Ils prétendaient être Louis XVII : ces imposteurs déjoués par la science

La mort d’un enfant dont le corps a disparu dans la tourmente révolutionnaire, un enfant de Roi, héritier du trône qui plus est, ne pouvait qu’alimenter fantasmes et légendes. Elle fit même plus que cela puisque de nombreux personnages prétendirent au cours des décennies suivantes être Louis-Charles, devenu Louis XVII à la mort de son père. Il s’agissait d’imposteurs et l’on sait aujourd’hui, grâce au cœur du petit Louis XVII, subtilisé et conservé par le médecin légiste venu examiner son corps, qu’il est mort le 8 juin 1795 à la prison du Temple, à l’âge de dix ans, de tuberculose osseuse. Sa mort précoce est sans aucun doute due aux mauvais traitements – isolement, malnutrition, etc. – qu’il a subis pendant son emprisonnement de longs mois durant. Choqué par l’état de l’enfant, le docteur Pellatan était décidé à remettre cette relique, le moment venu, à la famille royale.

La mort en captivité du Dauphin, en 1795, a donné lieu à l’existence de différents affabulateurs (Image : Domaine public)

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La naissance du « mythe survivantiste »

C’est en secret qu’à l’issue de l’autopsie pratiquée sur son corps, le petit Louis XVII a été enterré dans une fosse commune du cimetière Sainte-Marguerite. Les conditions de cette disparition, dans un contexte très agité – même si la mort de Robespierre un an plus tôt et la réaction thermidorienne ont peu à peu mis fin à la Terreur – suscitent de nombreuses interrogations.

La relique du cœur authentifié de Louis XVII repose dans la cathédrale Saint-Denis à Paris (Photo : WikiCommons)

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Aucun témoin ayant connu le petit roi dans sa vie antérieure n’était présent, ce qui allait favoriser la circulation de rumeurs selon lesquelles son corps aurait été remplacé par celui d’un autre enfant et faire naître l’idée que le Dauphin – l’orphelin de la Tour – s’était échappé de sa prison. Ce mythe fut appelé « mythe évasionniste et survivantiste. ».  Plusieurs centaines de livres auraient été écrits à ce sujet donnant corps à cette légende à laquelle Mark Twain lui-même, un siècle plus tard, a sacrifié en faisant dire à l’un des personnages des Aventures d’Huckleberry Finn : « Vous contemplez l’infortuné Dauphin Louis XVII, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. »

Des experts autopsie les restes exhumés du corps de l’enfant enterré au cimetière Sainte-Marguerite, en 1894 (Photo : Domaine public)

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Au-delà des motivations personnelles aisément imaginables des imposteurs – prétendre au trône de France et bénéficier des richesses et honneurs qui l’accompagnent -, la possibilité d’une restauration monarchique de plus en plus crédible au lendemain de la chute de Napoléon, puis la Restauration elle-même, suscitent les vocations. D’autant que des « ultras », même minoritaires mais opposés aux conditions de cette Restauration – monarchie constitutionnelle limitée par une Charte en 1814 – puis à l’accession de Louis Philippe au trône en 1830 font vivre le mythe « survivantiste ».

Une succession d’imposteurs aux profils variés

Un des premiers, trois ans après la mort du Dauphin, fut Jean-Marie Hervagault, un adolescent se prétendant fils d’un duc et qui, emprisonné parce qu’il errait dans la campagne, fut considéré par les villageois eux-mêmes comme Louis XVII. Il aurait de ce fait été traité comme tel dans sa prison, recevant de nombreux présents…

Jean-Marie Hervagault prétendait être le dauphin (Image : Domaine public)

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Le retour sur le trône de France des Bourbons, avec l’accession de Louis XVIII, fut une période « riche » en imposteurs, d’innombrables jeunes hommes – certains en asile psychiatrique – revendiquant être Louis XVII. Ce phénomène ne se limita pas à la France puisque l’on trouva même des prétendants jusqu’aux États-Unis.

Eliézer Williams, probablement devenu fou suite à un accident, était lui aussi un imposteur (Image : Domaine public)

L’un d’eux, Eliézer Williams, aurait finalement été payé par un noble français pour « renoncer au trône » alors qu’un autre, se présentant sous le nom de Charles de Navarre, fut jugé et emprisonné en raison du harcèlement dont il se rendit coupable à l’encontre du roi Louis XVIII et de la sœur de Louis XVII, seule survivante de la famille royale, devenue la duchesse d’Angoulême.

Un certain Henri Hébert ou Claude Perrin se faisant passer pour le baron de Richemond, prétendait être Louis XVII (Image : Domaine public)

Un élégant « Baron de Richemont », venu d’Italie, fut également jugé pour avoir menacé la Duchesse qui restait sourde à ses prétentions. Condamné, il parvint à s’évader et continua à faire parler de lui jusqu’à ce qu’il soit « détrôné », si l’on peut dire, par un autre imposteur, resté le plus célèbre à ce jour, Karl-Wilhelm Naundorff.  

L’horloger prussien Karl-Wilhelm Naundorff était persuadé d’être le fils de Louis XVI (Image : Domaine public)

Venant de Prusse, où il avait été condamné pour fausse monnaie, Naundorff parvint à convaincre de son identité de nombreuses personnes ayant connu le Dauphin – dont sa nurse et le secrétaire particulier de l’ancien roi. Malgré leur intervention en sa faveur auprès de la duchesse d’Angoulême, celle-ci ne donna pas suite et Naundorff fut arrêté et banni du territoire. Il ne désarma jamais et fut gravée sur sa tombe la fameuse épitaphe « Ci-gît Louis XVII, duc de Normandie, roi de France et de Navarre ». Ses descendants continuèrent, y compris par des batailles judiciaires, à revendiquer leur ascendance royale. Cela ne découragea pas le baron de Richemont qui, également, sur sa pierre tombale, fit graver le prénom de Louis-Charles…

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Des fake news battues en brèche

Comme cela avait été le cas avec les Romanov, dont elle a pu prouver l’authenticité des ossements retrouvés dans un fosse commune, la science est venue infirmer les prétentions des imposteurs. Naundorff, dont des cheveux et un humérus ont été analysés en 1998 par des généticiens, n’était pas le Dauphin. Et Louis XVII était bien, l’analyse de son cœur l’atteste, le jeune garçon mort à la prison du Temple.

Sources : History, Britannica

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Sylviane Lamant

Sylviane est diplômée en Littérature française. Biographe et professeur, elle partage avec Histoires Royales sa passion pour l'histoire.

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