Qu’est-il arrivé à la princesse Latifa ? Le divorce de l’émir de Dubaï et de la princesse Haya est-il lié à sa disparition ?

Le 11 mars 2018, une vidéo tournée environ un mois plus tôt, est postée sur YouTube. Une jeune femme prénommée Latifa se présente en anglais, face à la caméra, comme étant la fille de l’émir de Dubaï Mohammed ben Rachid al-Maktoum. Dans cette vidéo de 39 minutes, elle raconte sa vie, son calvaire, sa fuite ratée en 2002, son emprisonnement de 3 ans et annonce qu’elle planifie une nouvelle évasion. La vidéo publiée en mars, a été postée quelques jours après l’évasion. Que s’est-il réellement passé le 24 février 2018 et les jours suivants à bord du Nostromo ? La disparition de la cheikha Latifa est-elle liée à la fuite récente de la princesse Haya ? Russell Flowers, garde du corps de la princesse Haya a-t-il divulgué des informations qui auraient précipité sa fuite et sa demande de divorce ? Retour sur la disparition inquiétante de la princesse Latifa.

Mise à jour 05/03/2020 : La justice britannique reconnait coupable l’émir de Dubaï d’avoir orchestré le kidnapping de ses filles.

La disparition de la princesse Chamsa

La princesse Latifa bint Mohammed ben Rachid al-Maktoum est une des filles de l’émir de Dubaï, issue de sa relation avec l’Algérienne Houria Ahmed al-M’aach. Elle a deux sœurs aînée, Maitha et Chamsa, et un frère cadet Majid. Elle a également de nombreux demi-frères et demi-sœurs, issus des autres relations de son père, qui a eu 6 femmes. Elle a notamment deux autres demi-sœurs qui s’appellent Latifa. En 2000, sa sœur Chamsa aurait tenté de fuir, à bord de sa Range Rover. L’évasion a eu lieu en Angleterre, alors qu’elle logeait dans l’une des demeures familiales. Elle est interceptée et reconduite à Dubaï. Depuis, la princesse Chamsa n’a plus jamais donné signe de vie…

La première tentative d’évasion de la princesse Latifa

En 2002, âgée d’à peine 16 ans, la princesse Latifa a elle aussi tenté de fuir son père et Dubaï. Elle et a été ramenée dans l’émirat, interceptée par la police des frontières au sultanat d’Oman. « Le bras droit de mon père m’a mise en prison », explique-t-elle dans une vidéo postée en mars 2018 (filmée auparavant et diffusée après sa disparition), dans laquelle elle revient sur sa première évasion et son plan de repartir pour une deuxième fois. Suite à sa première tentative, elle serait restée en prison pendant 3 ans et 4 mois. Elle y aurait été torturée et battue. « J’en suis sortie en octobre 2005 (…) Je n’ai pas le droit de conduire, je n’ai pas le droit de voyager ni même de quitter Dubaï. Je ne peux pas. Je n’ai plus quitté le pays depuis 2000. »

La princesse Latifa planifie sa deuxième évasion fin 2017

Entre fin 2005, date de sortie de la princesse de prison, et début 2018, Latifa fait quelques apparitions publiques, comme si tout était normal. Elle vit en permanence accompagnée d’un garde ou d’un chauffeur qui remonte le moindre de ses faits et gestes à son père. Mais en février 2018, c’en est trop et elle décide à nouveau de fuir. Avant l’évasion, elle enregistre une vidéo de 39 minutes, qui ne sera dévoilée et mise en ligne sur YouTube par un proche qu’après l’évasion. « Je fais cette vidéo car il pourrait s’agir de la dernière vidéo que je fais. Oui… Prochainement, je vais… en quelque sorte partir. Et je ne suis pas certaine de l’issue de tout ça. Mais je suis sûre à 99% que ça marchera. », raconte la princesse Latifa. « Il faut que je fasse cette vidéo, au cas où il m’arriverait quelque chose. Ça ne sera pas fait pour rien. Quelqu’un aura ces images. Je dois bien me souvenir de tout raconter parce que ça pourrait être ma dernière vidéo. »

Comment s’est déroulée la fuite de la princesse Latifa ?

Latifa et son amie finlandaise Tiina Jauhiainen, qui aurait été son ancienne prof de capoeira, partent en balade en jet-ski, le 24 février 2018. Elles s’éloignent et parviennent à quitter la frontière maritime du sultanat d’Oman. Elles arrivent à monter à bord d’un yacht, le Nostromo, sur lequel serait présent Hervé Jaubert, un ancien agent de renseignement français. Jusque-là, l’opération préparée depuis quelques mois fonctionne à la perfection. Elle vivra quelques jours sur le yacht, protégée dans les eaux étrangères. Depuis le navire, elle poste des messages sur les réseaux sociaux pour expliquer qu’elle a bien fui le pays.

La princesse Latifa à côté de son amie finlandaise Tiina Jauhiainen avant l’évasion (photo : BBC)

Le yacht Nostromo disparait près de l’Inde et réapparait quelques jours plus tard sans la princesse Latifa

Au bout d’une semaine, le Nostromo, qui approche des côtes indiennes sait qu’il est suivi. Hervé Jaubert contacte même un journaliste en Inde, le 3 mars, pour le prévenir qu’ils arrivent et qu’ils auront besoin d’aide une fois arrivés sur le sol indien. Le lendemain, le Nostromo est porté disparu, alors qu’il approchait des côtes de Goa. À bord se trouvaient la princesse Latifa, la Finlandaise Tiina Jauhiainen, Hervé Jaubert et trois Philippins membres de l’équipage. Les renseignements indiens et la Garde côtière se refusent de commenter la disparition, ne voulant pas expliquer comment un yacht pouvait disparaitre.

Soudainement, le 20 mars, le Nostromo apparait au port de Fujaïrah, aux Émirats arabes unis, mais à son bord, il n’y a plus que Hervé Jaubert et l’équipage philippin. Le 22 mars, Tiina réapparait et rejoint la Finlande, en transitant par Londres. Parallèlement, un Français résidant à Oman est arrêté. Il serait un ami proche de Tiina et aurait aidé Latifa à s’échapper le jour de leur balade en jet-ski. Cet homme considéré comme complice arrive à s’enfuir et rejoindre le Luxembourg. Finalement, les Émirats arabes unis abandonnent son mandat d’extradition, préférant étouffer toute l’affaire. Le Bureau d’enquête finlandais abandonne lui aussi son enquête, étant donné que Tiina est revenue et l’affaire est ainsi étouffée. La seule personne ayant réellement disparue est la princesse Latifa.

Que s’est-il passé lors du raid du Nostromo au large des côtes indiennes ?

En juin 2018, Tiina Jauhiainen accorde une interview à The Times et Hervé Jaubert parle lui aussi dans la presse. Leurs versions des faits concordent. Ils racontent l’incroyable raid dont ils ont été victimes à l’approche de Goa, en Inde. Ils se savaient suivis et ils avaient raison. Visiblement les autorités indiennes ont collaboré avec les autorités émiraties et ont participé à l’arraisonnement du yacht. Trois navires de guerre indiens et deux navires émiratis coincent le Nostromo. Des militaires armés sortent des navires et au moins une dizaine d’autres militaires sautent depuis un hélicoptère, à bord du yacht. Les militaires bandent les yeux des passagers et les passent à tabac.

La prince Latifa hurle sa demande d’asile aux militaires indiens, qui visiblement ne comptent pas l’aider. « Je réclame l’asile politique ! S’il vous plaît, ne me ramenez pas, tuez-moi plutôt », aurait crié en anglais la princesse, selon les propos rapportés par Tiina. Selon Tiina et Hervé Jaubert, leurs vêtements sont en lambeaux, Hevré Jaubert a le visage contusionné. Toujours les yeux bandés, ils ne savent pas ce qu’il se passe. Lorsqu’on leur redonne la vue, ils sont au port de Fujaïrah et sont séparés. Hervé reste à bord et le yacht est envoyé au Sri Lanka. Tiina va encore devoir subir des interrogatoires, avant d’être relâchée grâce à l’intervention des autorités finlandaises.

Où se cache la princesse Latifa, que lui est-il arrivé ?

Officiellement l’émirat de Dubaï a expliqué que l’incident était une conspiration étrangère et notamment du Qatar, voulant aussi rassurer la presse sur l’état de santé de la princesse. L’émirat assure qu’elle va bien et qu’elle est de nouveau auprès de sa famille, ne voulant plus commenter l’histoire, étant une « affaire privée ». S’il y a de fortes chances qu’elle se trouve effectivement auprès de sa famille, on ignore tout de ses conditions de vie. Elle affirmait avoir déjà fait 3 ans de prison lors de sa première tentative de fuite en 2002. Peut-être connait-elle le même sort actuellement. Personne ne sait où elle est et ce qu’elle vit.

La princesse Haya en savait-elle trop sur les conditions de détention de la princesse Latifa ?

Récemment, la fuite de la princesse Haya, sixième femme de l’émir de Dubaï, fait écho à la disparition de la princesse Latifa et encore auparavant à celle de la princesse Chamsa. La princesse Haya, fille de l’ancien roi de Jordanie, aurait fui son mari pour se réfugier à Londres. Cette version se confirme, étant donné que l’émir de Dubaï et la princesse Haya viennent tous les deux d’engager deux prestigieuses avocates londoniennes. L’émir de Dubaï a annoncé qu’il plaidera son divorce en mettant en avant la liaison qu’aurait eue la princesse Haya avec son garde du corps. Mais la fuite de la princesse Haya pourrait avoir un rapport avec le sort de Latifa. Il semblerait que Russell Flowers, garde du corps de la princesse Haya, connaisse des détails sur les conditions de détention de Latifa. Selon Daily Mail, le garde du corps aurait parlé d’un traitement médical douteux qu’administrerait l’émir à sa fille Latifa, certainement encore emprisonnée.

Il faut savoir que le garde du corps est engagé par la société britannique UK Mission Enterprise Limited, une société fondée par l’émir de Dubaï, qui engage des anciens soldats de l’armée britannique pour devenir garde du corps de l’émir et de sa famille. Certains de ces employés auraient donc accès à des informations confidentielles, qui seraient remontées jusqu’au garde du corps en question. Ces informations auraient poussé la princesse Haya à s’enfuir, celle-ci étant visiblement proche du garde du corps. L’émir cherche-t-il encore une fois à discréditer l’affaire en prétextant une relation intime entre les deux, afin de ne pas faire ressortir le fond du problème, la disparition de sa fille Latifa ?

L’émir de Dubai Mohammed ben Rachid al-Maktoum et sa sixième épouse, actuellement en instance de divorce, la princesse Haya bint al-Hussein

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés par passion. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales.