La Reine ensorcelée par une guérisseuse : une rebouteuse fait trembler la monarchie aux Pays-Bas

Dans les années 50, Greet Hofmans fut la femme la plus influente des Pays-Bas. Cette femme illettrée, possédant des supposés dons de guérisseuse, était devenue la conseillère de deux reines, la reine Juliana, et l’ancienne reine Wilhelmine. L’influence religieuse et politique de la rebouteuse fut telle, que le mariage de la reine Juliana des Pays-Bas faillit partir en éclat. Un gouvernement tombera par sa faute et forcer la reine à abdiquer semblait être la seule solution pour sauver la monarchie.

L’ancienne reine Wilhelmine et la reine Juliana des Pays-Bas ont toutes les deux été envoutées et manipulées par Greet Hofmans, une guérisseuse qui influençait leur vie à la cour (Photos : domaine public)

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Une guérisseuse pour soigner la princesse Christina

En 1948, malade et âgée, la reine Wilhelmine des Pays-Bas abdique, en faveur de sa fille, Juliana, 39 ans. Quelques mois auparavant, Juliana venait d’accoucher de sa quatrième fille, la princesse Christina. La reine Juliana et son époux, le prince Bernhard, étaient déjà parents des princesses Beatrix, Irene et Margriet. Durant sa quatrième grossesse, la reine Juliana avait attrapé la rubéole et sa fille Christina naitra avec de graves problèmes aux yeux.

Complètement aveugle d’un œil, la petite Christina, qu’on appelle Marijke en privé, souffrait également de cataracte à l’autre œil. À l’époque, les médecins pensaient qu’elle perdrait éventuellement la vue aux deux yeux. Aucun médecin n’avait pu trouver un traitement pour la guérir. La reine Juliana s’enlisa peu à peu dans la dépression. Son époux, le prince Bernhard, fit alors appel à une certaine Margaretha Hofmans, surnommée Greet.

La reine Juliana et son époux, le prince Bernhard, entourés de leurs quatre filles. La petite dernière Christina, presqu’aveugle, à côté des ses sœurs, Beatrix, Irène et Margriet. (Photo : RVD)

Greet Hofmans était à l’époque une femme d’une cinquantaine d’années. Sans éducation, illettrée, elle prétendait pouvoir guérir par imposition des mains. La reine Juliana fut au début sceptique, mais elle accepta de débuter les séances, suivant les conseils de son époux. La famille royale fit une place au palais Soestdijk à Greet Hofmans. La rebouteuse s’installa confortablement et prit peu à peu ses aises.

Greet Hofmans entre dans la vie de la famille royale des Pays-Bas, envoyée en mission pour imposer ses mains sur la princesse Christina et la guérir de sa cécité. La guérisseuse pendra de plus en plus de place au palais Soestdijk (Photo : ANP)

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Greet Hofmans devient le guide spirituel et politique de la reine Juliana

Greet Hofmans fut un soutien important pour la reine Juliana, durant les premières années de son règne. Au fil des ans, celle qui était chargée de soignée Marijke et aider la reine avec sa dépression, se transforma en confidente, conseillère, guide spirituel, au point que ses croyances ont fini par se refléter dans les prises de position publiques de la Reine. À partir de 1951, Greet Hofmans n’est plus une simple guérisseuse pour Juliana. Impressionnée, la reine deviendra adepte de ses préceptes mêlant religion et politique. Elle lui donne une tribune en organisant pour elle des conférences religieuses œcuméniques durant lesquelles sa nouvelle amie prône le pacifisme.

Appelées conférences Oude Loo, car elles avaient lieu au château Oude Loo, des amis intimes de la reine et des membres de la cour étaient invités, réunissant plus de cent personnes à chaque fois. Les nouveaux adeptes rejoignaient alors le Cercle Baarn. Greet Hofmans dirigeait les discussions du cercle. Des orateurs nationaux et internationaux sont invités à prendre la parole sur des sujets paranormaux et ésotériques.

En tout, il y a eu 17 conférences. Au départ, il devait y en avoir une, puis deux, puis une par an et finalement, elles furent organisées au rythme de trois par an. L’ancienne First Lady Eleanor Roosevelt, veuve du président américain, sera invitée à l’une des conférences. Elle en ressortira choquée, qualifiant ce groupe de « fanatiques ».

La reine Juliana (en blanc, troisième à gauche), entourée de ses amis du cercle Baarn, qui viennent assister à une conférence Oude Loo. (Photo : archive familiale)

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Le couple royal est au bord du divorce

Cours d’astrologie, éveil spirituel, et séances d’occultisme sont au programme au palais. Le prince Bernhard, qui ne reconnait plus son épouse, chasse la guérisseuse pour libérer la Reine des griffes de cette sorcière. C’est alors au palais Het Loo, où vit l’ancienne reine Wilhelmine, que Greet Hofmans part s’installer. La guérisseuse voit en Wilhelmine une nouvelle proie, cette dernière participait déjà aux conférence du Cercle Baarn. La reine Juliana les rejoint quotidiennement et rapidement un trio se forme. Juliana, Wilhelmine et Greet s’opposent fermement à tout l’entourage dissident, dont le prince Bernhard et l’héritière, la princesse Beatrix. On dit que Bernhard et sa fille, Beatrix, étaient prêts à forcer Juliana à abdiquer, pour maintenir la monarchie.

Deux clans sont formés, la tension est vive. En 1952, la reine Juliana prononcera un discours surprenant à la Chambre des représentants des Etats-Unis, qui reflètera la pensée pacifiste de sa conseillère trop envahissante. En pleine guerre froide, le discours ne passera pas inaperçu.

La presse allemande révèle l’existence d’une Raspoutine à la cour royale des Pays-Bas

C’en est trop. Le prince Bernhard parle à la presse allemande et révèle ce qui se trame en coulisses. Le 13 juin 1956, le journal Der Spiegel sort un article qui fait l’effet d’une bombe. On y révèle que la reine Juliana agit sous l’emprise d’une guérisseuse, qui dirige sa vie et celle de la famille royale. L’article compare la manipulatrice à Raspoutine. Le journal est censuré aux Pays-Bas. Une commission est formée pour tirer l’affaire au clair. Le gouvernement, ne voulant être tenu pour responsable des agissements de la reine devant le parlement, est dissous, d’autant plus que le Premier ministre était au courant de l’affaire. Aucune majorité ne voudra se reformer, craignant toujours de devoir rendre des comptes de cette histoire embarrassante. Finalement, la commission mettra fin à l’épisode, permettant de chasser Greet Hofmans pour de bon.

En 1956, le magazine allemand Der Spiegel révèle les manipulations d’une certaine guérisseuse qui agit depuis 9 ans à la cour royale néerlandaise. Cette édition, sur laquelle le prince Bernhard de Lippe-Biesterfeld fait la couverture, sera censurée aux Pays-Bas (Photo : Der Spiegel)

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La guérisseuse est chassée de la cour

La reine Juliana, libérée de l’emprise de sa guérisseuse manipulatrice, reprit son règne en main, son mariage aussi. Plusieurs membres de la cour, qui avaient également adhéré aux préceptes de la guérisseuse ont été mis à la porte. L’entourage de la reine fut totalement modifié. En 1962, la reine mère Wilhelmine meurt et une entorse au protocole permet d’organiser des funérailles en blanc, pour respecter sa croyance en la réincarnation. Margaretha “Greet” Hofmans, quant à elle, mourut dans la misère en 1968.

Enterrement de Margaretha “Greet” Hofmans le 21 novembre 1968 à Amsterdam (Photo : WikiCommons)

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En 1980, la reine Juliana abdique en faveur de sa fille, Beatrix, pour des raisons de santé, mais aussi poussée par l’affaire de corruption Lockheed dans laquelle est impliqué son époux, Bernhard. Dans les dernières années de sa vie, elle ne réalise plus d’apparitions publiques. Atteinte de démence et d’Alzheimer, elle ne reconnait plus personne. Elle mourra en 2004, à l’âge de 94 ans. Elle aura droit à un enterrement œcuménique, dont le ton religieux peu « orthodoxe » fut critiqué. Durant le sermon, on rappellera son intérêt pour les religions et la réincarnation.

L’enterrement en blanc de l’ancienne reine des Pays-Bas, la princesse Wilhelmine, en 1962

Sources : Absolute facts, Historiek, NRC (Webarchive)

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés par passion. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales.