L’assistante d’une princesse saoudienne raconte la cruauté dont elle était témoin au quotidien

Catherine Colement a travaillé comme assistante personnelle d’une princesse saoudienne il y a 5 ans. Cette ancienne antiquaire voulait vivre une aventure différente et était attirée par le salaire intéressant qu’on lui proposait. Mais elle ne s’imaginait pas qu’elle allait être témoin de tels actes de cruauté. Avec la dizaine de servantes philippines autour d’elle, la princesse saoudienne se montrait violente et abusive. Travaillant jour et nuit, devant respecter des consignes protocolaires tenant sur 4 pages, l’assistante de la princesse ne s’attendait pas à être témoin des scènes qu’elle dévoile pour la première fois dans une interview accordée au Times.

L’identité de la princesse dont il est question dans ce récit n’a pas été dévoilée. Il ne s’agit pas de la princesse photographiée ici (que nous avons donc floutée) lors d’un séance de shopping à Riyad, en 2018. Image d’illustration (Photo : Getty)

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Catherine Coleman a travaillé 3 mois pour une princesse saoudienne

Ce n’est pas la première fois que des faits de violences ou de maltraitances sont rapportés de la part de membres de la famille royale Al-Saoud. La fille du roi d’Arabie saoudite, Hassa bint Salman a été jugée en France pour avoir humilié et violenté un ouvrier venu faire des travaux dans son appartement parisien. Le prince hériter Mohammed ben Salman serait impliqué dans le meurtre du journaliste Khashoggi et plusieurs membres de la famille royale disparaissent mystérieusement. Comme le jour où le prince héritier d’Arabie saoudite a fait arrêter des cousins pour haute trahison et que la princesse Basmah implore d’être libérée alors qu’elle est enfermée sans raison en prison depuis un an.

Mais Catherine Coleman n’imaginait pourtant pas vivre un tel quotidien, lorsqu’elle a accepté de devenir l’assistante personnelle d’une princesse, attirée par le défi, l’aventure inédite et surtout, le salaire attractif. Catherine avoue au Times qu’elle ne pouvait pas refuser une telle proposition, pourtant elle n’était pas prête à être témoin de ce qu’elle a vu, en seulement trois mois. Dès son arrivée, elle a reçu 4 pages de consignes de protocole à connaitre par cœur et à respecter à la lettre.

Catherine Coleman se confie sur son expérience d’assistante de princesse saoudienne. Image d’illustration provenant d’une banque d’images (Photo : Shutterstock)

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Torture, punitions, humiliations des servantes…

Catherine a travaillé dans un palais de Riyad et a accompagné la princesse lors de ses séjours à Paris. Le rôle de Catherine Coleman était de gérer l’équipe de servantes et le personnel de maison travaillant pour la princesse. Elles étaient pour la plupart originaires des Philippines et habituées à n’enfreindre aucune règle, comme répondre à une royauté ou montrer leur dos.

Les servantes étaient au bas de la hiérarchie. Au-dessus d’elles, il y avait les majordomes, puis les assistantes, les professeurs et enfin les gouvernantes ou nounous. Dans la liste des règles à respecter, il y avait l’interdiction de contredire un membre de la famille royale, même s’il a tort. Ne jamais tourner le dos, ne pas avoir de relations intimes et ne pas sympathiser avec des autres membres de l’équipe.

Il était fréquent pour Catherine de travailler jusqu’à 4 heures du matin. Elle se souvient d’un voyage à Paris où elle a dû nettoyer les toilettes et les vêtements à la main, sachant que la princesse pouvait se changer jusqu’à 5 fois par jour. Catherine aurait dû se poser des questions, lorsqu’elle a accepté ce travail, il y a 5 ans. Notamment lorsqu’elle a lu dans son contrat, que son employeur ne viendrait pas la défendre dans le cas où elle était arrêtée pour avoir enfreint les lois d’Arabie saoudite, en exécutant des ordres qu’on lui avait pourtant ordonné de faire. Les autorités feraient en sorte que son ambassade ne soit pas au courant de sa situation, et n’envoie pas un avocat pour la défendre.

Durant cette période, Catherine s’est rapprochée de certaines servantes, qui lui ont montré des photos dans leur téléphone. Elles avaient pris des photos de leurs corps meurtris après avoir reçu des coups. Ses photos « ont retourné l’estomac » de Catherine. Les punitions infligées aux servantes étaient cruelles. La princesse a par exemple demandé à un membre de son personnel de punir une autre personne en lui jetant un seau d’eau gelée sur elle, et de la forcer à rester la nuit dehors pendant l’hiver.

Un étrange rituel avait lieu habituellement, juste après avoir violenté une servante. La princesse lui offrait alors des bijoux bas de gamme ou de l’argent. La servante était bien entendu obligée d’accepter le cadeau et en acceptant, cela voulait dire qu’elle acceptait implicitement le pardon de sa maitresse.

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L’assistante a manipulé la princesse pour la forcer à lui rendre son passeport et pour pouvoir s’enfuir

Catherine n’était pas assez stricte et ne se pliait pas à l’ensemble des règles imposées. Au bout de trois mois seulement, elle a trouvé un moyen de se faire renvoyer, alors qu’elle avait signé un contrat d’un an. Catherine se souvient de l’incident qui a tout déclenché. Un petit bol de sucre avait été trouvé dans une des chambres des bonnes, ce qui a valu à la princesse d’exploser dans une rage folle et de demander à son assistante de les punir. « Elle m’a dit d’éparpiller leurs affaires sur le sol et de les recouvrir d’une pâte faite d’un mélange d’eau et de sucre. Mais au lieu de mettre la pagaille comme la princesse m’a demandée, je n’ai pas utilisé le mélange de sucre, j’ai juste étalé leurs affaires sur le lit. Soudain, toute sa colère s’est tournée vers moi ». Le lendemain, Catherine a été envoyée pour suivre une évaluation psychologique.

Elle n’avait aucun moyen de fuir. Pour quitter le pays, elle devait présenter une autorisation de sortie signée par son employeur. Pour démissionner, elle aurait dû accepter de payer 4 000 dollars pour sa rupture de contrat, plus une amende à payer à l’agence de recrutement qui lui avait trouvé ce travail.

Catherine n’avait qu’une seule solution, trouver un moyen de se faire renvoyer, sans mettre pour autant sa vie en danger. Elle a trouvé comment manipuler à son tour la princesse. Catherine Coleman a trouvé quelle était la corde sensible de la princesse tyrannique… son frère. Par chance, le frère de la princesse était bienveillant. Autre chance, à l’époque, les femmes n’avaient aucun droit en Arabie saoudite et cela s’appliquait aussi aux princesses. Concrètement, dans le pays, les femmes ne peuvent rien faire sans l’approbation de leur tuteur ou gardien légal. Et il se fait que le tuteur de la princesse était son frère. Depuis lors, récemment, il est permis aux femmes à partir de 21 ans, de conduire un voiture et d’avoir un passeport sans la permission de leur tuteur masculin, souvent un frère ou le mari.

Catherine a alors eu une confrontation avec la princesse et l’a menacée de tout raconter à son frère. Elle lui a demandé qu’on lui rende son passeport et qu’on lui donne une autorisation de sortie pour rentrer dans son pays, autrement elle demanderait à avoir une réunion avec son frère pour se plaindre. Deux heures après avoir menacé la princesse, l’assistante a reçu une enveloppe dans laquelle se trouvait son passeport. Le lendemain, elle se rendait à l’aéroport pour ne plus jamais revenir. « Je savais que je devais partir, pour ma santé et ma survie », conclut-elle, même si elle avoue avoir eu du mal à laisser les servantes livrées à elles-mêmes.

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Source – The Times

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés par passion. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales.