Léopold II : Une enfance bousculée

Le prince Léopold est né le 9 avril 1835. Un nouveau garçon pour Léopold 1e, le troisième, le premier qui survivra. Enfin un héritier ! Léopold grandira avec la charge des responsabilités sur ses épaules. L’enfant chétif sera témoin de bien des drames familiaux. Le futur roi Léopold II n’avait que 15 ans quand il vivra la mort de son grand-père suivie de celle de sa mère.

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Une naissance qui ravive de douloureux souvenirs

Le 9 avril 1835, Léopold 1e ne peut y croire. Son épouse, la reine Louise vient d’accoucher d’un garçon. Léopold va-t-il enfin offrir une dynastie à la Belgique ? Âgé de 44 ans. Sur le trône belge depuis près de 4 ans. L’ancien prince de Saxe-Cobourg souhaiterait assurer l’avenir de la monarchie, alors que des émeutes éclatent encore fréquemment à Bruxelles.

Des naissances de garçons, il en avait gardé bien d’affreux souvenirs. Sa première épouse, son grand amour, la princesse Charlotte de Galles est morte dans bien des atroces souffrances, alors qu’elle donnait naissance à leur premier enfant, un garçon mort-né. En perdant son premier fils, Léopold avait perdu son épouse, et avait vu son destin lui échapper, lui qui se rêvait déjà en prince consort du Royaume-Uni, ce qu’il serait probablement devenu si son épouse, fille unique du prince de Galles, n’avait pas succombé aux opérations et aux méthodes douteuses de son accoucheur.

Sa deuxième épouse, Louise d’Orléans, pour laquelle il montrait tant d’affection, bien que l’union fut arrangée dans le but d’offrir une dynastie à la Belgique, avait déjà connu son lot de souffrances. Moins d’un an après leur mariage, la reine Louise avait accouché d’un garçon, le prince Louis-Philippe, en honneur au roi Louis-Philippe 1e des Français, père adoré de Louise.

La reine Louise a accouché de Louis-Philippe et Léopold 1e montre son fils à la cour (Image : domaine public)

Louis-Philippe, appelé affectueusement Babochon par ses parents, était robuste. Rien ne laissait présager qu’il contracterait une maladie et mourrait avant d’atteindre son premier anniversaire. L’enfant avait montré des signes de faiblesse au bout de quelques mois. Il mourra à 10 mois, d’une inflammation des muqueuses.

Tant de souvenirs douloureux reviennent en tête du roi. En avril 1835, 11 mois après la mort de Louis-Philippe, Louise accouche de son deuxième fils. Il sera prénommé Léopold, comme son père. L’ancien prince germanique avait connu un destin incroyable : la perte de son père à 15 ans, une brillante carrière militaire, une vie à la cour britannique, une demande pour devenir le souverain grec, avant d’effectuer une entrée magistrale en Belgique, pour ceindre la couronne et devenir le premier roi des Belges.

Le petit Léopold est loin de s’imaginer le destin exceptionnel qui l’attend lui aussi. Il recevra le titre de duc de Brabant en tant qu’héritier du trône. Si Léopold 1e se montre méfiant et ne souhaite pas trop vite se réjouir, c’est aussi parce que son petit Léopold est plutôt chétif. En réalité, Léopold 1e se montrera rassuré quand deux ans plus tard, en mars 1837, Louise accouchera à nouveau d’un garçon, Philippe. Cette fois-ci, seul un terrible coup du sort pourrait l’empêcher d’avoir un successeur. Avec du recul, on peut se dire que ce nouveau garçon avait bien fait de naitre. Sans lui, la dynastie aurait été compromise, bien des années plus tard.

Une enfance marquée par les deuils et les craintes de sa mère

En 1839, Léopold n’a que 4 ans quand sa mère éprouve sa première perte. Sa sœur Marie, meurt à 25 ans, emportée par la tuberculose. Si Léopold ne saisit pas encore ce qu’est la mort, il ressent la tristesse de sa mère dont il est si proche.

Le prince Léopold, âgé de 5 ans, est un enfant chétif, ici avec sa mère, la reine Louise (Image : domaine public)

C’est à 7 ans, en 1942, que Léopold est réellement confronté pour la première fois à la mort. Sa mère, Louise, ne peut être consolée quand elle apprend la mort accidentelle de son frère, Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans, à 31 ans. Pour elle, c’est la perte d’un grand frère, mais aussi la crainte de voir le destin de sa famille basculer. Son père, le roi des Français est très impopulaire. Ferdinand-Philippe était un prince apprécié, et certains auraient aimé précipiter son ascension sur le trône.

Léopold est témoin du deuil vécu par sa mère, à la mort de son frère, Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans (Image : domaine public)

En 1848, Louis-Philippe, qui se croyait intouchable – «Je suis nécessaire» avait-il dit à Victor Hugo le 19 février -, fut contraint d’abdiquer. L’abdication est inévitable le 24 février, suite à l’insurrection qu’il était le seul à ne pas avoir vu venir. Le roi des Français abdique en faveur de son petit-fils, Louis-Philippe, comte de Paris, fils de son défunt fils. « Louis-Philippe II » n’a pas encore 10 ans et ne sera jamais proclamé roi.

Craignant pour sa vie, Louis-Philippe 1e s’encourt de rejoindre l’Angleterre, voyageant en tant que « Mr Smith ». Louis-Philippe résidera à Claremont House, dans le Surrey, le domaine appartenant à son beau-fils, le roi des Belges. Léopold 1e l’avait reçu en cadeau du Parlement britannique à l’occasion de son mariage avec la fille du prince de Galles.

Léopold II perd sa mère à 15 ans

En 1850, la santé de la reine Louise est déclinante. Léopold voit sa mère de plus en plus fragile. Elle continue pourtant à assurer ses engagements. La reine Louise avait un sens aigu de la politique et avait montré de l’intérêt dans les affaires du royaume. Une tâche à laquelle elle n’avait pourtant pas droit. Parfois incomprise par son époux, qui avait fini par la délaisser après la naissance de leur fille Charlotte, Louise avait choisi de dédier son temps à des causes sociales. Pour l’époque, il était rare qu’un souverain ait de telles préoccupations, ce qui vaudra à Louise d’être connue dans l’histoire comme « la Reine bien-aimée ».

Léopold 1e et son épouse, la reine Louise, avec leurs trois enfants survivants : le prince Léopold, duc de Brabant, le prince Philippe, comte de Flandre et la princesse Charlotte (Image : domaine public)

Louise est sujette à des syncopes à répétition, des fièvres, des crises de toux. Délaissée par son époux qui passe de plus en plus de temps dans les Ardennes, souvent accompagné d’Arcadie Claret, Louise part vivre deux mois en Angleterre auprès de ses parents. Elle rentre en Belgique à la mi-juin 1850. Après avoir souffert de dysenterie à Claremont, son entérite s’aggravera après avoir pris froid en veillant sur sa fille Charlotte, malade. Peu de temps après, elle apprend le 26 août, la mort de son père.

Léopold II vers l’âge de 10 ans (Image : domaine public)

Le 2 septembre, alors que Louise assiste à la messe en mémoire de son père défunt, elle chancelle. L’émotion est trop forte pour elle et son époux la maintient pour l’empêcher de tomber dans la cathédrale. Après cette triste nouvelle, l’état de Louise s’empire et on lui conseille de respirer l’air de la mer. Elle s’installe à Ostende le 5 septembre, dans la modeste résidence d’été de la famille. Victime d’une première annonce erronée de sa mort, elle s’éteindra finalement le 9 octobre 1850, entourée de sa mère, la reine Marie-Amélie, sa sœur, la princesse Clémentine, son frère, le duc de Nemours et sa belle-sœur, la duchesse d’Orléans.

Le cortège funèbre amène la dépouille de la reine Louise à l’église de Laeken (Photo : Wikimedia Commons/domaine public)

Léopold perd sa mère à 15 ans. Il devra assurer son premier engagement public dignement. Il fait partie du cortège funèbre qui ramène la dépouille de sa mère, d’Ostende à Bruxelles. Il a à côté de lui son père et son petit frère, ainsi que trois de ses oncles : Louis, François et Henri. Pendant deux jours, le jeune Léopold doit assurer les poignées de main, voyant défiler devant lui d’innombrables représentants politique.

La reine Louise aura droit à des funérailles discrètes, comme elle le désirait, à l’ancienne église Notre-Dame de Laeken, qui n’était encore qu’un village à l’époque. Léopold 1e, qui trouvait cette église indigne en fera reconstruire une nouvelle, comprenant une crypte. C’est sous le règne de Léopold II, que Louise et Léopold 1e rejoindront la nouvelle crypte royale.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr