La Hongroise qui épousa Léopold II

Le 10 août 1853, un mariage est célébré, sans les mariés. Le prince Léopold, duc de Brabant, épouse par procuration une princesse hongroise issue de la prestigieuse dynastie impériale des Habsbourg-Lorraine. L’épouse, Marie-Henriette, est jeune, pieuse, l’esprit libre. Loin des dorures des palais, elle s’épanouit dans les étables et sa ménagerie. En 1865, Léopold II accède au trône de Belgique et Marie-Henriette devient la deuxième reine des Belges.

YouTube video

Lire aussi : Un mariage arrangé pour offrir une dynastie à la Belgique

Une épouse prestigieuse pour le duc de Brabant

Début des années 1850, la jeune dynastie belge est encore fragile. Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha a été élu premier roi des Belges en 1831. Père de deux fils avec la reine Louise, fille du roi français Louis-Philippe 1e, Léopold 1e peut enfin dormir l’esprit tranquille, sachant que la dynastie qu’il venait de fonder, avait des chances de perdurer. Encore fallait-il que ses fils se marient.

Le prince Léopold, troisième garçon de Léopold 1e, le premier survivant et donc devenu l’ainé, est né en 1835. Son père fonde en lui tous les espoirs de voir prolonger sa descendance. En 1848, le roi des Français, beau-père de Léopold 1e, est contraint d’abdiquer. La France abolit la monarchie. La jeune monarchie belge est fébrile et Léopold 1e craint une fois de plus pour son trône, perdant alors un allier – et parent par alliance -, qui lui assurait un soutien de taille. Il fallait donc assurer la pérennité du royaume. De toute évidence, un mariage était la solution la plus simple d’y parvenir.

Il est temps pour le jeune héritier de trouver une épouse. Léopold 1e part faire la tournée des cours germaniques avec son fils, timide, chétif et enrhumé ! (Image : domaine public)

À peine a-t-il atteint l’âge de 18 ans, que le jeune héritier, titré duc de Brabant, s’en va parcourir les cours européennes à la recherche d’une épouse. C’est en Allemagne, vivier de princesses à marier, qu’il commence sa tournée, chaperonné par son père.

De passage ensuite à Vienne, l’excitation est immense. Et si le futur roi des Belges épousait une princesse impériale ? Quel prestige ! La candidate idéale s’impose rapidement : l’archiduchesse Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine.

L’archiduchesse Marie-Henriette doit quitter la Hongrie

L’archiduchesse Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine est née le 23 août 1836. Elle la fille de la princesse Marie-Dorothée de Wurtemberg et de l’archiduc Joseph de Habsbourg-Lorraine. L’archiduc Joseph, fils de l’empereur Léopold II (à la fois empereur du Saint-Empire, roi de Hongrie et archiduc d’Autriche) et de Marie-Louise d’Espagne, est le premier comte palatin de Hongrie. Le comte palatin est le régent de l’empereur d’Autriche en Hongrie.

L’archiduc Joseph d’Autriche-Hongrie est le comte palatin de Hongrie, en charge de représenter l’empereur autrichien sur le territoire (Image : domaine public)

Le titre de comte palatin, devenu héréditaire, était réservé au cadet, tel un titre de consolation durant la période de l’empire austro-hongrois. Sous le règne de l’empereur François 1e, c’est son frère Joseph, qui fut son représentant sur le territoire hongrois. Joseph s’installe en Hongrie vers 1796, peu de temps après avoir hérité du titre de comte palatin. Il épouse la fille du tsar Paul 1e, qui meurt en couche deux ans plus tard, puis se remarie à une princesse allemande Hermine d’Anhalt-Bernbourg-Shaumbourg, qui lui donnera deux filles, avant de mourir à son tour à seulement 19 ans.

C’est en 1819 que Joseph épousera en troisièmes noces, déjà veuf deux fois, Marie-Dorothée de Wurtemberg, qui lui donnera cinq enfants, dont Marie-Henriette. La grande famille de Joseph est installée dans la capitale hongroise. Joseph jouit d’une très grande popularité dans le pays. Il fait construire un arboretum encore très visité aujourd’hui. Et après sa mort, une statue à son effigie est érigée à Budapest, preuve de sa popularité.

