La secte militaire du roi de Thaïlande : l’enfer de l’hôtel de Bavière où Maha Vajiralongkorn vit avec son harem

Depuis toujours, les spécialistes des têtes couronnées le savent, mais pour des raisons de protection de la vie privée (même d’un Roi) ou par peur de répressions, il y avait un sorte d’omerta ou de rétention volontaire d’informations à ce sujet. Mais aujourd’hui, il devient évident que la lumière a besoin d’être faite sur les agissement du roi de Thaïlande, Maha Vajiralongkorn, connu sous son nom de règne de Rama X, qui vit la plupart de son temps dans le sud de l’Allemagne. Grâce aux investigations poussées du journaliste et biographe britannique, qui vit en Australie, Andrew MacGregor Marshall, une partie du voile se lève sur ce qu’il se passe réellement au quatrième étage de l’hôtel étoilé Sonnenbichl, situé à Garmisch-Partenkirchen, dans les Alpes bavaroises. Vingt femmes y vivent, certaines droguées, à la merci du roi de Thaïlande, dans ce qu’il a baptisé « la salle des plaisirs ». Ce que la presse internationale qualifie depuis quelques jours de « harem » va beaucoup plus loin. La pression psychologique subie par les maitresses du Roi est comparable à celle que ressentent les membres d’une secte.

Le quatrième étage du Grand Hotel Sonnenbichl est réservé à l’année par le roi de Thaïlande pour y vivre avec son harem

La vie secrète du roi de Thaïlande en Allemagne

Depuis son ascension sur le trône thaïlandais, en décembre 2016, des papiers sont régulièrement publiés dans la presse étrangère, concernant les agissements étranges de Maha Vajiralongkorn. Au départ, ses agissement peuvent être considérés comme « bizarres », « étonnants », parfois scandaleux. Malheureusement, de nombreuses personnes sont en détresse aujourd’hui à cause de ses agissements. On savait que son chien avait été promu maréchal de l’armée, qu’il vivait en Allemagne la plupart de son temps, qu’il aimait faire du vélo en sous-vêtements dans la rue et qu’il avait épousé puis fait reine son ancienne maitresse. Enfin, l’été dernier, il faisait d’une deuxième maitresse sa concubine royale, avant de la répudier quelques semaines plus tard. Sans parler du fait qu’il avait décidé de s’exempter d’impôts en guise de cadeau d’anniversaire… mais jusqu’ici, en tant qu’observateurs étrangers, on pouvait encore « en rire ». Mais les détails qui suivent ne peuvent être ignorés.

Pour comprendre réellement l’enfer que vivent actuellement les 20 femmes qui font partie du harem du roi, toutes enfermées dans le quatrième étage de l’hôtel Sonnenbichl, il faut remonter à l’année 2007, 9 ans avant que Maha Vajiralongkorn, alors prince héritier ne monte sur le trône.

Photo prise le 5 janvier 2007, le jour où Maha Vajiralongkorn rencontra l’hôtesse de l’air Suthida, lors d’un vol Bangkok-Chiang Mai. (Image : Capture Facebook)

Des escapades médicales à la Villa Medica jusqu’à l’établissement de sa résidence à Munich

En 2007, le prince héritier Maha Vajiralongkorn effectue quelques voyages de plus en plus fréquents en Allemagne. La vie en Allemagne fait même l’objet de courriers diplomatiques en 2009, qui indiquent que le prince héritier a passé 75% de son temps en Allemagne pour suivre des traitements médicaux. Ces courriers font partie des échanges diplomatiques dévoilés par WikiLeaks. Si le futur roi a choisi les montagnes bavaroises comme lieu de prédilection, c’est à la fois pour la discrétion du lieu mais aussi pour la présence de la très décriée Villa Medica. Cet institut médical, tenu par un médecin d’origine thaïlandaise, propose des soins révolutionnaires, notamment pour soigner le VIH et l’autisme. La Villa Medica propose également des cures de jouvence, en injectant des cellules de fœtus d’agneaux.

Bien que l’information est relativement délicate et peu partagée, la plupart des chefs d’État rendent publics leurs bilans de santé, lorsque ceux-ci sont affectés par une pathologie pouvant mettre en péril la fonction. Ce n’est pas le cas du roi de Thaïlande, qui aurait le VIH depuis de nombreuses années, et dont aucune information ne filtre à ce sujet dans son pays. On parle parfois d’une maladie du sang ou de l’hépatite C. Le roi Maha Vajiralongkorn bénéficie de soins dans cette clinique pour lui, et son fils. Son fils serait quant à lui autiste. Bien que la Villa Medica soit très décriée, elle est réputée en Thaïlande. De nombreuses célébrités et influenceurs en font la publicité sur leurs réseaux sociaux. La Villa Medica utilise une substance appelée Ukrain pour traiter le VIH.

En plus de la discrétion et des traitements médicaux qu’il recherche en Allemagne, le roi de Thaïlande cherchait à l’époque à éviter sa troisième épouse. (La vie maritale du roi est à elle seule une histoire « compliquée »). C’est lors d’un vol en avion, qu’il a rencontré Suthida, une hôtesse de l’air de Thai Airways. La suite est connue. Il flirte avec elle, en fait sa maitresse, il lui fait intégrer les rangs de sa Garde royale, lui fait grimper tous les rangs militaires et l’épouse en mai 2019, trois jours avant la fastueuse cérémonie de son couronnement (Lire à ce sujet : Le roi de Thaïlande se marie pour la quatrième fois, 3 jours avant son couronnement). Ce qui est moins connu, est que ce scénario se répète et il s’agit du schéma habituel que fait vivre le roi à ses maîtresses.

Lire aussi : Qui est la nouvelle reine de Thaïlande ? Cette ancienne hôtesse de l’air qui crée la surprise

Le roi de Thaïlande s’installe en Allemagne

On ne peut plus parler de « vacances » de Maha Vajiralongkorn en Allemagne, le pays étant devenu son pays de résidence. Afin de mieux s’installer, il fait l’acquisition de plusieurs biens immobiliers en Bavière. La presse indique souvent qu’il vit à la villa Stolberg, au bord du lac Starnberg, dans le village de Tutzing. En réalité, il a acheté la villa Stolberg, en 2015, mais il n’y a jamais habité.

Il a commencé par acheter l’hôtel Kempinski, situé à l’aéroport de Munich. D’où les photos de paparazzis, régulièrement partagées par la presse people allemande, qui ont pu le croiser en train de déambuler dans l’aéroport. Le dernier étage lui était réservé. L’achat de l’hôtel a été réalisé par la société fiduciaire qui gère le financement du cabinet administré au prince héritier de la Couronne, indirectement par l’argent utilisé pour le fonctionnement de la monarchie. En 2015, l’hôtel Kempinski est racheté par le géant américain Hilton. Le roi y garde quelques temps ses habitudes, mais c’est à cette époque qu’il cherche à acheter d’autres biens pour éventuellement quitter l’hôtel.

Le roi de Thaïlande photographié en train de faire ses courses dans l’aéroport de Munich avec Koi, sa favorite, titrée plus tard « noble consort ».

Il achète donc la villa Solberg pour 12 millions d’euros et une autre villa près de Feldafing, pour environ 5 millions d’euros. Mais rapidement, il se rend compte qu’il est plus simple de vivre dans un hôtel, où le service est assuré par du personnel. Il commence à prendre ses habitudes, dès 2016, dans le fameux hôtel Sonnenbichl, situé à Garmisch-Partenkirchen, dont on entend parler depuis quelques jours. Sa présence dans l’hôtel a été révélé par le magazine allemand BILD. Ces révélations, qui pour une fois ont été répercutées jusqu’en Thaïlande, ont engendré une violente insurrection des jeunes Thaïlandais sur les réseaux sociaux. Critiquer le roi, en public ou sur les réseaux sociaux est un crime de lèse-majesté, pouvant entraîner une peine de prison. Pourtant, depuis quelques jours, des Thaïlandais courageux, osent questionner l’utilité du roi sur Twitter. La Thaïlande, comme tous les pays du monde, vit des moments difficiles, en pleine période de pandémie du coronavirus. Apprendre que leur roi n’est pas auprès d’eux en ces moments difficiles a créé l’indignation.

Que se passe-t-il au 4e étage du Sonnenbichl ?

Il y a quelques jours, BILD révélait que le roi avait bénéficié d’une dérogation des autorités allemandes pour pouvoir continuer à occuper cet hôtel étoilé bavarois, alors que tous les hôtels sont fermés en Allemagne, suite aux mesures gouvernementales strictes de confinement, pour endiguer la propagation du coronavirus. Mais le roi de Thaïlande, continue à y vivre, principalement au quatrième étage, comme il en a l’habitude maintenant depuis plus de trois ans. À en croire les sources d’Andrew MacGregor Marshall, cet étage a été rebaptisé ห้องสุขสำราญ, que l’on peut traduire par la « Salle des plaisirs ».

L’hôtel Sonnenbichl appartient à Darwish Bin Ismail Al-Balushi, le ministre des finances du sultanat d’Oman. Bien que de temps en temps mis à disposition de riches visiteurs, il est la plupart du temps fermé au commun des mortels. Le roi de Thaïlande le loue à l’année, ayant réservé tout le quatrième étage pour y installer sa cour, mais surtout son harem.

Le SAS : la secte militaire dans laquelle vivent les maitresses du roi de Thaïlande

Le roi de Thaïlande a un certain goût pour l’apparat militaire. Son défunt caniche Fufu, fut maréchal de l’armée. L’actuelle reine Suthida, hôtesse de l’air et maitresse à l’origine, a elle aussi grimpé les échelons militaires. À l’été 2019, le roi de Thaïlande présentait au monde entier sa nouvelle maîtresse, Niramon Ounprom, surnommée Koi. Celle-ci aussi avait été promue à divers grades militaires avant de devenir la favorite du roi et major-générale de l’armée de Thaïlande. Il l’avait alors titrée « noble consort » et elle reçut un nouveau nom, Sineenat Wongvajirapakdi. Sur le site officiel de la famille royale, elle avait droit à sa propre page. Il y avait publié des photos d’elle en tenue légère en train de piloter un avion de chasse ou d’effectuer des manœuvres militaires. Ses photos qui avaient beaucoup surpris les Thaïlandais curieux avaient même provoqué un bug sur le site officiel. Au mois d’octobre 2019, le roi fait marche-arrière, répudiant la noble consort pour trahison, et la fait emprisonner (Lire à ce sujet : Le roi de Thaïlande destitue la reine consort pour déloyauté !).

Une des photos officielles partagées par le roi de Thaïlande sur le site officiel de la famille royale pour présenter sa noble concubine Sineenat Wongvajirapakdi, qui a provoqué le bug du site.

Outre l’expulsion immédiate de sa noble consort, le roi a fait le tri au Palais, renvoyant plusieurs employés et d’autres maitresses proches de Koi. L’une de ses maitresses a été renvoyée pour avoir manigancé avec Koi. Une autre maitresse a été expulsée, son addiction aux méthamphétamines étant devenue incontrôlable, obligée à consommer des substances pour supporter sa condition.

Cérémonie durant laquelle Koi, la maitresse SAS01 du roi avait obtenu le titre de noble consort, en présence de la reine Suthida qui assistait à la cérémonie

Lire aussi : Le roi de Thaïlande renvoie 6 employés du Palais après s’être débarrassé de sa maîtresse

Tout comme Suthida, Koi avait connu le même parcours militaire. D’une simple maitresse, elle était parvenue au sommet du classement hiérarchique des maitresses, ce qui lui permit de devenir une « reine » de consolation. Si le roi a agi de la sorte, c’est parce qu’il était déjà lassé de Suthida au moment de l’épouser en mai 2019. En effet, Suthida ne vit pas à l’hôtel Sonnenbichl mais elle a droit à ses propres appartements, dans l’hôtel Hotel Waldegg, en Suisse.

Le roi de Thaïlande se constitue son harem en utilisant le même procédé de recrutement. Il s’agit de jeunes filles, qui espèrent être repérées par le souverain, et s’engagent dans l’armée. Elles entrent dans le régiment de la Garde royale, afin d’approcher le roi. Selon Andrew MacGregor Marshall, elles sont parfois encouragées par leur famille, qui espèrent gagner de l’argent, grâce à la position de favorite de leur fille. Une fois repérées par le roi, celui-ci les fait entrer dans un régiment spécial de l’armée de l’air appelé Special Air Service (SAS). Ce régiment a adopté la même devise que le service spécial de l’armée de l’air britannique « Who Dares Wins » (Qui ose gagne) et que d’autres régiments militaires dans le monde.

Les maitresses sont rebaptisées. Il leur fait adopter un nouveau nom de famille, toujours le même. Elles sont dès lors toutes connues comme Sirivajirabhakdi. C’est aussi ce qui a permis aux dissidents du roi de découvrir son jeu pervers. En effet, plusieurs observateurs ont remarqué qu’un nombre étonnant de jeunes filles portant le nom de famille Sirivajirabhakdi obtenait régulièrement des rangs particuliers au sein de l’armée. Le réfugié politique Somsak Jeamteerasakul a notamment listé le nom de 11 jeunes femmes qui ont récemment été enrôlées dans le SAS et qui portent le même nom. Elles sont lieutenants, capitaines et même majors.

Exemple d’un document officiel de l’armée thaïlandaise qui mentionne la promotion d’une militaire portant le nom de Sirivajirabhakdi. Des dizaines de documents identiques existent pour d’autres femmes au même nom de famille (Image : Capture Facebook)

Les Sirivajirabhakdi gravissent les échelons militaires mais aussi le classement des maitresses préférées. Elles sont numérotées SAS11, SAS10, SAS09, jusqu’au rang ultime de SAS01. Koi avait atteint le rang de SAS01, ce qui lui avait permis d’obtenir le rang officiel de noble consort. On connait la suite de l’histoire la concernant.

Depuis la répudiation de Koi, alias Sineenat Wongvajirapakdi, c’est la majore Prapassorn Sirivajirabhakdi qui détient le rang de SAS01. Par conséquent, elle est de moins en moins discrète et le roi est de temps en photographié par les paparazzis en sa présence. Elle semble également proche de la princesse Bajrakitiyabha, fille aînée du roi. Les deux femmes ont déjà été photographiées ensemble. Pourtant, la princesse Bajrakitiyabha, ambassadrice de Thaïlande en Autriche, est également ambassadrice d’ONU Femmes, un poste de défense des droits des femmes… assez ironique quand on connait les agissement de son père.

Sur les réseaux sociaux, les journalistes d’investigation ont découvert de nombreux comptes appartenant à des jeunes filles supposées appartenir au harem du roi. Elles portent le fameux nom de famille créé par le souverain et ont toutes la même apparence. Elles portent des cheveux coupés très courts ou adoptant une coupe au carrée. Elles portent également toutes le même pendentif, un demi-cœur que leur offre le roi lorsqu’elles entrent dans le SAS.

Quelques-uns des profils repérés par le journaliste Andrew MacGregor Marshall

Article écrit sur base des propos tenus et largement étayés par Andrew MacGregor Marshall et De Telegraaf.

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés par passion. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales.