Le roi Philippe s’exprime sur le Congo et « les blessures du passé » dans une lettre historique adressée au président congolais

C’est une première, un souverain belge évoque le passé colonial du pays au Congo. C’est à travers une lettre inattendue que le septième roi des Belges aborde la question coloniale, alors que son arrière-arrière-grand-oncle, le roi Léopold II a servi de cible principale dans le débat sur la décolonisation de l’espace public. À l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, le roi Philippe a évoqué ses « profonds regrets » dans une lettre adressée au président congolais, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Le roi Philippe exprime ses regrets dans une lettre adressée à Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo (Photo : La Libre Afrique)

Lire aussi : Le prince Laurent « ne voit pas » comment Léopold II « a pu faire souffrir des gens » au Congo

Le roi Philippe envoie une lettre histoire au président de la République démocratique du Congo

La tante du roi Philippe, la princesse Esmeralda jugeait opportun que le Roi s’exprime sur le Congo. Le prince Laurent, frère du roi Philippe, avait tenté de justifier les actes critiqués du roi Léopold II. Esmeralda et Laurent étaient les deux seuls membres de la famille royale à avoir osé évoquer le sujet épineux. La dernière fois que le sujet avait été évoqué, c’était à l’époque du roi Baudouin.

Mais le roi Philippe est le premier souverain régnant à exprimer clairement son avis sur le sujet, jugeant que « pour renforcer davantage nos liens et développer une amitié encore plus féconde, il faut pouvoir se parler de notre longue histoire commune en toute vérité et en toute sérénité », peut-on lire dans un communiqué envoyé par le Palais royal au petits heures ce matin, reproduisant le contenu de la lettre (à lire en intégralité, ci-dessous).

La statue équestre de Léopold II est régulièrement sujette au vandalisme, en réaction au passé colonial de Léopold II (Photo : histoiresroyales.fr)

« Notre histoire est faite de réalisations communes mais a aussi connu des épisodes douloureux. A l’époque de l’État indépendant du Congo, des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective. La période coloniale qui a suivi a également causé des souffrances et des humiliations », écrit l’arrière-arrière-petit neveu de Léopold II. « Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés », continue le roi des Belges dans sa lettre adressée au président de la République démocratique du Congo. La lettre du roi Philippe ne mentionne pas le roi Léopold II mais parle bien de l’État indépendant du Congo, possession personnelle de Léopold II.

La Première ministre Sophie Wilmès inaugurera également une plaque commémorative devant la commune d’Ixelles ce 30 juin 2020, jour d’anniversaire des 60 ans de l’indépendance du Congo. Le roi Philippe a également fait part de son regret d’être dans l’incapacité de participer aux célébrations au Congo, les conditions sanitaires empêchant tout déplacement.

Lire aussi : Dégradée, incendiée, la statue de Léopold II est démontée à Anvers

La lettre complète du roi Philippe au président Tshisekedi

« En ce soixantième anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, je tiens à vous adresser ainsi qu’au peuple congolais mes vœux les plus chaleureux.
Cet anniversaire est l’occasion de renouveler nos sentiments d’amitié profonde et de nous réjouir de la coopération intense qui existe entre nos deux pays dans tant de domaines, et notamment dans le domaine médical qui nous mobilise en cette période de pandémie. La crise sanitaire nous frappe au milieu d’autres préoccupations. Le partenariat privilégié entre la Belgique et le Congo est un atout pour y faire face. En ce jour de fête nationale, je souhaite réaffirmer notre engagement à vos côtés.  
Pour renforcer davantage nos liens et développer une amitié encore plus féconde, il faut pouvoir se parler de notre longue histoire commune en toute vérité et en toute sérénité.
Notre histoire est faite de réalisations communes mais a aussi connu des épisodes douloureux. A l’époque de l’État indépendant du Congo des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective. La période coloniale qui a suivi a également causé des souffrances et des humiliations. Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés. Je continuerai à combattre toutes les formes de racisme. J’encourage la réflexion qui est entamée par notre parlement afin que notre mémoire soit définitivement pacifiée.
Les défis mondiaux demandent que nous regardions vers l’avenir dans un esprit de coopération et de respect mutuel. Le combat pour la dignité humaine et pour le développement durable requiert d’unir nos forces. C’est cette ambition que je formule pour nos deux pays et pour nos deux continents, africain et européen
Les circonstances actuelles ne permettent malheureusement pas de me rendre dans votre beau pays, que j’aimerais tant mieux connaître. J’espère que j’en aurai bientôt l’opportunité. »

Lire aussi : Les 4 statues de Léopold II à Bruxelles

Source : Communiqué du Palais royal

Avatar
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés par passion. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales.