Eugénie de Montijo : la dernière femme à avoir gouverné la France

Il y a 100 ans, le 11 juillet 1920, nous quittait la 19e comtesse de Teba, mieux connue sous le nom d’Eugénie de Montijo. Cette aristocrate espagnole au destin incroyable devint impératrice des Français par son mariage avec Napoléon III en 1853. Elle fut également la dernière femme de l’histoire à avoir gouverné la France avec les prérogatives d’un chef d’État durant sa régence de 1870.

La très catholique comtesse de Teba, épouse de Napoléon III, dernière impératrice des Français (Photo : Domaine public)

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La future impératrice des Français issue d’une famille espagnole qui vouait un culte à Napoléon

María Eugenia Ignacia Agustina de Palafox y Kirkpatrick est née en Andalousie, le 5 mai 1826. Elle est la fille du 18e comte de Teba et de María Manuela Kirkpatrick de Closbourn, une aristocrate d’origine hispano-écossaise. Cipriano de Palafox y Portocarrero, le père d’Eugénie était un soldat francophile et afrancesado. Ce bonapartiste espagnol faisait parti des partisans du régime napoléonien et avait juré fidélité à Joseph-Napoléon 1e, le frère de Napoléon, en tant que roi d’Espagne. Bien qu’ayant conspiré contre Fernand VII, il retrouvera ses honneurs à la cour, après la guerre d’indépendance. Il avait hérité du titre de comte de Montijo de son frère, un titre qu’il transmettra à sa fille Francisca (dite Paca) à sa mort en 1839. Son autre fille, Eugénie, héritera de son titre de comte de Teba à l’âge de 13 ans. Elle aura en outre de nombreux autres titres : 18e marquise de Moya, 19e, 16e marquise d’Ardales, 9e marquise d’Osera, 9e comtesse d’Ablitas, 11e comtesse de Mora et 17e baronne de Quinto.

Les sœurs Paca et Eugénie sont élevées dans le culte de Napoléon. Elles sont éduquées à Paris par Stendhal et Mérimée après avoir étudié au couvent du Sacré-Cœur. Paca épousera en 1848 Jacob Fitz-James Stuart, 15e duc d’Albe. Paca est donc l’arrière-grand-mère de la célèbre Cayetana, duchesse d’Albe, la femme la plus titrée au monde, qui elle-même est la mère de l’actuel 19e duc d’Albe.

Les deux filles de Cipriano de Palafox : Eugenie, comtesse de Teba et Paca, comtesse de Montijo. L’une deviendra impératrice des Français, l’autre duchesse d’Albe (Photo : Domaine public)

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La comtesse de Teba rencontre le président Louis-Napoléon Bonaparte

Très érudite, évoluant dans les hautes sphères parisiennes, Eugénie fait partie des privilégiés qui fréquentent l’hôtel particulier de Mathilde Bonaparte, qui tenait salon en invitant les intellectuels de la capitale chez elle. C’est-là, qu’Eugénie, comtesse de Teba, rencontrera le président de la République français, Louis-Napoléon Bonaparte, en 1849. Ils se reverront ensuite à l’Élysée.

La rumeur d’une relation entre la comtesse de Teba, 23 ans, et le président Louis-Napoléon Bonaparte, 41 ans, est de plus en plus persistante, bien que celui-ci fréquentait officiellement l’actrice britannique Harriet Howard. En 1852, le président est proclamé empereur sous le nom de Napoléon III. L’entourage de l’empereur n’encourage pas la relation entre Napoléon III et la comtesse espagnole, préférant trouver une princesse issue d’une famille royale alliée pour renforcer la légitimité de ce nouvel empereur. Suite un affront public de la part de l’épouse du ministre de l’Éducation Hippolyte Fortoul, clamant lors d’un bal que la comtesse de Teba était une fille légère, Napoléon par provocation et pour prendre sa défense choisit de l’épouser.

« Celle qui est devenue l’objet de ma préférence est d’une naissance élevée. Française par le cœur, par l’éducation, par le souvenir du sang que versa son père pour la cause de l’Empire. J’ai préféré une femme que j’aime et que je respecte, à une femme inconnue dont l’alliance eût eu des avantages mêlés de sacrifices », déclara Napoléon III devant le Sénat en janvier 1853, une semaine avant son mariage.

Napoléon III et Eugénie (Photo : Domaine public)

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Eugénie de Montijo devient l’impératrice des Français

La comtesse de Teba devint le 29 janvier 1853 impératrice des Français. La nouvelle impératrice choisit d’utiliser l’argent destiné à l’achat d’un parure de diamants, que voulait lui faire comme cadeau la ville de Paris, pour la construction d’un orphelinat. Quelques semaines après sa nuit de noces, elle tombe enceinte. La grossesse prit fin après une chute de cheval. Le 16 mars 1856, elle accouche d’un fils, Louis Napoléon. Il sera le seul enfant du couple. Quelques semaines plus tard, l’empereur prend les dispositions pour que son épouse devienne régente, dans l’éventualité de sa mort, avant que leur fils héritier n’ait atteint la majorité.

La famille de l’empereur Napoléon III, avec son épouse et leur fils unique, Louis-Napoléon (Photo : Domaine public)

La très belle impératrice, coquette, dépensière, protectrice des arts, comparée à Marie-Antoinette, prendra part à la politique du pays. Elle se mêlera aussi de politique internationale, lors du conflit austro-prussien ou lors de la construction du nouvel empire mexicain. La très catholique Eugénie prêtera à Lourdes la guérison de son fils, qui y fit une visite lorsqu’il fut malade.

Les 100 ans de la mort de la dernière femme à avoir gouverné la France

Eugénie avait effectué deux régences. Entre mai et juillet 1859, Eugénie avait été régente alors que son époux était à l’étranger, lors de la campagne d’Italie. Durant le mois de mai 1867, elle avait également été régente lorsque Napoléon III était en Algérie.

En 1870, Napoléon III prend part à la guerre franco-prussienne. Eugénie de Montijo est régente pour la troisième fois, avec les pleins pouvoir de gouvernance d’un chef d’État le 16 juillet. Le 2 septembre, Napoléon est capturé lors de la bataille de Sedan. Le 4 septembre, le Second Empire prend fin, la Troisième République est proclamée. Alors que son époux est capturé en Allemagne, Eugénie embarque pour l’Angleterre, où il la rejoindra. Napoléon III mourra en exil à Camden Place le 9 janvier 1873.

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Eugénie consacrera les années suivantes à l’éducation de son fils unique, Louis Napoléon, qui mourra à 23 ans, en 1879, tué par les Zoulous. Louis Napoléon avait été enrôlé dans un corps de cavalerie britannique dans le Zoulouland. Eugénie fera construire l’abbaye Saint-Michel à Farnborough, dans le sud de l’Angleterre, où reposera Napoléon III, leur fils Louis Napoléon, et où elle sera elle aussi inhumée, à sa mort, à 94 ans, le 11 juillet 1920.

Eugénie, qui a laissé des traces, des hommages, des souvenirs un peu partout en France, sur la Côte d’Azur mais aussi à Biarritz, qui fut son lieu de villégiature, fut la dernière impératrice des Français. Elle fut aussi la dernière femme à avoir exercer un rôle de chef d’État dans le pays, lors de ses régences.

La dernière impératrice des Français en 1920, peu de temps avant sa mort (Photo : Domaine public)

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Sources : Wikipedia, Persée, Gallica

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr