La princesse Ubolratana : la sœur du roi de Thaïlande qui rêvait de devenir Première ministre

La famille royale thaïlandaise est bien atypique, à plusieurs égards. La princesse Ubolratana, fille aînée du roi Bhumibol, a un parcours étonnant. Ce 5 avril 2021, la sœur du roi Maha Vajiralongkorn fête ses 70 ans. Née princesse royale, elle deviendra une roturière américaine par amour, puis rêvera de devenir Première ministre, après la mort de son fils unique avalé par le tsunami de 2004.

La princesse Ubolratana, connue aussi comme Julie Jensen, sœur du roi de Thaïlande, photographiée à Cannes en 2009. Elle fête ses 70 ans ce 5 avril 2021 (Photo : Gorassini-Guignebourg/ABACAPRESS.COM)

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Qui est la princesse Ubolratana ?

C’est le 5 avril 1951 que la princesse Ubolratana voit le jour. Elle est la première enfant du roi Bhumbol Aduladyej, qui aura pour nom de règne Rama IX, de 1946 à sa mort en 2016. Sa mère est la reine Sirikit, qui donnera au roi trois autres enfants : le prince Maha Vajiralongkorn, la princesse Maha Chakri Sirindhorn et la princesse Chulabhorn.

La princesse Ubolratana (parfois Ubol Ratana) est née à Lausanne, en Suisse, alors que le jeune roi Bhumibol y terminait ses études, après être monté sur le trône subitement suite au suicide mystérieux de son frère, le roi Ananda Mahidol.

Le roi Bhumibol et la reine Sirikit entourés de leurs trois filles et leur fils : le prince Maha Vajiralongkorn, la princesse Maha Chakri Sirindhornk, la princesse Ubol Ratana et la princesse Chulabhorn(Photo : Mr.Black&White / Alamy / Abaca)

La jeune princesse faisait la fierté de ses parents, notamment pour ses aptitudes mathématiques et son goût pour les sciences. Après avoir été éduquée dans le carcan stricte et autoritaire du Palais royal de Bangkok, ses parents accepteront qu’elle prenne son envol et décroche un diplôme aux États-Unis.

C’est à la fameuse université de MIT, au Massachusetts qu’elle suivra des cours de biochimies. C’est aussi sur les bancs de l’université qu’elle trouvera l’amour. En pleine émancipation, la princesse Ubolratana découvre la liberté américaine, loin du protocole conservateur de l’ancienne cour du Siam.

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La vie secrète de Julie Jensen

L’annonce du mariage avec son camarade Peter Ladd Jensen ne fut pas aux goûts de ses parents. Le mariage d’amour eut pourtant lieu, le 25 juillet 1972. Après avoir obtenu son diplôme à MIT, la princesse continua ses études à l’université de Californie, à Los Angeles.

Par amour, la princesse Ubolratana accepta de perdre le prédicat d’Altesse Royale. Elle fut dès lors connue civilement comme Ubolratana Mahidol et aux États-Unis, en tant que Julie Jensen, son nom en tant que citoyenne américaine. Julie et Peter auront deux filles et un garçon : Ploypailin Jensen, Bhumi Jensen et Mai Jensen.

La vie de la princesse aux États-Unis est méconnue. Pendant de nombreuses années, elle vivra à San Diego avec sa famille, devenant une famille américaine comme les autres. Mais derrière les portes de leur maison, la princesse sombre peu à peu. Totalement incompatible avec une vie civile, la princesse Ubolratana aura du mal à vivre comme son mari l’entend.

Ménage, cuisine, femme au foyer, Julie Jensen s’adapte difficilement à sa nouvelle condition. Son père, le roi de Thaïlande, était considéré par Challenges de son vivant, comme « le dirigeant le plus riche du monde ». Sa fortune était alors estimée à 21 milliards d’euros. Si l’estimation est parfois doublée voire quadruplée, on peut imaginer aisément que se retrouver à récurer des casseroles fut un choc pour la princesse.

Malgré la perte de ses titres, la famille royale n’a pas tourné le dos à Julie et lui rend régulièrement visite aux États-Unis. Elle aussi, accompagnée de son époux, visite à plusieurs reprises la Thaïlande.

Après 25 ans de mariage, en 1998, Julie et Peter Jensen divorcent. Il faudra attendre 1999 pour que le divorce très discret soit révélé dans la presse. Julie accepte de répondre aux médias thaïlandais et raconte son calvaire. Forcée à nettoyer la maison, brimée par son époux si elle ne s’exécutait pas, elle dévoilera aussi l’infidélité de son mari. «Je dirais que j’ai choisi la mauvaise façon de me marier. Je l’ai choisie et j’ai dû vivre avec», dit-elle, comme le rapporte Royal World Thailand. La princesse a accusé son ex-mari, devenu un homme d’affaires à succès et respecté même par ses beaux-parents, d’avoir «utilisé les enfants comme monnaie d’échange» dans leur divorce, selon le Los Angeles Times.

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Le fils unique d’Ubolratana victime du tsunami de 2004

En 2001, Ubolratana rentre définitivement en Thaïlande, Peter acceptant finalement qu’elle parte avec ses enfants. La famille royale l’accueille bras ouverts et tente de lui trouver une fonction semi-officielle. Elle participe régulièrement aux événements du Palais et comme la plupart des membres de la famille, elle veut elle aussi assurer le patronage d’associations. Elle fonde alors To Be Number One, qui vient en aide aux jeunes toxicomanes.

La princesse devient très populaire et participe à des shows télé, tout en continuant son combat de la lutte contre l’addiction aux drogues chez les jeunes. En 2003 et 2006 la princesse joue des rôles dans des séries B et en 2011, elle apparait même dans un téléfilm avec sa fille ainée. Sur sa page iMDb on découvre trois films à son actif.

En 2004, la princesse Ubolratana vit l’un des plus grands drames de sa vie, la perte de son fils unique. Bhumi Jensen, aussi transcrit Poom Jensen, avait seulement 21 ans lorsqu’il fut l’une des 200 0000 victimes (selon la BBC) du tsunami du 26 décembre 2004. La famille royale résidait à l’hôtel La Flora Resort de Khao Lak lorsque le séisme, suivi du tsunami emporta tout sur son passage. C’est le lendemain que le corps du jeune homme, qui faisait du jet-ski au moment où la vague l’a emporté, fut retrouvé sur la plage. Son oncle, le prince héritier Maha Vajiralongkorn fut celui qui dût l’identifier.

La princesse Ubolratana a fondé la Fondation Khun Poom en mémoire de son fils. La fondation a pour but de venir en aide aux jeunes ayant des difficultés d’apprentissage. Poom Jensen était autiste.

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La sœur du roi de Thaïlande qui voulait devenir Première ministre

N’ayant jamais oublié ses nombreuses années de vie aux États-Unis, la princesse Ubolratana a toujours été un membre de la famille royale thaïlandaise haut en couleur. Ses coupes de cheveux détonnent parfois, son style et ses frasques sont commentés dans la presse.

Ubolratana Mahidol s’est présentée aux élections législatives en février 2019 (Photo : Soeren Stache/DPA/ABACAPRESS.COM)

Son plus gros coup médiatique restera sa candidature au poste de Premier ministre du pays. Entretemps, son père, Rama IX est décédé en 2016 à 88 ans, permettant à son frère, Maha Vjiralongkorn de monter sur le trône.

Prétextant être devenue une civile depuis son mariage, elle se présente sous le nom d’Ubolratana Mahidol, en tant que candidate du parti royaliste. L’annonce fait l’effet d’une bombe en février 2019. Elle devient le premier membre de la famille royale à vouloir s’impliquer dans la politique du pays, allant à l’encontre du principe de neutralité exigé à l’encontre du souverain et de sa famille. Le roi, considéré comme un dieu vivant ne s’implique pas non plus dans la politique, jugeant être au-dessus de ces préoccupations.

Vingt-quatre heures plus tard, elle est contrainte de renoncer à sa prétention. «L’implication d’un membre de haut rang de la famille royale dans la politique, de quelque manière que ce soit, est contraire aux traditions, aux coutumes et à la culture de la nation et est donc considérée comme inappropriée et hautement inappropriée», peut-on lire dans le communiqué envoyé par le Palais Royal et relayé par le New York Times.

Ce 5 avril 2021, la prince Ubolratana fête ses 70 ans. Membre à part de la famille royale, elle est appréciée de la population et continue son engagement pour les deux fondations qui lui tiennent à cœur. Elle a récemment fait parler d’elle dans la presse people internationale, en sortant une chanson ultra-kitsch à l’occasion de Noël 2020.

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr