, père de Jean Ie, père d’Henri III, père de Jean II, père d’Isabelle de Castille (qui est l’héritière testamentaire avec son époux Ferdinand d’André Paléologue, dernier héritier mâle direct de l’empereur Constantin XI). Isabelle de Castille est la mère de Jeanne Ière, elle-même mère de Charles Quint, père de Philippe II, père de Philippe III, père d’Anne d’Autriche, mère de… Louis XIV.

Rappelons qu’être descendant d’une de ses familles, même de façon avérée, ne donne pas droit à une revendication quelconque puisqu’il est impossible de déterminer parmi ces milliers de cousins lointains vivant aujourd’hui, qui a le lien de parenté le plus proche avec l’un des empereurs. C’est la raison pour laquelle il n’existe pas de chef de famille de l’une de ces dynasties, celles-ci étant incapables de déterminer un ordre de succession valable.

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Les prétendants fantasques au trône impérial byzantin

Parmi les prétendants modernes, il y a notamment l’Irlandais Nicholas Macdonald Sarsfield Cod’d, que les historiens ont appelé le Roi de Grèce irlandais. En 1830, alors que la Grèce cherche à élire un souverain pour son pays, et que Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, futur premier roi des Belges, a décliné le trône, Nicholas Macdonald Sarsfield Cod’d s’est fait connaitre. Il a proposé sa candidature pour devenir roi de Grèce, prétendant être descendant des Paléologue et aussi de Diarmaid Mac Murchada, un roi irlandais du 12e siècle.

Plusieurs Français portent le patronyme de Paléologue. Selon certains généalogistes, ils pourraient descendre de Théodore II, à travers un fils méconnu, du nom d’Emmanuel Petrus. L’un de ces Français, qui revendique être l’un de ces descendants, il y a Maurice Paléologue, mort en 1944, qui était un diplomate accrédité à Tanger, Moscou, puis Pékin. Il était descendant d’une famille illégitime de boyards roumains.

Eugenio Lascorz y Labastida, mort en 1962 était un avocat espagnol qui prétendait que son nom de famille Lascorz était un dérivé de Lascaris, comme l’ancienne dynastie byzantine. Il a tenté à plusieurs reprises de faire reconnaitre son titre de prince, même devant la justice. Ses enfants portent des noms d’empereur en mémoire de ces prétendus illustres aïeux.

Marziano II, sacré empereur byzantin dans les années 50

Marziano Lavarello est peut-être le plus connu de tous. Il fut « sacré empereur » sous le nom de règne de Marziano II. Originaire d’une riche famille génoise, il prétendant être descendant des Lascaris et des Paléologue, ainsi que de la dynastie serbe des Obrenovic. En 1973, « Sa Majesté impériale » publiera même un livre généalogique qui permet de le relier à ses illustres aïeux byzantins et bien au-delà… allant jusqu’à Zeus. Il mourut en 1952 dans son appartement de Rome, ayant dépensé quasiment toute sa fortune dans l’organisation de fastueuses cérémonies, banquets, et autre activités mondaines.

Peter Mills, mort en 1988, est un Anglais qui lui aussi réclama le trône impérial byzantin, se faisant appelé Petros Ie, despote et autocrate des Romains. Cet homme farfelu, bien connu sur l’île de Wight, prouvait sa filiation en passant à travers de nombreuses filiations douteuses et de proximité lexicale entre plusieurs patronymes familiaux. À sa mort, il légua son titre à sa dernière épouse, Patricia, qui continua à se faire appeler Sa Majesté impériale Patricia. Nicolas, le fils de Peter, n’a jamais soutenu les théories de son père et ne compte pas reprendre le flambeau.

La chute de Constantinople et la fin de l’empire byzantin expliquées simplement :

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr