Un graphologue conclut à une fausse signature sur le testament du roi Goodwill Zwelithini

Dans le cadre de la bataille juridique lancée au sein de la famille royale zouloue, l’expert en graphologie, mandaté par plusieurs princesses qui souhaitent déshériter leur demi-frère, a conclu que la signature du défunt roi Goodwill Zwelithini avait été falsifiée sur son testament qui désignait sa troisième épouse comme régente.

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Deux princesses zouloues ont engagé un graphologue

Yossi Vissoker est un expert en graphologie qui a remis son rapport d’étude concernant la signature du roi Goodwill Zwelithini au bas de son testament. Le roi Goodwill Zwelithini est mort à 72 ans, des suites de complications liées au diabète, le 12 mars 2021. Dans son testament, le roi des Zoulous avait nommé l’une de ses 6 femmes comme régente du royaume. La reine Mantfombi Dlamini, qui n’est pas sa première épouse, a donc assuré la régence, durant la période de deuil, à l’issue de laquelle devait être annoncé le nom de son successeur parmi ses nombreux enfants.

Les reines veuves lors des funérailles du roi Goodwill Zwelithini en mars 2021 (Photo : capture d’écran vidéo)

La reine Mantfombi Dlamini a elle-même succombé mystérieusement à 65 ans, seulement un mois après la mort du roi Goodwill Zwelithini. Elle-même désignait son fils ainé, le prince Misuzulu, comme son successeur et donc comme le nouveau roi des Zoulous. Depuis lors, Misuzulu est reconnu comme le roi, représentant traditionnel des Zoulous dans la province de KwaZulu-Natal en Afrique du Sud. Une partie de la famille royale dénonce une manigance et refuse de reconnaitre son règne. La cérémonie de couronnement devrait pourtant avoir lieu prochainement.

Le roi Goodwill Zwelithini avec sa troisième épouse, la reine Mantfombi, qui a agi en tant que régente  (Photo : Suzan/PA Photos/ABACAPRESS.COM)

La princesse Ntandoyenkosi Zulu et la princesse Ntombizosuthu, deux des 28 enfants du défunt roi Goodwill Zwelithini, contestent formellement le règne de leur demi-frère et dénoncent un faux testament. Elles sont les filles de la reine Sibongile Winifred Dlamini, première épouse du défunt roi. La reine Sibongile a perdu son fils unique, le prince Lethukuthula Zulu, en novembre 2020, empoisonné au cours d’une soirée. Il était considéré comme l’héritier par certains.

Si les filles de la reine Sibongile se battent en justice pour dénoncer le testament, qu’elles prétendent falsifié, ce n’est pas seulement pour des raisons dynastiques. En effet, la reine Sibongile n’a plus de fils, et aucune de ses filles ne peut monter sur le trône. Il s’agit bien entendu d’une bataille pour l’héritage financier. L’ancien roi était le mandataire unique d’un trust qui est propriétaire de biens dans lesquels vit un dixième de toute la population d’Afrique du Sud.

Le roi Misuzulu a succédé à la régence de sa mère, malgré l’action en justice de certains membres de sa famille (Photo : capture d’écran vidéo)

L’expert en graphologie a déposé son rapport qui sera utilisé lors d’un prochain procès

Le graphologue Yossi Vissoker a rédigé un rapport qu’il a remis au tribunal, dans lequel il a indiqué que «même si l’on essayait pendant des années de perfectionner une signature, il n’était pas possible de bien faire les choses car chaque personne a une façon d’écrire unique et distincte», rapporte IOL.

«Sur la base et conformément aux normes d’examen des documents acceptées et éprouvées et compte tenu de certaines caractéristiques individuelles, (…) je peux conclure les séries 1 et 2 n’ont pas été écrites ou signées de la même main que celle de feu Sa Majesté le roi Goodwill Zwelithini KaBhekuzulu ». IOL a publié les scans des documents enregistrés par le tribunal, sur lesquels on peut voir les différences entre les signatures. D’un œil non expert, on peut distinguer plusieurs points d’hésitation dans les courbes.

On ne sait pas encore quand ces documents seront utilisés par la cour de Pietermaritzburg, lors d’un prochain procès. D’autres membres de la famille, à savoir le prince Buzabazi Zulu et son frère le prince Nhlanganiso Zulu, la princesse Thembi Zulu-Ndlovu et le prince Mbonisi Zulu, dénoncent également un faux en écriture et ont de leur côté remis d’autres pièces à la cour.

La reine Sibongile indique qu’étant la première épouse, mariée sous le régime des biens communs, elle est légalement l’unique épouse au regard de la loi, et doit hérité de la moitié des biens de son défunt mari. D’un point de vue dynastique, les autres fils du roi espère également que la reconnaissance d’un faux testament par la justice, permette de détrôner le roi Misuzulu. En effet, si le testament nommant la reine Mantfombi comme régente est reconnu comme un faux, il n’existe apparement aucun autre testament enregistré par le roi Goodwill Zwelithini. Par conséquent, la régence aurait due être assurée par sa première épouse et celle-ci aurait dû participer aux discussions menant à la désignation du prochain roi. Rappelons tout de même que sa troisième épouse était déjà désignée du vivant du Roi comme sa Grande Épouse, et elle était celle qui l’accompagnait à l’étranger lors des événements officiels et protocolaires.

L’article 212 de la constitution sud-africaine reconnait un certain nombre de royaumes traditionnels, dans lesquels les monarques occupent un réel rôle de médiateur au niveau local et un rôle symbolique, en tant que garant de la préservation culturelle de leur tribu. Le roi Misuzulu Zulu est le souverain contesté du peuple zoulou, anciennement regroupé dans le Zoulouland, qui aujourd’hui fait partie de la province sud-africaine du KwaZulu-Natal. Parmi les royaumes traditionnels, celui des Zoulous est le plus important en terme de population. La population étant majoritairement regroupée dans la province du KwaZulu-Natal, la famille royale zouloue a été attribuée comme souveraine de ce territoire, le roi des Zoulous agissant comme un monarque constitutionnel.

Après des siècles de clans et tribus dirigés par un chef, le royaume des Zoulous (ou Empire zoulou) fut un État reconnu lorsqu’il acquit son indépendance en 1816. Au milieu de son règne, en 1883, le roi Cetshwayo kaMpande vit son royaume devenir le Zoulouland et passer sous le contrôle britannique. Lorsque l’Afrique du Sud prit son indépendance en 1961, la république reconnut également une liste de royaumes traditionnels. Les Zoulous représentent un cinquième des habitants d’Afrique du Sud.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr