Léopold 1e était destiné à devenir le prince consort du Royaume-Uni

Le prince Léopold de Saxe-Cobourg eut un destin aux multiples rebondissements. Après sa brillante carrière à combattre Napoléon au sein de l’armée russe et à défendre les intérêts du duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld dirigé par son frère ainé, le duc Ernest, Léopold trouve l’amour au Royaume-Uni. Tombé fou amoureux de Charlotte de Galles, la seule enfant légitime de l’héritier, il deviendra un membre de la famille royale britannique de haut rang, destiné à être l’époux de la prochaine reine. Nous le savons, le destin lui jouera d’autres tours, puisqu’il deviendra le premier roi des Belges, en 1831.

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Qui pour épouser Charlotte de Galles ?

Début des années 1810, la cour britannique n’a qu’une idée en tête, trouver un époux stratégique à la princesse Charlotte, l’unique fille légitime de Georges, prince de Galles. Elle sort à peine de l’adolescence que toute l’attention se cristallise autour d’elle. Le prince de Galles et son épouse, Caroline de Brunswick, forment le couple le plus malheureux de l’époque. Il est déjà étonnant qu’ils aient même pu avoir un seul enfant ensemble.

On pense à marier Charlotte au prince Guillaume d’Orange-Nassau. Le jeune prince est l’héritier de celui qui ne tardera pas, quelques mois plus tard, à devenir le roi Guillaume 1e des Pays-Bas. Le Royaume-Uni, qui souhaite renforcer son influence sur la partie septentrionale de l’Europe, alors que les guerres napoléoniennes ont chamboulé l’échiquier, voit en Guillaume le candidat idéal pour la jeune Charlotte.

Charlotte de Galles, fille légitime unique du prince de Galles (Image : Domaine public)

Le 12 août 1813, le futur roi Guillaume 1e des Pays-Bas, encore prince régent de la monarchie de transition des Pays-Bas unis, se rend à Londres, invité à l’anniversaire du prince de Galles. Il s’y rend avec son fils, le prince héritier d’Orange, dans le but de le présenter à Charlotte. Les hommes sont ivres et les princes néerlandais font mauvaise impression à l’héritière du prince de Galles. Les tractations auront pourtant lieu, malgré la réticence de Charlotte de Galles.

Guillaume de Nassau, prince d’Orange est le candidat proposé au mariage à Charlotte (Image : Domaine public)

Plusieurs inquiétudes se posent à la cour. Entretemps, Guillaume 1e est devenu roi du nouveau royaume des Pays-Bas et son fils est lui-même appelé à lui succéder, tout comme Charlotte est destinée à devenir reine du Royaume-Uni. Doit-on imaginer une même couronne qui règne sur deux pays différents ? Quel enfant héritera de quel royaume ? Pourtant, des arrangements légaux sont mis en place pour régler ces différentes questions.

Le prince Léopold de Saxe-Cobourg met le prince Guillaume d’Orange hors jeu

Des rumeurs courent également que Charlotte serait tombée amoureuse d’un prince prussien. Auguste de Prusse ? Frédéric de Prusse ? Les amourettes de Charlotte prendront fin au printemps 1814, alors qu’elle croise la route de Léopold de Saxe-Cobourg, qui accompagnait son beau-frère, le tsar Alexandre 1e dans la capitale britannique.

Léopold de Saxe-Cobourg plait à Charlotte de Galles et le mariage est célébré en 1816 (Image : Domaine public)

C’est lors d’une fête au Pulteney Hotel, à Londres, que le prince Léopold de Saxe-Cobourg tombe sous le charme de Charlotte de Galles. Celle-ci accepte de lui parler et le temps passe, au point qu’il accapare l’attention de Charlotte toute la soirée. Sachant qu’elle était déjà engagée auprès de Guillaume d’Orange et qu’elle avait même déjà signé son contrat de mariage, Léopold enverra après la soirée une lettre d’excuse au père de Charlotte. Le prince de Galles sera impressionné par l’attitude gentleman de Léopold.

Après de multiples rebondissements, une fuite de Charlotte, des menaces d’emprisonnement par son propre père et des pressions faites sur sa mère, le projet de mariage avec Guillaume finit par tomber à l’eau au bout d’un an de discordes. Le prince d’Orange, lui-même, acceptera d’annuler son engagement, préférant se marier avec Anna Pavlovna de Russie. Si le chemin semble libre pour Charlotte de se rapprocher de Léopold, qu’elle n’avait pas oublié, lui continue sa carrière militaire à l’étranger, l’obligeant notamment à séjourner à Paris.

En janvier 1816, Charlotte réitère une nouvelle fois sa demande à son père et lui écrira : « Je n’hésite plus à annoncer mon choix en faveur du Prince de Cobourg – je vous assure que personne ne sera plus stable et cohérent dans son seul et unique mariage que moi-même ». Las de cette histoire, Georges, qui occupe déjà le rôle de régent pendant le règne de son père, veut laisser sa chance à Léopold et le convoque immédiatement à Londres. Le prince de Cobourg abandonne ses activités pour répondre à l’invitation.

En février 1816, Léopold se retrouve à table avec Charlotte et son père, un repas qui fera forte impression et se déroulera sans accroche. Après le repas, Charlotte écrira à son père combien elle était éprise, envisageant un mariage d’amour « comme les autres gens » et non un mariage dynastique arrangé.

Les fiançailles sont annoncées, le Parlement octroie des subsides au futur couple et on met à leur disposition Claremont House pour y établir leur future famille. Le mariage est célébré en grandes pompes le 2 mai 1816. Le couple est très apprécié de la population et chacun de leurs déplacements soulève les foules. Charlotte fait ensuite une fausse couche. Quelques mois plus tard, elle est à nouveau enceinte.

Le 2 mai 1816, le prince Léopold de SSaxe-Cobourg épouse la princesse Charlotte de Galles, unique héritière du prince de Galles, futur roi Georges IV (Image : Martine Castagne/Histoires Royales)

La mort de Charlotte de Galles bouleverse la destinée de Léopold

En 1817, le roi Georges III est au plus mal et son fils, déjà régent, est plus que jamais prêt à monter sur le trône. La grossesse de sa fille, elle-même destinée à devenir reine après lui est donc une nouvelle qui réjouit le peuple et les économistes. La naissance d’un héritier est tellement attendue qu’on prédit une augmentation du marché boursier de 2,5 à 7% au moment de la naissance du bébé, en fonction de son sexe.

La santé de Charlotte est au cœur des préoccupations. Le bébé semble anormalement gros et on lui conseille de suivre un régime, accompagné de saignées, pour ralentir la croissance du bébé. Christian Stockmar, le médecin de la famille Cobourg – et l’un des meilleurs amis de Léopold – préfère prendre du recule et ne pas se mêler de la grossesse, sentant qu’au moindre problème, en tant qu’étranger il serait la cible idéale à blâmer. C’est donc le simple accoucheur, Sir Richard Croft, qui n’était pas un médecin, qui pratiquait les traitements. Sir Richard Croft, critiqué par Stockmar, était en vue parmi les élites britanniques et ses méthodes semblaient révolutionnaires pour l’époque.

Le couple est adulé à chacune de ses sorties, représentant l’avenir royal du Royaume-Uni (Image : Domaine public)

On pensait que l’enfant naitrait le 19 octobre. Il faudra pourtant attendre la nuit du 3 au 4 novembre 1817 pour que débute l’accouchement. Dans la soirée du 5 novembre, plusieurs spécialistes sont appelés en renfort alors qu’on sait déjà que le bébé ne survivra pas. L’accoucheur fera encore pression pour que certains confrères ne s’en mêlent pas, ce qui priva par exemple Charlotte d’obtenir de l’aide avec des forceps. Même avec les connaissances médicales de l’époque, les forceps auraient pu épargner ses forces. Le bébé sort et personne ne peut le ranimer. Charlotte est épuisée. Elle pourra enfin manger, après des jours de jeûne. Léopold la rejoint quelques instants, le temps de pleurer ensemble la mort de leur enfant. Après quoi, il la laisse se reposer seule, encore trop affaiblie et indisposée par les saignées.

Quelques heures plus tard, en pleine nuit, Charlotte vomit, convulse, saigne abondamment. Richard Croft finit par accepter d’appeler Stockmar. Mais il est trop tard. Impossible de stopper l’hémorragie, elle décède le 6 novembre 1817. Léopold sera inconsolable. Il vient de perdre l’amour de sa vie.

Les années qui suivent sont décrites comme sa traversée du désert. Anéanti sentimentalement, ce prince germanique se voit également questionné sur sa présence au Royaume-Uni. Bien qu’il ait obtenu la nationalité britannique à son mariage, la population commence à le trouver bien coûteux. Les subsides de l’État qu’il reçoit étaient censés financer le couple héritier, appelé un jour à régner. Depuis la mort de Charlotte, il est difficile de justifier son rôle et sa place au sein de la cour.

À la mort de sa petite-fille, Charlotte, le vieux roi Georges III, sur sa fin de vie, pousse ses autres fils, des célibataires endurcis qui profitaient de la vie, à se marier. Il était clair que le futur Georges IV n’aurait plus d’enfants et une crise de succession était à prévoir. C’est ainsi, avec la présence de Léopold, prince de Saxe-Cobourg à la cour, qu’on eut l’idée de marier le prince Edward, duc de Kent à Victoria, la sœur de Léopold déjà veuve du prince de Leiningen. Ils auront une fille, Victoria, qui deviendra un jour reine du pays.

On le sait, après la mort de Charlotte, Léopold connaitra bien d’autres aventures, politiques cette fois-ci. Après sa longue traversée du désert, il sera appelé à devenir le premier roi des Belges. Mais ça, c’est une autre histoire ! Notre cinquième épisode consacré au mariage de Léopold avec Charlotte de Galles, fait suite au quatrième épisode qui relate la relation entre Léopold et Napoléon. Le troisième épisode s’intéresse à la formation militaire de Léopold et à la mort de son père François, le deuxième épisode raconte l’enfance et l’éducation de Léopold, et le premier épisode raconte sa naissance. Histoires Royales propose chaque semaine un épisode consacré à la vie du premier roi des Belges, diffusés dans l’ordre chronologique. Sous forme de livre audio ou de podcast (disponibles sur toutes les plateformes de podcast), les épisodes sont contés de façon romancée afin que les plus jeunes puissent y découvrir de façon accessible la vie du premier roi des Belges.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr