Le prince Philip était un Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg

Depuis sa naturalisation en 1947, le prince Philippe de Grèce et de Danemark était connu comme Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg. En 1957, son épouse, Elizabeth II, lui a conféré le titre de prince du Royaume-Uni et il devient le prince Philip. Avant sa naturalisation, Philippe était membre de la famille de Glücksbourg, patronyme civil des familles royales de Danemark, de Norvège et de Grèce. Glücksbourg est le diminutif du nom complet : Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg.

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Le prince Philip descend des comtes d’Oldenbourg

C’est à la fin du 11e siècle que débute l’histoire de cette très ancienne famille allemande. Un certain Egilmar 1e devient comte d’Oldenbourg en 1091. Son origine est incertaine. Il pourrait venir de Frise ou de Basse-Saxe. Ce qui est certain, c’est que ce noble germanique est l’ancêtre de la plupart des monarques actuels et en ligne patrilinéaire directe, le grand-père des familles royales de Danemark, de Norvège, de Grèce… et du prince Philip, du prince Charles, du prince William et du prince George de Cambridge.

Oldenbourg est une ville située à 50 km à l’ouest de Brême et à une centaine de kilomètres à l’est de la frontière néerlandaise. Cette ville de Basse-Saxe compte aujourd’hui 168 000 habitants. Pendant de nombreux siècles, les descendants du comte Egilmar ont régné sur la ville et ses environs, faisant partie du comté d’Oldenbourg.

Les rois de Danemark descendent des Oldenbourg (Image : Histoires Royales)

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Les Oldenbourg : aïeux des rois de Danemark

En 1448, le roi Christophe III de Danemark meurt subitement sans descendance. Christophe a la particularité d’avoir été le seul Wittelsbach, membre de la famille royale de Bavière, à avoir régné sur le Danemark. Il avait hérité du royaume de Danemark à la mort de sa grande-tante, la reine Marguerite 1ère.

À la mort de Christophe III, le Danemark choisit un certain Christian VII, qui régnait sur le comté d’Oldenbourg, pour lui succéder. Le comte Christian, qui avait plusieurs ancêtres maternels qui furent rois de Danemark, abandonne son comté pour devenir roi.

En devenant roi de Danemark, le comte Christian VII devient le roi Christian 1e et lègue son comté à son frère, Gérard. La branche aînée des Oldenbourg devient alors une branche cadette. Le comté d’Oldenbourg sera par la suite dirigé par un descendant du comte Gérard. L’arrière-arrière-petit-fils de Gérard, le comte Antoine-Gonthier mourra sans enfant en 1667. La gestion du comté passe alors à son cousin, le roi Frédéric III de Danemark. Le comté sera pendant un siècle une possession personnelle du roi de Danemark.

Les rois de Danemark sont déjà depuis le 12e siècle, propriétaires du duché de Schleswig. Quand Christian 1e, le premier roi Oldenbourg monte sur le trône du Danemark, il en hérite également. Le Schleswig est un territoire de plus de 9000 km2 qui aujourd’hui est divisé en deux. Une partie du territoire couvre la région du Schleswig du Sud, en Allemagne et l’autre le Jutland du Sud, au Danemark. Un autre territoire, le comté de Holstein est intimement lié au duché de Schleswig. Le comté de Holstein est un territoire de plus de 8000 km2 au sud du Schleswig. Les deux territoires voisins sont tellement liés qu’à la mort du souverain de Holstein Adolphe VIII, la noblesse choisit un souverain commun au Schleswig, et le Holstein devient donc une possession du nouveau roi, Christian 1e. Le comté de Holstein est alors élevé au rang de duché. Aujourd’hui, la partie allemande des anciens duchés de Schleswig-Holstein correspondent à une bonne partie du Land de Schleswig-Holstein. La partie danoise est le Jutland du Sud.

Les duchés de Schleswig et Holstein étaient donc vassaux de Christian 1e. Quelques règnes plus tard, après Frédéric 1e, les duchés sont divisés entre ses héritiers : Jean, Christian III et Adolphe. Adolphe héritera de la partie Holstein sur laquelle se trouve le château de Gottorf. Sa lignée est appelée Schleswig-Holstein-Gottorp. La lignée de Jean s’est rapidement éteinte puisqu’il n’a pas eu d’enfants. Ses territoires reviendront en partie à son frère Adolphe.

Quant à la partie qui appartient à Christian III, donc roi de Danemark, elle va permettre au roi danois d’avoir une main sur un territoire allemand. Pendant plusieurs décennies cette appartenance danoise posera de nombreux conflits diplomatiques. 

Christian III transmettra la couronne danoise à son fils ainé, Frédéric II et le duché de Schleswig-Holstein-Sonderbourg à son deuxième fils, Jean. Jean fera construire un château sur son territoire, à Glücksbourg. Son fils ainé devient duc de Schleswig-Holstein-Sonderbourg, qui lui-même lègue à son tour le château de Glücksbourg à son fils cadet, Auguste-Philippe. Ce dernier est donc le fondateur de la lignée Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg mais à l’époque la lignée porte le nom de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Beck, du nom du manoir où le duc s’était installé. La ligne Schleswig-Holstein-Sonderbourg a continué jusqu’en 1931, date à laquelle le dernier de la lignée, Albert de Schelswig-Holstein, est mort sans descendant mâle. Le titre revient à son cousin Frédéric-Ferdinand, déjà chef de la branche Glucksbourg.

La branche de Glücksbourg est d’abord connue comme Beck. À la mort du duc Frédéric, sans héritier mâle, le titre de Sonderbourg-Beck passe à son cousin. Quant au château de Glücksbourg, c’est le roi de Danemark qui en héritera. En 1825, le roi Frédéric VI rendra le château à la famille, qui modifia son nom en Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glucksbourg. Cette branche existe encore aujourd’hui. 

Le Prince Philip descend de la famille de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg (Image : Histoires Royales)

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Les branches cousines royales, impériales et grand-ducales

La branche cousine, des Holstein-Gottorp a continué à exister, jusqu’à ce que Pierre de Holstein-Gottorp succède la tsarine Catherine II sur le trône impérial et soit connu comme Pierre III de Russie. Il adoptera le nom de famille de Romanov de sa mère. Lui, comme son fils, Paul 1e, seront à la fois tsars de Russie et ducs de Holstein-Gottorp. En 1774, suite à un traité avec le Danemark, un échange de territoire à lieu. Le roi de Danemark, qui avait hérité du comté d’Oldenbourg, l’échange contre le duché de Holstein-Gottorp. Une fois que Paul 1e a pris possession du comté d’Oldenbourg, il l’élève au rang de duché et l’offre à son cousin Frédéric-Auguste, qui règnera véritablement sur le territoire. Le duché deviendra un grand-duché après le Congrès de Vienne.

Frédéric-Auguste II est le dernier grand-duc souverain du grand-duché d’Oldenbourg. La monarchie est abolie dans le grand-duché, en même temps que la chute de l’Empire allemand, à la sortie de la Première Guerre mondiale, en 1918. Ses descendants, Nicolas, Antoine puis aujourd’hui Christian sont les prétendants au trône grand-ducal qui porte le nom de leur ancêtre Egilmar. 

Les autres branches des Schleswig-Holstein (Image : Histoires Royales)

Au Danemark, à la mort du roi Frédéric VII, sans héritier, c’est son cousin Christian de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg qui est appelé à lui succéder en tant que Christian IX. Ce dernier est l’arrière-arrière-grand-père de la reine Margrethe II. Le deuxième fils de Christian, le prince Guillaume sera élu en 1863 comme nouveau roi des Hellènes. Il prendra le nom de Georges 1e. Georges 1e est le grand-père du prince Philip.

Un Glücksbourg prince consort

Le prince Philippe de Grèce et de Danemark est né en juin 1921 dans la famille royale grecque, dont le patronyme d’origine est Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg. En 1947, le prince Philippe de Grèce dut abandonner ses titres de naissance lors de sa naturalisation britannique, en vue d’épouser Elizabeth. Il choisit aussi un nouveau patronyme. Il prend celui de Mountbatten, la version anglicisée de Battenberg, le nom de sa mère. Celui de Schleswig-Holstein aurait été impensable, le but étant de prendre un nom anglais et non germanique. Il est techniquement un membre de la famille de Schleswig-Holstein bien qu’il ait changé de nom. 

(Photo : PA Photos/ABACAPRESS.COM)

Windsor ou Schleswig-Holstein ?

Il serait faux de dire que la famille royale britannique est Schleswig-Holstein, d’autant plus que la reine Elizabeth II est toujours en vie et que la question concerne ses héritiers. Toutefois, on peut observer que cette question a été posée, comme ce fut aussi le cas dans les autres monarchies européennes.

Autrefois, lorsqu’une femme montait sur le trône ou qu’elle transmettait ses titres à ses enfants, ceux-ci portaient le nom de leur père et on assistait un changement dynastique. Une nouvelle maison s’installait à la tête du pays. Depuis quelques années, les monarchies européennes ont toutes tour à tour abrogé la loi salique pour s’accorder à la législation européenne. Cela a bien évidemment posé des questions dynastiques. 

Un pays toutefois acceptait les femmes sur le trône depuis longtemps, les Pays-Bas. Depuis 1890, trois femmes se sont succédé : Whilelmine, Juliana et Beatrix. À chaque génération, il y avait un changement dynastique potentiel. Pourtant, la famille reste celle d’Orange-Nassau. C’est ce qui arrivera probablement dans tous les pays européens lorsqu’une femme montra sur le trône..

Dans quatre pays, des femmes sont les héritières directes du trône : aux Pays-Bas, en Belgique, en Espagne et en Suède. En Norvège, l’ainée du prince héritier est aussi une fille. Pourtant, leurs dynasties (Orange-Nassau, de Belgique, Bourbon et Bernadotte), resteront le nom attribué à leur famille. Il y a déjà des précédents en la matière et un lot de consolation est offert à l’époux qui ne peut donner son nom à la dynastie. S’il possède lui-même des titres de naissance, alors ceux-ci sont adoptés dans le pays et transmis. C’est le cas aux Pays-Bas où les filles de Juliana sont devenues princesses de Lieppe-Biesterfeld, qui est le titre de leur père. Au grand-duché de Luxembourg, depuis le règne de la grande-duchesse Charlotte, la famille Nassau est de facto celle de Bourbon-Parme. Les membres de la famille héritent du titre de prince de Bourbon-Parme, selon les règles de transmission propres à cette famille étrangère.

Au Danemark, la reine Margrethe a donné à ses descendants le titre de comte de Monpezat, en hommage à son époux, Henri de Laborde de Monpezat et aux Pays-Bas, les descendants de Beatrix sont aussi écuyers van Ambserg, un titre créé d’après le nom de son époux.

On voit donc que d’ici une génération ou deux, les Schleswig-Holstein ne règneront plus sur la Suède (par adoption), la Norvège et le Danemark. Mais ils règneront toujours sur le Royaume-Uni. Charles, puis William et George, voilà déjà trois rois qui sont appelés à se succéder.

Au moment de l’avènement d’Elizabeth sur le trône, il a été décidé qu’il n’y aurait pas de changement de dynastie. Par conséquent, Charles, William et George seront bien des rois de la dynastie Windsor. Toutefois, en 1960, Elizabeth II a réussi à faire en sorte que les noms civils de sa famille soient Mountbatten-Windsor. C’est donc le patronyme adopté au civil par les membres de la famille.

Grâce au mariage d’Elizabeth et de Philip, la famille de Schleswig-Holstein est associée à d’autres nouveaux titres ducaux. Les Schleswig-Holstein britanniques sont aussi duc d’Édimbourg, duc de Cornouailles, duc de Cambridge, duc de Sussex, duc d’York et même comte de Wessex. Le titre de duc d’Édimbourg est aujourd’hui porté par Charles, qui pourrait éventuellement l’offrir à son frère cadet, le prince Edward, lorsqu’il deviendra roi. À travers le prince Edward, puis son fils James, ce titre devrait continué à être associé à la famille de Schleswig-Holstein. 

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr