La justice suisse estime que Nicholas de Roumanie avait le droit de faire ses adieux à son grand-père Michel 1e

Le président du tribunal de Nyon a déclaré, début du mois d’octobre, que Nicholas de Roumanie Medforth-Mills avait pleinement le droit de voir son grand-père, le roi Michel 1e, lorsqu’il vivait ses derniers instants dans sa résidence en Suisse, en novembre 2017. Margareta de Roumanie, Gardienne de la Couronne, avait déposé une plainte à l’encontre de son neveu, pour violation de domicile, quand Nicholas a pénétré dans la maison sans en avoir reçu l’autorisation.

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L’intrusion de Nicholas de Roumanie au domicile de son grand-père a été jugée en Suisse

Nicholas de Roumanie, 36 ans, fils de la princesse Elena, elle-même deuxième fille du roi Michel 1e de Roumanie, était très proche de son grand-père. Si proche que le dernier roi lui réservait une place privilégiée lorsqu’il envisageait le futur de la dynastie. En 2010, l’ancien roi octroie à son petit-fils le titre de prince de Roumanie. Il a alors 25 ans. Nicholas gagne en popularité et sort un livre en 2014, qui laisse penser aux Roumains qu’il sera le successeur de son grand-père. Le 1e août 2015, Michel 1e fait marche-arrière et destitue son petit-fils de son titre de prince par un décret. Le roi meurt en décembre 2017. Exclu de l’ordre de succession, c’est Margareta, la fille ainée du roi qui lui succède à la tête de l’ancienne famille royale. Son père lui avait déjà octroyé la gestion des affaires dès mars 2016.

Le roi Michel 1e et son épouse, la reine Anne, sur un timbre roumain de 2014 (Photo : Wikimedia Commons)

La famille royale de Roumanie a un statut officiel au sein de la république. Le représentant de la famille jouit du palais Elisabeta comme lieu de travail à Bucarest et un certain nombre de privilèges permet au chef de famille de représenter la Roumanie à l’étranger lors d’événements royaux ou diplomatiques. Représentants associatifs, culturels et politiques se pressent tous les jours au palais Elisabeta, où Margareta de Roumanie tient audience.

Les motivations de l’éviction de Nicholas de l’ordre de succession et de sa privation de titre n’ont jamais été clairement détaillées. Certains parlent de raisons morales ou avancent diverses théories et suppositions.

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Le tribunal de Nyon considère la visite de Nicholas comme légitime

Fin novembre 2017, le roi Michel 1e vit ses derniers instants dans sa résidence à Aubonne, en Suisse. Nicholas tente de voir son grand-père pour la dernière fois, la famille lui refuse l’accès et il force la porte. Après l’intrusion du petit-fils au chevet du dernier roi, Margareta a porté plainte à son encontre, au nom de son père.

Nicholas de Roumanie aux funérailles de sa grand-mère, la reine Anne, en 2016 (Photo : Albert Nieboer/DPA/ABACAPRESS.COM)

L’affaire a été jugée ce mercredi 6 octobre 2021 à Nyon, dans le canton de Vaud, en Suisse. Le déroulé des faits, retenu par la Cour et relayé par 24 Heures, indique que Nicholas tentait pour la septième fois en deux ans de voir son grand-père pour qui «il vouait une grande affection réciproque». Voyant le temps passer et les refus de la famille, en colère, il «profite de la venue de deux infirmières du CMS pour forcer le passage», relate le journal local.

Le président du tribunal, Lionel Guignard, a légitimé le droit de Nicholas de rendre visite à son grand-père, soulignant qu’«aucun élément au dossier ne permet d’affirmer que le roi ne voulait pas voir son petit-fils», comme le rapporte La Côte. En entendant le verdict prononcé par le président du tribunal, qui lui réhabilite le droit de visite, Nicholas aurait laissé s’échapper une larme. Selon 24 Heures certains proches racontent que Michel 1e avait d’ailleurs demandé à voir Nicholas mais qu’on aurait empêché le petit-fils d’entrer.

Du côté des partisans du prince déchu, ils expliquent la destitution de Nicholas par les soucis de santé du roi, qui avait des absences cognitives liées à l’Alzheimer. Il est décédé à 96 ans, souffrant notamment d’une leucémie. Durant l’audience au tribunal, Nicholas a comparé son éviction à un «putsch». Il qualifie le décret de destitution de «faux» et avance que si on l’a empêché de voir son grand-père, c’est par crainte que celui-ci le réhabilite dans un moment de lucidité. Les questions dynastiques n’étaient pas à l’ordre du jour.

Margareta de Roumanie n’était pas présente à l’audience pour des raisons médicales. L’avocat de la Gardienne de la Couronne, Me Marc-Antoine Aubert, dénonce les propos «complotistes» de Nicholas, qui verrait une sorte de persécution de la famille à son encontre. Le Bureau de Sa Majesté Margareta porte aussi à notre attention que les frais juridiques de 4060 francs suisses sont à la charge de Nicholas et que sa demande d’indemnité a été rejetée par le tribunal, comme nous pouvons le voir dans le dispositif du jugement, que nous nous sommes procurés.

Les actes présumés de Nicholas, à savoir «d’exercer des violences physiques contre les femmes qui s’occupaient du roi Michel, se sont avérés réels», nous indique le Bureau de Sa Majesté Margareta. «Nicholas a été acquitté, mais son geste de violence restant incorrect, il a été civilement obligé de payer les frais de justice.»

Nicholas vit en Roumanie où il travaille pour une ONG de défense de l’environnement. Marié civilement en Angleterre en octobre 2017 à Alina-Marie Binder, puis religieusement en Roumanie en septembre 2018, ils sont devenus parents de la petite Maria Alexandra de Roumanie en novembre 2020. À l’occasion de la naissance de sa fille, Margareta de Roumanie avait publiquement félicité son neveu. Margareta et Nicholas sont également apparus côte à côte lors de la cérémonie de réinhumation de la reine mère Hélène.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr