L’escadron de prostituées de la reine de France

Catherine de Médicis, reine de France puis régente, reste, pour les écrivains et les historiens, une inépuisable source d’intérêt. Cependant, lorsque les écrivains ont du talent, il arrive que le personnage légendaire l’emporte sur la figure historique. Il devient alors bien difficile de faire la part des choses, de démêler le vrai du faux, de rendre à César ce qui est à César… Parmi les nombreuses légendes qui entourent la célèbre Catherine, celle d’un escadron de prostituées à la cour royale a fait couler beaucoup d’encre et généré bien des fantasmes.

La reine de France, Catherine de Médicis, porte le deuil de son époux depuis l’âge de 40 ans (Image : Domaine public)

Lire aussi : Charles 1er Stuart, tyran ou « martyr du peuple » ?

Un contexte belliqueux

Le siècle est celui des guerres de religion. Pas moins de huit se succéderont entre 1562 et 1598. C’est en effet d’abord sous le règne d’Henri II, son époux, puis sous celui de Catherine, devenue régente à la mort du roi en 1559 et véritable reine de France, que les conflits entre catholiques et protestants prennent de l’ampleur dans le pays. Ils culmineront lors du règne de Charles IX, quand se déchaîne l’épouvantable massacre de la saint Barthélémy, à Paris en 1572.

Deux grands partis coexistent en France et brûlent sans cesse de s’affronter : celui de la Ligue, pour laquelle la royauté est indissociable du catholicisme, celui de l’Union protestante, adepte de la nouvelle religion apparue en Allemagne avec le moine Luther au début du siècle et qui ne cesse de convertir les consciences en France et en Europe. Entre ces deux antagonistes, maintenir la paix est un défi que la dynastie des Valois peine à relever.

Lire aussi : Quel est le profil génétique des familles royales ? Quel est l’haplogroupe Y-ADN des rois européens ?

Une reine influenceuse ?

La jeune fille, issue de la puissante famille florentine des Médicis, qui arrive à quatorze ans à la cour de François Ier pour épouser son fils Henri II, est de La Tour d’Auvergne par sa mère. Elle aime, comme le père de son futur époux, les arts et les lettres, se plaît à suivre la construction des châteaux de la Renaissance. Est-ce en accompagnant son beau-père que la future reine acquiert les rudiments de la politique et comprend l’importance de la négociation ?

Henri II, l’époux de Catherine de Médicis (Photo : domaine public)

Prend-elle alors conscience que la royauté ne peut être d’aucun parti mais doit se situer dans une sphère intouchable, au-dessus des convictions et… des religions ? À l’opposé de l’image que feront naître de leur génie inventif Dumas ou Mérimée, cette reine si décriée se montre soucieuse de la paix en son royaume et s’affiche comme « entremetteuse de pacification », un chef d’État diplomate qui veut se tenir au-dessus des combats partisans, c’est ainsi que nombre d’historiens la dépeignent aujourd’hui.

Lire aussi : La guerre de Succession d’Espagne redessine l’Europe

Jeunes et belles

Qu’est-ce qui motive le choix d’une cour féminine dont, ainsi que le rapportent ses contemporains, Catherine choisissait elle-même les élues, toujours bien nées, remarquées pour leur esprit, l’élégance de leurs manières ? La cour de la régente abrita jusqu’à quatre-vingts belles dames, belles par le corps mais non moins par l’esprit. Quoi que la rumeur ait supposé, ces suivantes éclairées, dévouées à leur reine, n’ont pas eu le rôle trivial qu’on leur prête. Même Brantôme, le chroniqueur des faiblesses coupables de l’époque, des « petites histoires », se montre élogieux envers la cour des Valois.

Il faut se rappeler l’influence déterminante sur Catherine, dans sa jeunesse, qu’exerce Marguerite de Navarre, sœur de François Ier. Par la féminité, la grâce et la courtoisie, c’est un savoir-vivre nouveau qu’impose la reine florentine aux mâles de la cour, une réponse habile aux mœurs  rudes en vigueur. Elle utilisera, bien sûr, ce savoir-vivre dans ses négociations politiques, elle qui n’avait plus guère d’atouts physiques mais de l’esprit à revendre !

Lire aussi : Christian VII : un roi obsédé par la masturbation et la violence

Au pouvoir des femmes

Catherine a été une épouse trahie, on sait la préférence de son royal époux pour la somptueuse Diane de Poitiers, de vingt ans son aînée. À la mort du roi, la reine-mère, qui verra trois de ses fils accéder successivement au trône, prend le noir pour habit et ne s’en départira pas. En s’incarnant dans les figures si aimables de « ses » femmes, n’a-t-elle pas décidé d’avancer masquée, d’agir sur les hommes, ceux qui complotent, qui intriguent, menacent son pouvoir ? Ne lui fallait-il pas une armée dont les ambassadrices auraient pour armes principales l’astuce et la séduction ?

Catherine de Médicis avec trois de ses fils qui deviendront rois : François II, Charles IX et Henri III (Photo : domaine public)

Certaines sont allées très loin pour vaincre les ennemis de la reine – l’histoire d’Isabelle de La Tour d’Auvergne, chargée d’influencer le prince de Condé, en témoigne : l’amour qu’elle inspire au chef de parti aura sa récompense dans la reprise du Havre, que les Huguenots avaient livré aux Anglais. Mais Isabelle a enfreint deux commandements de la reine : ne pas tomber amoureuse, craindre « l’enflure du gros ventre ». Or, la belle dame aura un fils du prince protestant et sera sans pitié chassée de la cour…

Lire aussi : Le fabuleux destin du prince Youssoupov

L’origine des rumeurs

Toute la cour des Valois n’a pas toujours été exemplaire. Un bal a particulièrement marqué les mémoires : celui des « seins nus » où Henri III, au château de Chenonceau, fête en l’an 1577 une victoire sur les protestants. Le fils préféré de Catherine est habillé en femme, la poitrine offerte, ses mignons à l’avenant. La soirée se terminera en ébats sans équivoque, inspirant peut-être aux générations futures la sulfureuse légende de l’escadron volant. D’aucuns disent aussi que les protestants austères et puritains ont utilisé contre la reine catholique tous les moyens possibles pour ternir sa réputation. « Escadron volant »  tiendrait quant à lui ses origines de l’introduction du ballet à la cour de France par Catherine elle-même, ses compagnes ayant superbement dansé, comme si elles avaient eu des ailes…

Sources : All Things Interesting, Hérodote, Le Parisien, Le Figaro,

Avatar
Sylviane Lamant

Sylviane est diplômée en Littérature française. Biographe et professeur, elle partage avec Histoires Royales sa passion pour l'histoire.

No Comments Yet

Comments are closed