Marie-Henriette, bien qu’issue de la famille impériale d’Autriche a tout d’une véritable hongroise. Elle préfère la campagne aux palais. Son père, considéré comme le dirigeant de la Hongrie a cultivé son appartenance au pays. Il porte le costume traditionnel magyar et sa mère est passionnée par la culture hongroise. Marie-Henriette, petite dernière de la famille, perd son père à l’âge de 10 ans. Son demi-frère, Etienne, a hérité du titre de comte palatin de son père et promeut encore plus l’identité hongroise, si bien qu’il devient partisan des mouvements indépendantistes hongrois.

Marie-Henriette (milieu en avant-plan) entourée de sa famille, peu de temps avant la mort de son père (Image : domaine public)

Marie-Henriette n’a que 16 ans lorsqu’elle est présentée au jeune prince Léopold de Belgique, lors d’un séjour chez ses cousins à la cour viennoise. Léopold est chétif, discret et sa présence est clairement due à l’obligation de son père. Léopold écrira que Marie-Henriette est «trop grosse et pas très jolie». Malgré les pleurs et les supplications de Marie-Henriette, quelques jours après leur rencontre, leur union est scellée.

Le 8 août 1853, un contrat de mariage en 16 articles, qui ressemble a un traité, est rédigé. Le 10 août 1853, le mariage de Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha avec l’archiduchesse Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine a lieu par procuration à Schönbrunn, comme le voulait la tradition habsbourgeoise. Il ne restait plus qu’à envoyer la nouvelle duchesse de Brabant dans le pays de son époux.

L’archiduchesse Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine, fille du comte palatin de Hongrie, devient duchesse de Brabant à son mariage avec le prince Léopold en 1853, puis deuxième reine des Belges à la mort de son beau-père en 1865 (Image : Martine Castagne/Histoires Royales)

Trouver une harmonie dans ce couple mal assorti

Léopold et Marie-Henriette auront droit à un deuxième mariage, présents physiquement à la cathédrale de Bruxelles, le 22 août 1853. Marie-Henriette et Léopold forment un couple peu harmonieux et les voyages qu’ils effectuent dans les cours voisines convainquent peu les témoins. De passage à Londres, c’est la reine Victoria qui donnera des conseils précis à la jeune femme pour qu’elle tombe enceinte. Victoria est sous le charme de Marie-Henriette, qu’elle trouve plein d’esprit.

Léopold de Belgique et son épouse Marie-Henriette vers 1860 (Photo : domaine public)

À Bruxelles, Marie-Henriette s’entoure d’animaux, possédant une écurie de cinquante chevaux, faisant l’élevage de griffons et admirant sa volière dans laquelle elle a fait venir des oiseaux exotiques. Dans ses appartements, elle s’occupe aussi d’un singe, de quoi surprendre les domestiques.

L’exotisme, voila peut-être le seul point commun qu’ont les deux époux. La construction des Serres royales, de la Tour japonaise, du Chalet norvégien, du Pavillon chinois témoigneront plus tard des goûts exotiques du futur Léopold II, sans parler bien évidemment de ses prétentions coloniales. C’est en voyage à Égypte, au pied des pyramides, que le couple finit par se rapprocher et trouver une harmonie.

Marie-Henriette est fascinée par les décors. Elle retrouve la simplicité qu’elle aime tant, en se baladant dans les souks, alors que Léopold, de son côté, est fasciné par l’industrie développée autour du canal de Suez. Le duc et la duchesse de Brabant continuent leur voyage vers Jérusalem. Les deux jeunes amoureux pieux, iront jusqu’à Nazareth. Alors qu’ils sont sur les terres du Christ, Marie-Henriette apprend la mort de sa mère, et ils rentrent en Belgique, après 10 mois de voyage.

Le duc et la duchesse de Brabant avec leurs trois premiers enfants en 1862 (Photo : domaine public)

Changés par ce voyage, le duc et la duchesse de Brabant se rapprochent. Marie-Henriette accouche d’une première fille, Louise, et d’un fils, Léopold, en 1858 et 1859. En 1865, Marie-Henriette est la dernière à ternir la main de son beau-père, Léopold 1e agonisant sur son lit de mort.

Léopold II monte sur le trône et Marie-Henriette devient la deuxième reine des Belges. Léopold II débute son règne confiant. Marié à une princesse impériale, ayant à présent trouvé un équilibre conjugal, pris d’une envie expansionniste et parents d’un héritier, le nouveau roi des Belges aurait pu devenir le roi du monde. La mort de leur fils unique en 1869 à 9 ans viendra bouleverser ces certitudes.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr