Le discours émouvant et engagé du roi Philippe lors du 75e pèlerinage au fort de Breendonk

Situé à Willebroek, à une vingtaine de kilomètres d’Anvers, le fort de Breendonk fut construit avant la Première guerre mondiale. Entre les deux guerres, il fut utilisé comme caserne de l’armée belge. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sous l’occupation allemande, les Nazis en firent un camp de torture et d’exécution. Chaque année, un pèlerinage national est organisé pour rendre hommage à tous ceux qui ont péri dans ce camp de transit.

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Le roi des Belges rencontre les rescapés de Breendonk

Le roi Philippe de Belgique a posé une couronne de fleurs et s’est entretenu avec des rescapés, dont plusieurs sont aujourd’hui des nonagénaires. Surtout, le roi des Belges a prononcé un long discours émouvant et engagé. Il est rare que le roi s’exprime avec autant d’engagement, surtout si on lit entre les lignes et que l’on adapte son discours à la situation politique actuelle. Après son discours, le roi s’est recueilli devant la plaque commémorative liste le nom des victimes. Sa Majesté a paru très ému, les yeux humides durant la minute de silence.

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Discours intégral du roi Philippe à Breendonk, le 18 septembre 2019 :

Ils ont été brisés, humiliés, torturés, déportés, exécutés. Voilà ce qu’ont dû subir ici les prisonniers de Breendonk. Victimes d’une idéologie de la haine qui visait à les dépouiller de tout, jusqu’à leur dignité.

En ce 75ième anniversaire de la Libération, nous saluons l’effort héroïque déployé par nos alliés et de nombreux compatriotes et résistantsqui par leur courage et leur sacrifice ont mis fin à la tyrannie nazie.

Ici, au camp de Breendonk, il faut se souvenir des atrocités qui ont été commises dans toutes leurs cruelles réalités. Mais aussi de tout le travail de réconciliation, de prises de responsabilités, de reconstruction qui a eu lieu après la guerre, et ce avec l’aide de nombreux survivants et victimes. Ceux-ci ont permis une profonde prise de conscience des ravages qu’une idéologie de la haine peut causer. Grâce à eux et avec eux un profond travail de mémoire a été accompli.

A l’heure où la génération de ceux qui ont vécu la deuxième guerre mondiale nous quitte, nous devons garder cette mémoire vivante afin de prendre nos responsabilités pour l’avenir. Parce que l’avenir se construit sur le sens que l’on donne au passé.

Rappelons-nous que la haine et la violence commencent par être tolérées, par lâcheté, par complaisance, par opportunisme. Visiter ce lieu, c’est se ressourcer, méditer sur soi-même et se poser la question : « Que suis-je capable de tolérer avant de m’indigner ? » Nous ne pouvons pas laisser la haine et la violence se développer en nous et autour de nous, parce que nous savons où cela peut mener. Pointer l’autre du doigt, le stigmatiser, l’enfermer dans des catégories, l’isoler, c’est lui refuser son droit au respect et à l’estime de soi.

Il ne suffit pas de clamer : « Plus jamais ça ! ». Le meilleur antidote contre la violence et les humiliations, c’est de susciter chez l’autre tout ce qui développe sa dignité et son estime de soi. C’est là que commence le respect des droits fondamentaux de chaque être humain. C’est alors que nous sommes capables de mettre en œuvre des projets inclusifs.

Au lendemain de la guerre, nous avons amorcé notre grand projet européen, en le fondant sur la réconciliation entre les peuples et le respect des droits de l’homme. L’Europe d’aujourd’hui est le résultat d’une prise de conscience de notre fragilité humaine. Mais nous avons aussi exprimé haut et fort notre foi en l’humain et en la démocratie qui en est le garant.

Notre démocratie est fragile. Elle exige que nous restions vigilants et que nous nous y engagions sans relâche.

Je vous félicite et vous remercie, vous qui vous investissez ici et qui continuez à garder vivante la mémoire pour les générations à venir. Breendonk nous apprend la valeur du courage et de la résilience. J’émets le souhait profond que chaque visiteur ressorte de ce lieu hautement symbolique avec la volonté d’œuvrer en toute circonstance pour le respect de l’autre et de prendre soin de notre démocratie.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr