Michèle Lacaille : l’autre fille cachée du prince Charles de Belgique ?

Michèle Lacaille pense connaitre ses origines. Cette Flamande de 69 ans, qui a rencontré pour la première fois sa mère biologique dans une institution en France, a appris qu’elle était la fille d’un prince. Michèle Lacaille serait la fille biologique du prince Charles, comte de Flandre, régent du royaume de Belgique pendant le règne de son frère, Léopold III. Bien que mort célibataire, on connait au prince Charles de nombreuses conquêtes, ainsi qu’une fille illégitime reconnue, Isabelle Wybo.

Le prince Charles de Belgique, comte de Flandre, est-il le père biologique de Michèle Lacaille ? Ici, le prince Charles photographié dans son enfance (Photo : Imago History Collection / Alamy / Abaca)

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Les origines cachées de Michèle Lacaille

À l’occasion de la sortie de son livre, le quotidien flamand Het Nieuwsblad a publié un long reportage sur Michèle Jeanne Lacaille, née à Forest le 11 février 1951. Elle a grandi à Koningshooikt, un village près de Lierre, dans la province d’Anvers. En 1961, Michèle n’avait que 10 ans quand des camarades de classe se sont moqués d’elle en lui faisant comprendre qu’elle n’était pas la fille de ses parents, Christa et Frans. En rentrant à la maison, sa mère lui confirma froidement la rumeur, lui donnant pour seule explication qu’ils l’avaient adoptée après la mort de ses parents dans un accident de voiture.

Frans, un entrepreneur dans la bâtiment, avait rencontré Christa, une Allemande, lors de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il travaillait dans le pays. Il rentre en Belgique avec sa compagne allemande après la guerre et le couple est souvent l’objet de critiques au village. Michèle a un père plutôt absent, occupé par son travail, et elle a une relation assez compliquée avec sa mère, Christa, qu’elle sait être sa mère adoptive depuis ses 10 ans.

Jamais Michèle n’osera poser de questions à sa mère Christa, qui se montre froide et mystérieuse sur les origines de Michèle. Après une adolescence un peu rebelle, Michèle est une jolie jeune femme qui se lance en tant que mannequin et rencontre vite un jeune homme avec qui elle se marie à 20 ans. Ils ont une fille, dont elle perd la garde lors de leur divorce à peine deux ans après leur mariage.

Peu de temps après, en 1974, Michèle a 23 ans, et elle perd Christa, sa mère adoptive. En faisant le tri dans les affaires de sa mère, elle découvre une petite boite dans laquelle sont classés les papiers d’adoption ainsi qu’une photo de la reine Astrid. Les papiers d’adoption étaient tout ce qu’il y a de plus officiel, mentionnant clairement l’identité de l’enfant et sa mère biologique. Elle découvre que Christa et Frans lui avaient menti. Sa mère n’était pas morte. Elle s’appelait Suzanne Delavigne.

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Suzanne Delavigne enceinte du comte de Flandre ?

Suzanne Delavigne est une Française, née à Bordeaux, qui avait trouvé du travail comme employée de maison au sein d’une famille bourgeoise, en Belgique. Mais Michèle ne savait que faire de ces informations. À l’époque, sans internet, il aurait fallu se lancer dans des recherches importantes pour essayer de prendre contact avec Suzanne. D’autant plus que le père adoptif de Michèle était toujours en vie et qu’il la réprimandait à chaque fois qu’elle abordait le sujet.

Quelques années plus tard, soutenue par son second époux, Michèle se lance enfin dans la recherche de sa mère biologique. C’est à Pfaffenhoffen, un village de 2700 âmes de l’actuelle commune de Val-de-Moder, en Alsace, que la quête de Michèle l’a menée à retrouver Suzanne Delavigne. Sa mère biologique y vivait depuis 22 ans dans un centre de soins, sans avoir reçu la moindre visite depuis des années.

Dans l’institution, arrive une petite dame frêle, soutenue par une infirmière. « Quand je l’ai vue, je n’ai pas douté un instant qu’elle était ma mère. Ces yeux, les mêmes cheveux noirs. Nous ne nous connaissions pas, nous ne nous étions jamais vues. Mais j’ai senti : c’est ma mère », explique Michèle au journal flamand Het Nieuwsblad.

De par l’infirmière et son dossier médical, Michèle apprit le parcours psychiatrique de sa mère, qui avait été internée pour la première fois à Bruxelles en 1951, trois mois après la naissance de sa fille. Elle souffrait d’amnésie post-traumatique, une perte de mémoire souvent liée à un choc émotionnel important. Ce traumatisme, qui empêche la fabrication de nouveaux souvenirs, était mal traité à l’époque. Après un transfert dans un autre centre médical en Flandre, elle rejoindra la France en 1957.

Malgré son trouble, Suzanne avait parfaitement conscience que Michèle était sa fille, et sa seule question était de savoir pourquoi elle avait pris tout ce temps pour la retrouver. Elle lui a alors montré ses archives. Elle avait gardé avec elle des photos de sa fille bébé, probablement envoyées par ses parents adoptifs. Michèle avait elle-même déjà vu ces clichés, qu’on lui avait montré dans le centre médical flamand où Suzanne avait brièvement séjourné dans les années 50.

La question qui lui brûlait les lèvres n’a pas tardé à venir. Qui était son père ? Sans hésiter, sa mère lui répondit : « Le prince Charles. Ton père était un prince. » Selon les médecins, Suzanne tenait ce discours depuis son arrivée dans le centre. Les responsables de l’institution eux-mêmes ont indiqué que depuis toutes ces années, les frais de Suzanne étaient pris en charge par un don anonyme.

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Michèle Lacaille est-elle la fille du prince Charles ?

Après avoir renoué contact avec sa mère biologique, Michèle a pris quelques renseignements sur son parcours, pour l’aider à se figurer la vie de celle qu’elle n’avait jamais connue. Sa mère lui avait indiqué la dernière adresse où elle avait travaillé à Forest, une commune bruxelloise.

C’est dans un hôtel particulier appartenant à un fabricant de tabac, que Suzanne Delavigne avait travaillé comme femme de ménage de 1949 à 1951. Sur place, Michèle a mené son enquête. La famille lui a indiqué que Suzanne avait disparu du jour au lendemain et qu’elle n’avait jamais montré de signes de troubles mentaux. Elle ne semblait pas enceinte non plus avant sa disparition. Suzanne avait-elle fait un déni de grossesse, qui aurait pu lui provoquer un trouble émotionnel déclenchant son amnésie traumatique à la naissance inattendue de sa fille ?

Quand Michèle a abordé la question du prince Charles, elle apprit que le deuxième fils du roi Albert 1e et de la reine Elisabeth était un proche d’un de leurs amis. La famille bruxelloise avait même été invitée avec leur ami, un médecin, à une fête organisée par le prince Charles, à l’occasion de la fin de sa régence. Leur femme de chambre, Suzanne, les avait également accompagnés à la fête. Michèle ne put cependant pas en savoir plus. On lui indiqua qu’il était impossible de savoir si Suzanne avait approché le prince Charles et ce qu’elle avait pu faire durant son temps libre lors de cette soirée.

S.A.R. le prince Charles Théodore de Belgique, prince de Saxe-Cobourg-Gotha, duc de Saxe, comte de Flandre est né en 1903 et mort en 1983. Il a été régent du royaume de Belgique pendant six ans, durant l’absence de son frère, le roi Léopold III.  Ici, en 1944, âgé d’une trentaine d’années (Photo : Domaine public)

Les dates coïncidant avec la naissance de Michèle et les détails assez troublants qui pourraient la lier au prince Charles la pousseront à le contacter à sa résidence de Raversijde. Un an plus tard, elle reçut la visite de son aide de camp, qui lui promit une rencontre. Michèle se mit à s’intéresser à la vie du prince Charles, qui après sa régence, brouillé avec son frère, avait entrepris une carrière artistique sous le nom de Karel van Vlaanderen. Il mourut en 1983 à 79 ans. Contrairement à Isabelle Wybo, l’autre fille illégitime reconnue du prince Charles, Michèle n’eut jamais aucun contact avec celui qu’elle pense être son père. Immédiatement après sa mort, l’institution qui prenait en charge sa mère en France indiqua que les paiements anonymes avaient cessé.

En décembre 2020, Michèle a écrit un livre sur son aventure à la recherche de ses origines. Elle utilise le nom de sa mère, Michèle Delavigne, pour signer son livre Moeder had geen tranen meer (Ma mère n’avait plus de larmes). Selon elle, l’identité royale de son père n’est qu’un détail. Son livre est surtout destiné à rendre hommage à sa mère, décédée en 2004. « J’étais très triste, mais il y avait aussi du soulagement. Elle avait enfin trouvé la paix. Ma mère a été victime toute sa vie. » Concernant son père présumé, Michèle explique : « Qu’il soit prince n’a pas d’importance. Je n’avais pas besoin d’un père. J’aurais aimé lui parler, mais seulement pour mieux comprendre ma mère. »

Michèle Lacaille rend hommage à sa mère dans son livre (Photo : DR)

Selon l’historien Rien Emmery, interrogé par le quotidien flamand, André de Staercke, qui était le secrétaire du prince, et son ami Alfred Bastien, tenaient des journaux assez détaillés sur leurs différentes rencontres et discussions avec le prince. Bien qu’il soit reconnu qu’il ait financièrement aidé Isabelle Wybo, rien n’est mentionné concernant Michèle ni le règlement des frais médicaux de Suzanne. Il se pourrait aussi que le prince Charles lui-même ne soit pas au courant de son existence et que l’affaire ait été gérée par un proche.

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L’autre cousine cachée d’Albert II

Si le prince Charles est resté célibataire toute sa vie, on lui connait une vie sentimentale mouvementée. Après de nombreuses conquêtes au statut semi-officiel, le 14 septembre 1977, il contracte un mariage religieux avec Jacqueline de Peyrebrune à Paris. Ce mariage célébré à l’église n’est pas valide puisqu’aux yeux de la loi, seul un mariage civil est valable. Dans les années 30, le prince Charles aurait également eu une longue histoire d’amour avec une autre Jacqueline, Jacqueline Wehrli, la fille d’un boulanger-pâtissier bruxellois. Le 8 octobre 1938 nait à Strasbourg une enfant, Isabelle.

On donnera à Isabelle le nom de l’époux de sa mère, Arthur Wybo, un mariage arrangé pour légitimer sa naissance. Arthur Wybo était un ancien officier travaillant au Palais royal, ce qui permettait de justifier la présence de son épouse dans l’entourage de la famille royale. Isabelle Wybo-Wherli eut des contacts houleux avec le prince Charles, tout au long de sa vie. La fille illégitime était reconnue de façon officieuse. En 2012, le prince Laurent est apparue avec la cousine cachée de son père, Albert II, lors d’une visite d’une exposition.

Isabelle Wybo lors d’une visite en compagnie du prince Laurent en 2012 (Photo : capture vidéo VTM/Nieuws)

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr

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