Le premier ministre d’Antigua-et-Barbuda confirme au prince Edward son souhait d’abolir la monarchie

Le prince Edward, comte de Wessex, est actuellement en tournée royale dans les Caraïbes avec son épouse. Le troisième fils de la reine Elizabeth II a la tâche périlleuse de représenter la Couronne en cette période de festivités du Jubilé de platine, dans des royaumes antillais où les mouvements indépendantistes se font de plus en plus entendre. À Antigua-et-Barbuda, le premier ministre du pays a confirmé au prince Edward sa volonté de couper un jour définitivement les ponts avec la Couronne britannique.

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Les mouvements antimonarchiques se font entendre dans les Caraïbes

À l’occasion du Jubilé de platine de la reine Elizabeth II, la monarque de 96 ans a envoyé des membres de sa famille aux quatre coins du monde pour célébrer ses 70 ans de règne, dans les royaumes du Commonwealth. En 2002, la reine Elizabeth II est le chef d’État de 15 pays indépendants, dont le Royaume-Uni. La plupart de ces royaumes se situent en Océanie, en Amérique et principalement dans les Caraïbes. La princesse Anne était chargée de visiter deux pays en Océanie, le prince Charles et son épouse visiteront le Canada dans un mois, alors que le prince William et son épouse ont visité trois pays dans les Caraïbes il y a un mois.

Actuellement, le comte et la comtesse de Wessex, fils et belle-fille de la reine, visitent eux aussi des pays dans les Caraïbes. Ils visitent Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Antigua-et-Barbuda. La Grenade était aussi au programme initial mais la halte dans ce royaume a été annulée, en raison du climat politique défavorable à la Couronne britannique. Lors du voyage du duc et de la duchesse de Cambridge dans trois autres pays des Caraïbes, il y a un mois, le couple a aussi été confronté à des manifestations antimonarchiques, en particulier en Jamaïque, où le premier ministre a d’ailleurs confirmé au prince William sa volonté de devenir rapidement une république. Il lancera prochainement le processus de transition républicaine.

Le comte et la comtesse de Wessex à la résidence du premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, en présence du vice-premier ministre, lors de leur tournée caribéenne (Photo : Joe Giddens/PA Wire/ABACAPRESS.COM)

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Le comte et la comtesse de Wessex avertis de la tendance républicaine à Antigua-et-Barbuda

Cette semaine, le prince Edward et son épouse Sophie, ont atterri à Antigua-et-Barbuda. Ici, aucune manifestation publique n’avait été organisée, à la demande des autorités. Malgré les apparences, ils sont aussi nombreux dans ce pays d’environ 100 000 habitants, à vouloir l’abolition de la monarchie.

Quelques jours avant l’arrivée du fils de la reine à Antigua-et-Barbuda, la Commission de soutien aux réparations du pays a écrit une lettre ouverte au prince Edward : « Pour nous, ils [ndlr, les Britanniques] sont la source d’un génocide et d’une blessure, d’une injustice et d’un racisme internationaux profonds et persistants ». La Commission suppliait de respecter les locaux, en n’imposant pas leur présence jugée comme condescendante. « Nous ne sommes pas des niais. »

Le premier ministre Gaston Browne offre un cadeau au fils de la reine Elizabeth II lors de sa venue à Antigua-et-Barbuda (Photo : Joe Giddens/PA Wire/ABACAPRESS.COM)

Après leur arrivée sur le sol antiguais, Edward et Sophie de Wessex ont rejoint la résidence du premier ministre, dans la capitale. Le premier ministre Gaston Browne a chaleureusement accueilli le couple, qui a été convié à une réunion avec les autorités du pays. Là, le premier ministre a prononcé un discours face au comte et à la comtesse de Wessex : « Vous aurez remarqué qu’il n’y a pas de protestations ici », ajoutant qu’aucun habitant ne les avait accueillis avec des pancartes, contrairement à d’autres pays où se sont rendus des membres de la famille royale récemment. Il a déclaré que la décision de ne pas protester était due au fait qu’ils croyaient en une « discussion ouverte et très objective », comme le rapporte la BBC.

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La transition républicaine antiguaise n’est pas encore en marche

Le premier ministre a confirmé son envie de se détacher un jour complètement de la Couronne britannique. Il a toutefois expliqué que ce n’était pas encore à l’ordre du jour, contrairement aux propos tenus il y a quelques semaines par le premier ministre jamaïcain qui lui a fait savoir qu’il en faisait l’une de ses priorités et qu’il entamerait prochainement les démarches pour enclencher le processus.

Edward et Sophie de Wessex reçus par les autorités d’Antigua-et-Barbuda au siège du gouvernement (Photo : Joe Giddens/PA Wire/ABACAPRESS.COM)

Le premier ministre Browne espère que la transition se déroulera sans heurts. C’est pourquoi, il a exhorté le couple à user de son « influence diplomatique pour obtenir la justice réparatrice que nous recherchons ». L’État antiguais souhaite d’abord obtenir réparation des Britanniques. Lors de son passage en Jamaïque, le prince William avait prononcé un discours historique dans lequel il partageait sa peine concernant l’esclavagisme des Britanniques à l’époque coloniale.

Le premier ministre antiguais a toutefois disculpé la famille royale et a précisé qu’il comprenait que la famille royale ne s’impliquait pas dans les litiges politiques, mais a déclaré qu’il souhaitait que le prince Edward et sa famille « comprennent ces problèmes » et agissent pour faire pression.

C’est en 1674 que débute histoire de l’esclavage à Antigua-et-Barbuda, lorsque la première plantation de canne à sucre a été établie par le soldat britannique d’origine barbadienne Christopher Codrington, qui était également propriétaire d’esclaves. En seulement 4 ans, la moitié de la population d’Antigua était composée d’esclaves africains.

Le pays a longtemps eu pour sources de revenus les plantations de tabac, d’indigo et de gingembre, en plus des plantations de cannes à sucre. La principale plantation était celle de Betty’s Hope. Même après l’émancipation des esclaves et l’abolition de l’esclavage, les insulaires ont continué à travailler dans de terribles conditions. Antigua-et-Barbuda a pris son indépendance totale du Royaume-Uni en 1981.

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Dans les Caraïbes, la reine Elizabeth est toujours le chef d’État d’Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, de la Jamaïque, de la Grenade, de Saint-Christophe-et-Niévès, de Sainte-Lucie et de Saint-Vincent-et-les Grenadines. Le Belize, situé au sud du Mexique est également un pays où Elizabeth II est chef d’État et est parfois inclus dans les pays caribéens étant donné sa proximité et son accès sur la mer des Caraïbes. Jusqu’en novembre 2021, Elizabeth II était encore la reine de la Barbade, dernier pays du Commonwealth où la monarchie a été abolie.

La reine Elizabeth II est le chef d’État de sept pays dans les Caraïbes. Le Belize, sur le continent américain, est parfois assimilé à un pays des Caraïbes de par sa proximité géographique, culturelle et son accès sur la mer des Caraïbes. Tout comme, les Bahamas ne sont pas officiellement un pays des Caraïbes mais plutôt d’Amérique du Nord. La notion de Caraïbes est vaste et les définitions sont disputées (Image : Histoires Royales)

Antigua-et-Barbuda comprend, comme son nom l’indique, l’île d’Antigua et l’île de Barbuda, dont l’île d’Antigua n’est située qu’à une cinquantaine de kilomètres de la Guadeloupe. Autour de ce pays, se trouve aussi l’île de Montserrat, un des derniers territoires britanniques d’outre-mer.

Antigua-et-Barbuda a une superficie de 442 km2 pour près de 100 000 habitants, dont près de 25 000 vivent à Saint John’s, la capitale, sur Antigua. Les premiers habitants sont les Ciboneys, des Amérindiens arrivés dans les Antilles environ 400 ans avant notre ère. Colonie espagnole, française puis anglaise, le pays a pris son indépendance en 1984 tout en restant un royaume du Commonwealth. La reine d’Antigua-et-Barbuda est Elizabeth II.

La première visite d’Elizabeth II date de 1966. Sa sœur, la princesse Margaret avait visité le pays dès 1955. De nombreuses visites royales ont été organisées ces dernières décennies dans le pays et dans les Caraïbes de façon générale.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr