Baudouin 1e : Premier roi de Jérusalem

Le jour de Noël 1100, Baudouin de Boulogne devint roi de Jérusalem. Il venait d’hériter du trône de son frère, Godefroy de Bouillon, qui lui n’avait jamais accepté le titre de Roi. Baudouin 1e fut le premier d’une longue liste de rois à régner sur la Terre Sainte. Aujourd’hui encore, le titre de roi de Jérusalem est disputé par trois maisons, celle de Savoie, de Bourbon-Siciles et de Habsbourg-Lorraine.

Les croisés entrent dans Jérusalem et Godefroy de Bouillon devient avoué du Saint-Sépulcre (Image : Domaine public)

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Baudouin de Boulogne : le benjamin qui devait observer l’ascension de ses frères

Baudouin de Boulogne est né en 1065, troisième fils du comte Eustache II de Boulogne et de sa deuxième épouse, Ide de Lorraine. Le frère aîné de Baudouin, Eustache, était bien entendu destiné à hériter du comté de Boulogne de leur père. Le deuxième frère de Baudouin, Godefroy (mieux connu comme Godefroy de Bouillon) était destiné à hériter du duché de Basse-Lotharingie du côté de sa mère, son oncle n’ayant pas d’enfants.

Baudouin est le seul de la famille à n’espérer aucun titre en héritage. Destiné à rejoindre les ordres afin de pouvoir éventuellement apporter son soutien ecclésiastiques à ses frères, il abandonne cette voie et préfère s’engager militairement. Il semble se rapprocher de son frère Godefroy, qui le nomme comme héritier, ce dernier n’ayant pas d’enfants. Baudouin, quant à lui, épouse Godehilde, la fille d’un seigneur anglo-normand.

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La première croisade

Fin du 11e siècle, les Turcs s’installent en Asie Mineure et battent les Byzantins. L’empereur chrétien d’Orient Alexis 1e demande du renfort alors que les Turcs s’installent à Nicée. Les pèlerins chrétiens se voient barrer la route lorsqu’ils souhaitent rejoindre la Terre Sainte et en 1095, le pape Urbain II lance un appel à la croisade, lors du concile de Clermont. L’appel du pape connait un succès retentissant et peu à peu les chrétiens se mettent en marche. L’engouement chevaleresque des Francs est également important. Godefroy de Bouillon et son frère Baudouin prennent part à la croisade, accompagnés d’autres nobles comme Hugues de Vermandois, frère du roi Philippe 1e de France.

Godefroid de Bouillon et les chevaliers croisés rencontrent l’empereur Alexis, appelés en renfort pour l’aider à battre les Turcs (Image : Domaine public)

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Baudouin devient comte d’Édesse

Ils partent le 15 août 1096, passant par l’Italie pour recevoir l’étendard de Saint-Pierre, à Rome. Godefroy n’hésite pas à vendre ou à hypothéquer plusieurs de ses territoires pour contribuer au financement de la croisade. Arrivés à Antioche en 1097, l’Arménien Thoros, comte d’Édesse, demande aux croisés leur aide pour chasser les Turcs qui menacent son territoire.

Baudouin se montre volontaire pour répondre à l’appel du comte d’Édesse et quitte la trajectoire de la croisade. Le comté d’Édesse, qui avait pour capitale la ville d’Édesse, aujourd’hui la ville turque de Sanliurfa, était le territoire latin le plus avancé vers l’Occident. Baudouin réussit à libérer plusieurs villes du comté, accompagné de quelques chevaliers. Lorsqu’il libéra Édesse, Thoros, le dirigeant arménien fut extrêmement reconnaissant et fit de Baudouin son héritier (un choix qu’il fit sous la contrainte, Baudouin menaçant de le laisser tomber pour retourner auprès des croisés). Peu de temps après, Thoros mourut lors d’une bataille et Baudouin devint comte d’Édesse en 1098. Certains pensent que Baudouin aurait joué un rôle dans la mort du comte pour obtenir plus rapidement son titre.

Baudouin de Boulogne entre dans la ville d’Édesse. Peinture de J. Robert-Fleury (Image : Domaine public)

Godedfroy de Bouillon devient avoué du Saint-Sépulcre

Entre-temps, la première épouse de Baudouin était décédée, et il avait épousé Ada d’Arménie, en 1097. Alors que Baudouin s’était installé et prenait à cœur son rôle de souverain sur le comté d’Édesse, les croisés de leur côté, étaient arrivés à Jérusalem. Le 15 juillet 1099, Godefroy de Bouillon et ses troupes prirent la ville aux Fatimides, la dynastie de califes chiites d’Égypte, et massacrèrent hommes et femmes qu’ils trouvaient sur leur chemin. On proposa le trône à Godefroy, qui accepta mais qui refusa le titre de Roi. Godefroy ne voulut pas porter de couronne, dans la ville où le Christ avait porté sa couronne d’épines. Il choisit alors le titre d’avoué du Saint-Sépulcre et se considère comme un vassal du Saint-Siège.

Baudouin hérite de Jérusalem à la mort de son frère

Le 18 juillet 1100, Godefroy de Bouillon, duc de Basse-Lotharingie, avoué du Saint-Sépulcre, décède à Jérusalem, après une expédition à Damas. Les causes exactes de sa mort restent troubles. Son frère Baudouin, à présent comte d’Édesse, apprend la nouvelle et abandonne rapidement Édesse. Préférant le trône de Jérusalem, il confie le comté d’Édesse à son cousin, Baudouin du Bourcq, qu’il considérait comme son héritier et s’empresse d’arriver à Jérusalem.

Mort de Godefroid de Bouillon en juillet 1100, son frère Baudouin lui succède (Image : Domaine public)

Désigné depuis longtemps par son frère comme son successeur, Baudouin monte sur le trône de Jérusalem sans encombre. Baudouin, benjamin de la fratrie, celui qui n’apparaissait dans aucun héritage familial, destiné à devenir un ecclésiastique était enfin assis sur l’un des trônes les plus convoités. Non satisfait du modeste titre d’avoué du Saint-Sépulcre, il se fit couronner roi de Jérusalem, le 25 décembre 1100, cinq mois après la mort de son frère.

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Le règne de Baudouin sur Jérusalem

En 6 ans, Baudouin réussit la mission qu’il s’était fixé. À la création du royaume de Jérusalem, au début de son règne, le territoire ne possédait que le port de Jaffa. L’accès à la mer était pourtant essentiel, étant le moyen le plus simple pour communiquer et faire du commerce avec le continent européen. De 1100 à 1106, il récupéra de nombreuses villes portuaires comme Saint-Jean-d’Acre, Sidon ou Beyrouth.

Représentation du roi Baudouin de Jérusalem, premier roi de Jérusalem. Peinture de M-J Blondel, se trouvant dans la Salle des croisades de Versailles (Image : Domaine public)

En 1113, devenu un puissant roi, Baudouin répudie la reine Arda et la jette dans un couvent pour épouser une nouvelle femme. Il épouse Adélaïde del Vasto, une comtesse italienne, déjà veuve du comte de Sicile. Ce mariage lui permit de s’enrichir considérablement, grâce à la dot reçue de la riche famille italienne. Malheureusement pour lui, l’Église ne reconnut pas sa séparation d’avec sa femme, Arda. Accusé d’être polygame, l’excommunication lui pend au nez. Il est prêt à se séparer d’Adélaïde, cédant à la pression du Saint-Siège, mais il continua le plus longtemps possible à profiter de son argent. Finalement, il n’eut pas besoin de faire un choix. Il mourut le 2 avril 1118.

Baudouin et son frère Godefroy reposèrent tous deux dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. En 1808, un terrible incendie ravagea le bâtiment et les tombeaux furent définitivement détruits.

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La succession de Baudouin de Jérusalem

Également mort sans descendants, c’est son héritier désigné, Baudouin du Bourcq, qui avait déjà hérité du comté d’Édesse, qui lui succéda sur le trône de Jérusalem avec pour nom de règne Baudouin II. Baudouin II était un chevalier ardennais, qui avant la croisade, était seigneur de Bourcq, un village qui existe encore aujourd’hui dans les Ardennes. Il était destiné à hériter du comté de Rethel (également une localité dans les Ardennes), à la mort de son père, Hugues 1e de Rethel. Baudouin du Bourcq avait pris part à la première croisade avec ses cousins de Boulogne et avait suivi Baudouin lors de la prise d’Édesse. À la mort de son père, il était déjà devenu roi de Jérusalem et laissa le titre de comte de Rethel à son frère.

Les familles Lusignan, Blois, Montferrat, Brienne et Hohenstaufen

Mélisende, fille de Baudouin II, lui succéda et devint reine de Jérusalem et régna conjointement avec son époux. Elle avait épousé Foulques, comte d’Anjou, comte du Maine. Le royaume de Jérusalem qui débuta sous la maison de Boulogne, puis sous la maison de Rethel, continua sous la maison de Gâtinais-Anjou. Deux de leurs fils leurs succédèrent puis leur petit-fils et enfin une de leur fille, Sybille. La reine Sybille, fille de Mélisende, avait épousé Guy de Lusignan, à l’origine un seigneur poitevin installé en Terre Sainte.

En 1187, les chrétiens perdent la ville de Jérusalem, qui devient une possession de Saladin, le nouveau vizir d’Égypte. Même si le royaume de Jérusalem avait perdu sa capitale, il continua à s’appeler ainsi. Le royaume passa des mains de l’un à l’autre membre des familles de Lusignan, Blois ou Montferrat. Les femmes règnent conjointement avec leur époux, ce qui explique le nombre important de dynastie différentes, alors qu’il s’agit pourtant d’un royaume qui se transmit dans la même famille. Dans la partition des territoires, les Lusignan devinrent rois de Chypre. En 1228, la reine Isabelle (arrière petite-fille de Mélisende) décède. Son époux, Frédéric II (de la maison Hohenstaufen), également empereur du Saint-Empire, roi de Germanie et roi de Sicile reprit le trône de Jérusalem de son épouse. Avec ses hautes fonctions en Europe, il eut du mal à fédérer un engouement autour de lui à Jérusalem. Il gardera le titre de roi de Jérusalem de façon nominale, sans exercer de pouvoir sur le territoire. Dans les faits dès 1243, les seigneurs de Jérusalem règnent ensemble sous la forme d’un gouvernement, sans se soucier de l’existence du roi.

À la mort de Frédéric II, en 1250, ses descendants continuent à revendiquer le titre de roi ou de reine de Jérusalem, bien qu’aucun d’eux ne mettra jamais les pieds sur le territoire et ne sera jamais impliqué dans sa politique. Se succédèrent sur le trône Conrad IV, fils de Frédéric II, puis Conradin, fils de Conrad IV. À la mort de Conradin, en 1268, les choses se compliquent. Conradin est mort sans enfants légitimes, avec pour conséquence qu’un cousin et une cousine se disputent son héritage à Jérusalem.

C’est Hugues III de Lusignan, roi de Chypre qui revendique la couronne de Jérusalem, étant l’aîné le plus proche, descendant de la reine Isabelle II. Il s’oppose à une cousine, Marie d’Antioche, qui n’est autre que la petite-fille d’Amaury II et Isabelle 1ère. En 1277, Marie d’Antioche décide de vendre son titre de reine de Jérusalem à Charles d’Anjou, frère du roi Louis IX de France.

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Les rois de Jérusalem actuels

C’est ainsi que des familles se disputent encore aujourd’hui le titre de prétendant au trône de Jérusalem. L’une à travers les héritiers de la maison royale de Chypre, les autres à travers les héritiers des comtes d’Anjou. Pour le premier cas, la maison royale de Chypre sous les Lusignan s’est éteinte à la mort de Jacques III, époux de la reine Catherine Cornaro. C’est un cousin de la maison de Savoie qui hérita des prétentions au trône de Chypre. La membres de la maison de Savoie furent à travers l’histoire ducs de Savoie, puis princes de Piémont, avant de devenir rois de Sardaigne et enfin rois d’Italie. Par conséquent, l’actuel prétendant au trône d’Italie, Victor-Emmanuel de Savoie et également prétendant au trône de Jérusalem.

Pour le cas des héritiers d’Anjou, ils devinrent rois de Naples, jusqu’à ce que le titre soit à nouveau disputé par deux familles, les Bourbon et les Habsbourg-Lorraine. Les actuels prétendants au trône de Jérusalem chez les Bourbon, sont les deux prétendants au trône du royaume des Deux-Siciles et chez les Habsbourg-Lorraine, il s’agit de l’archiduc Charles de Habsbourg-Lorraine.

Sources : Britannica, BNB

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr