Des tourments du vice-roi de Naples à l’élection du premier roi des Belges

Si Rodriguez Ponce de Léon l’avait su ! Ce duc espagnol du 17e siècle, qui régnait sur un territoire de la partie inférieure de l’Italie et qui rencontra bien des tourments face au jeune Masaniello révolté par la domination espagnole à Naples, a eu une incidence sur la création de la Belgique, près de deux siècles plus tard. Comme le veut l’effet papillon, les tourments de Rodriguez Ponce de Léon, auront une incidence sur Daniel-François-Esprit Auber, Eugène Scribe, Guillaume 1e des Pays-Bas et un ensemble de protagonistes qui permettront finalement au prince Léopold de Saxe-Cobourg de devenir le premier roi des Belges.

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La révolte des Napolitains contre Rodriguez Ponce de Léon, duc d’Arcos, vice-roi de Naples

Rodriguez Ponce de León est duc d’Arcos, marquis de Zahara, comte de Casares, et d’autres. Il est né en 1602, devint vice-roi de Valence en 1642, puis c’est de l’autre côté de la Méditerranée, en Italie, qu’il fut nommé par le roi Philippe IV d’Espagne pour devenir vice-roi de Naples, à partir de 1646. Les Napolitains – et en particulier avec le jeune Masaniello à la tête des révoltes -, mécontents des différents impôts à payer à la Couronne espagnole, se rebellent contre le vice-roi d’origine espagnole.

Masaniello assiège le palais du vice-roi et exige d’être nommé gouverneur. Une fois à la tête de Naples, la vanité mènera rapidement Masaniello à sa perte. Cette période insurrectionnelle vaudra tout de même à Rodriguez Ponce de Léon de perdre son trône, qu’il fut contraint de quitter en 1648. Naples devint une république pendant quelques temps, mais la même année, Philippe IV d’Espagne a déjà nommé un nouveau vice-roi de Naples, qui n’est autre qu’un de ses fils, Jean José, comte d’Oñate. En 1707, Naples passe sous la domination de l’Autriche.

Roriguez Ponce de Leon duc d'Arcos vice-roi de Naples
Rodriguez (ou Rodrigo) Ponce de León est nommé vice-roi de Naples par le roi d’Espagne. Les Napolitains se rebelleront contre lui et cette révolution inspirera l’écriture d’un opéra (Image : Domaine public)

La révolte des Napolitants inspire un opéra : La muette de Portici

La révolte napolitaine contre la Couronne espagnole inspira le musicien Daniel-François-Esprit Auber, qui composa l’air d’un opéra en 5 actes, avec les paroles des librettistes Eugène Scribe et Germain Delavigne. La première représentation de leur grand opéra, appelé La muette de Portici, eut lieu à l’opéra Le Pelletier de l’Opéra de Paris, le 29 février 1828.

Dans La muette de Portici, les faits historiques sont quelque peu romancés. Les événements se déroulent à Portici, en 1647, dans les environs de Naples. On y découvre l’histoire d’amour d’Alphonse d’Arcos, le fils du vice-roi de Naples, qui tombe amoureux d’Elvire, une princesse napolitaine. Arrive alors la « muette », appelée Fenella, qui accuse le prince espagnol de l’avoir séduite puis abandonnée. Le frère de Fenella n’est autre que Masaniello, qui décide de se venger d’Alphonse. Tout est prétexte pour se débarrasser en réalité de l’oppression espagnole. L’histoire se termine très mal pour les Napolitains puisque Masaniello meurt empoisonné et sa sœur, se jette de désespoir dans le Vésuve.

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La révolte napolitaine sera la trame de fond de La muette de Portici, qui raconte l’histoire d’amour entre Alphonse d’Arcos, fils du vice-roi d’origine espagnole, et de la princesse napolitaine Elvire (Image : Martine Castagne/Histoires Royales)

Guillaume 1e des Pays-Bas fête son anniversaire à l’opéra de La Monnaie à Bruxelles

Deux ans après la première à Paris, le roi Guillaume 1e des Pays-Bas, organise une représentation de La muette de Portici à l’opéra de La Monnaie, à Bruxelles, pour son anniversaire. La Belgique, extrêmement pauvre et qui n’a cessé de passer sous la main des Français puis des Néerlandais, depuis la chute de Napoléon, est une fois de plus dirigée par un souverain hollandais dont elle se sent tellement éloignée.

Guillaume 1e, qui règne alors sur un territoire qui correspond au Benelux actuel, se sent d’une grande générosité le 25 août 1830, jour de son anniversaire. Il accepte d’ouvrir au public les portes de l’opéra. La salle est pleine à craquer. Il est rare que le souverain divertisse son peuple. Mais bien vite, les Belges s’identifient à Masaniello et aux Napolitains. Un vent de révolte souffle dans la salle.

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Guillaume 1e assiste à une représentation de La muette de Portici à l’opéra de La Monnaie à Bruxelles, le jour de son anniversaire (Image : domaine public)

Dès le deuxième acte de la deuxième scène, les paroles mettent le feu au poudre. Les acteurs chantent : « Mieux vaut mourir que rester misérable ! Pour un esclave est-il quelque danger ? Tombe le joug qui nous accable, Et sous nos coups périsse l’étranger ! Amour sacré de la patrie, Rends-nous l’audace et la fierté ; À mon pays je dois la vie ; Il me devra sa liberté ». Dans la troisième scène, le public exulte en entendant le ténor Jean-François Lafeuillade, qui interprète ce jour-là le rôle de Masaniello, chanter une hache à la main : « Va dire aux étrangers que tu nommes tes maîtres que nous foulons aux pieds leur pouvoir inhumain ».

Il est impossible de calmer les Belges qui crient « Aux armes, aux armes ! ». Les revendications se répandent dans la rue. Portés par l’histoire des Napolitains et encouragés par la révolte des Français, les Belges pensent à leur tour pouvoir espérer leur indépendance. En effet, mois d’un mois avant cet événement, les Français ont réussi, en 3 jours, à se débarrasser de Charles X, dernier roi de France, pour voir Louis-Philippe 1e monter sur le trône, en tant que roi des Français.

De l’indépendance de la Belgique à l’élection de Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha

Incendies, pillages, les émeutiers ne se calment pas au fil des heures, malgré la création rapide d’une garde bourgeoise. Les révoltes ont lieu à présent partout en Belgique. Dans le sud du pays, et en particulier dans la province de Liège, on pend des drapeaux français aux fenêtres et on chante La Marseillaise. À Bruxelles, ce sont les couleurs utilisées traditionnellement pour les armoiries brabançonnes, le noir-jaune-rouge, qui sont utilisées. Le 28 août, seulement trois jours après la représentation, l’avocat Lucien Jottrand et le journaliste Édouard Ducpétiaux inventent le drapeau belge et demandent à une couturière d’en confectionner le premier exemplaire qui sera accroché à l’Hôtel de Ville de Bruxelles. Les bandes horizontales seront ensuite placées verticalement dès les exemplaires suivants, afin de bien le différencier du drapeau des Pays-Bas.

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Les émeutiers belges se répandent dans tout le pays (Image: Domaine public)

Malgré la réunion des États-Généraux au mois de septembre, la tension n’est pas redescendue depuis un mois. Jusqu’au 23 septembre, où l’armée du roi est incapable de traverser les barricades au Parc royal de Bruxelles. Une commission s’est enfermée à l’Hôtel de Ville de Bruxelles qui deviendra le gouvernement provisoire. Le 4 octobre 1830, ce gouvernement provisoire déclare l’indépendance de la Belgique.

Le 3 février 1831, le jeune Congrès national belge vote à une faible majorité le duc de Nemours, fils du roi Louis-Philippe 1e, comme premier roi des Belges. Le roi des Français lui-même refuse la proposition, comprenant que mettre son fils sur le trône d’un pays voisin serait mal perçu par les autres puissances. C’est finalement vers le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha que le Congrès se prononce ensuite, à 152 votes sur 196. Le prince d’origine germanique, devenu britannique à son mariage, séduit, même s’il a encore tout à apprendre sur la Belgique qu’il ne connait pas, et malgré son protestantisme, qui était pourtant un point de crispation concernant Guillaume 1e. Après quelques mois de négociations politiques, Léopold accepta le trône. Léopold 1e prêta serment le 21 juillet 1831.

Notre sixième épisode consacré à la révolution belge jusqu’à l’élection de Léopold comme premier roi des Belges, fait suite au cinquième épisode qui relate le mariage de Léopold et de Charlotte de Galles, qui terminera de façon tragique. Le quatrième épisode est consacré à la relation entre Léopold et Napoléon. Le troisième épisode s’intéresse à la formation militaire de Léopold et à la mort de son père François, le deuxième épisode raconte l’enfance et l’éducation de Léopold, et le premier épisode raconte sa naissance. Histoires Royales propose chaque semaine un épisode consacré à la vie du premier roi des Belges, diffusés dans l’ordre chronologique. Sous forme de livre audio ou de podcast (disponibles sur toutes les plateformes de podcast), les épisodes sont contés de façon romancée afin que les plus jeunes puissent y découvrir de façon accessible la vie du premier roi des Belges.

Sources : Cervantes, La Belgique de 1830

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr