62% des Australiens ne veulent plus d’Elizabeth II comme chef d’État

En 1999, la reine Elizabeth a été confirmée comme chef d’État à la tête de l’Australie, grâce à 55% des Australiens qui ont voté en sa faveur lors d’un référendum exceptionnel. Plus de 20 ans plus tard, la monarchie est menacée de l’autre côté de la terre. Un récent sondage indique que 62% des Australiens seraient pour l’idée d’avoir un chef d’État australien. La veille de la divulgation des courriers secrets de la reine Elizabeth avec son gouverneur général dans les années 70, les républicains australiens se frottent déjà les mains. Est-ce la fin de la monarchie en Australie ?

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38% des Australiens soutiennent la reine Elizabeth II

L’île Maurice est le dernier pays à s’être séparé de la Couronne britannique en 1992. L’Australie pourrait bien devenir le prochain royaume du Commonwealth à prendre le large. En 1999, un référendum sur la question s’était soldé par un résultat positif à 55% en faveur du maintien de la Couronne britannique à la tête du pays. Mais à l’époque, le projet républicain était brouillon et aucune alternative de régime suffisamment sérieuse n’était proposée.

Un nouveau sondage YouPoll, commandé par le Daily Telegraph, indique qu’à présent, les Australiens seraient à 62% favorables à l’idée d’avoir un Australien comme chef d’État. Ce sondage réalisé auprès de 4500 Australiens vient remettre en doute la continuité de la monarchie. Le sondage indique que seuls 38% sont favorables à la reine Elizabeth II. Néanmoins, lorsque les sondés ont également le choix avec une troisième proposition, celle de l’abstention, le résultat est nettement moins tranché. On obtient alors 52% en faveur d’un chef d’État australien, 32% en faveur de la reine Elizabeth et 16% d’indécis.

Les mouvements républicains sont de plus en plus populaires dans le pays et d’année en année, à chaque nouveau sondage, la popularité de la reine Elizabeth II est en baisse. Bien que la famille royale se soit montrée très impliquée lors des incendies qui ont ravagé le pays fin 2019, la reine Elizabeth a été critiquée dans le pays pour son attitude lors de la crise du coronavirus.

Une majorité d’Australien indique vouloir abandonner la monarchie (Image : capture Daily Telegraph)

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Bientôt la république d’Australie ?

« Les résultats indiquent que si un référendum était organisé et qui ne traitait que de la question de savoir si nous devrions avoir un chef d’État australien, il semble que le résultat serait facilement favorable », commente Campbell White directement des affaires étrangères de YouGov, l’institut qui a mené ce sondage. « Nous vivons une époque très différente et je pense que cela incite probablement les gens à réévaluer les choses. On pourrait dire que récemment, le Royaume-Uni a été comme l’oncle dont personne ne veut entendre parler … »

Peter FitzSimons, président du principal parti républicain, Australian Republic Movement (ARM), s’est réjouit des résultats du sondage. « Nous n’avons pas besoin de continuer à tenir la main de la Grande-Bretagne. C’est humiliant et indigne de nous, en particulier à un moment où la Grande-Bretagne a quitté l’Europe, et nous sommes toujours considérés comme accrochés à la Grande-Bretagne. »

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Les Australiens prennent leurs distance avec la Couronne britannique

D’autres sondages (moins fiables et quelque peu partisans) indiquent que près de 50% des Australiens soutiendraient un mouvement républicain et que 30% environ ne s’y opposeraient pas, avec près de 20% de la population qui ne se prononce pas. Le sondage de YouGov, quant à lui, ne propose pas de solution au régime du pays. Il pose simplement la question de savoir si un Australien devrait être à sa tête. Cependant, rares sont les pays qui en prenant leur indépendance choisissent à l’heure actuelle d’établir une monarchie. Souvent le régime républicain est adopté. Sur les 54 pays du Commonwealth, 16 sont des royaumes avec la reine Elizabeth comme chef d’État, 32 sont devenus des républiques et seulement 5 sont des royaumes avec leur propre souverain indépendant comme chef d’État. Ces 5 royaumes avaient déjà au préalable une ancienne tradition monarchique, souvent même parallèle ou coexistante à la Couronne britannique, ce qui n’est pas le cas de l’Australie.

La reine Elizabeth est représentée par un gouverneur général dans chacun des 15 pays sur lesquels elle règne, outre le Royaume-Uni. Bien entendu, le gouverneur général parle et agit au nom de Sa Majesté, mais le manque de visibilité d’un chef d’État actif et présent pour agir concrètement sur le terrain lorsque la population connait des moments difficiles, pèse sur les Australiens. Demain, mardi 14 juillet, après des années de bataille juridique, le courrier privé entre la reine Elizabeth et son gouverneur Sir John Kerr sera enfin rendu public. Le contenu de ces échanges pourrait encore donner de l’eau au moulin des républicains. On peut imaginer que si Buckingham tente depuis des décennies de garder secret ces courriers, c’est qu’ils risquent d’entacher l’image de la Reine. On pourrait par exemple y apprendre quelle était réellement sa position, son implication ou sa connaissance des agissements de John Kerr, qui a limogé le gouvernement en 1975 et a provoqué la plus grave crise constitutionnelle et politique de l’histoire de l’Australie.

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Les premiers colons britanniques se sont installés à Sydney en 1788. Peu à peu d’autres colonies se sont formées ci et là sur cet immense territoire, connu comme la Nouvelle-Hollande jusqu’alors. En 1901, les six colonies se sont réunies et la reine Victoria leur a accordé leur indépendance, avec la Couronne britannique maintenue à sa tête. Ce statut n’a pas changé depuis lors. Comme dans les autres pays du Commonwealth, seul le souverain britannique est reconnu. Par conséquent, la famille royale n’a pas de statut officiel et même l’héritier n’est pas certain. Le titre de prince de Galles n’est pas un titre reconnu dans les pays du Commonwealth. Lors de la mort du souverain, chaque pays doit confirmer la reconnaissance du nouveau souverain britannique comme son chef d’État. Plusieurs observateurs royaux craignent qu’à la mort d’Elizabeth II, plusieurs pays du Commonwealth en profitent pour changer de régime. C’est un scénario envisagé principalement pour l’Australie.

Sources : Daily Telegraph, YouGov

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés par passion. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales.