Les 4 derniers rois déchus toujours en vie en 2022

Ils ont entre 69 et 84 ans. Ils ont régné de 10 mois à 9 ans. Deux sont les derniers enfants rois, deux sont des rois orthodoxes et un est le seul roi hindou au monde. Le roi Fouad II d’Égypte, le roi Siméon II de Bulgarie, le roi Constantin II de Grèce et le roi Gyanendra Shah du Népal sont les quatre derniers rois déchus en vie en 2022.

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L’ancien enfant roi des Bulgares revenu en héros et élu Premier ministre

Jusqu’en décembre 2017, ils étaient encore trois rois orthodoxes. Le roi Michel 1e de Roumanie nous a quittés à cette date. Seuls deux rois orthodoxes sont encore en vie : le dernier tsar des Bulgares et le dernier roi des Hellènes. Le roi Siméon II de Bulgarie est né en 1937, fils du roi Boris III et de la reine Jeanne. Le roi Constantin II de Grèce est né en 1940, fils du roi Paul 1e et de la reine Frederika.

Le roi Boris III est décédé de façon inopinée en 1943 laissant le trône bulgare à son jeune fils Siméon (Photo : Domaine public)

Boris III de Bulgarie est mort de manière inopinée et étrange en 1943, à 49 ans. Son fils Siméon lui succède sur le trône bulgare à seulement 6 ans. Son oncle, le prince Cyrille, assurera la régence. En 1945, le prince Cyrille est exécuté par les communistes et un référendum abolit la monarchie. Le roi enfant Siméon est contraint à l’exil sans abdiquer pour autant.

Siméon II a refait sa vie en Espagne où il étudie le droit et devient un homme d’affaires. Il a épousé l’Espagnole Margarita Gómez-Acebo en Suisse, en 1962. Elle est connue dans les cercles monarchistes comme la reine Margarita de Bulgarie bien qu’elle n’ait jamais connu son époux sur le trône. Le couple a eu cinq enfants qui ont tous épousé un citoyen espagnol.

Après la chute du communisme en Bulgarie, Siméon II est rentré dans son pays, en simple civil, en 1996. Il portait le nom de Simeón de Sajonia-Coburgo y Gotha, lorsqu’il vivait en Espagne, soit Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha en français, du nom de la dynastie qui régnait en Bulgarie. En Bulgarie, il est connu comme Simeon Sakskoburggotski.

Le roi Siméon II en 2017 (Photo : Wikimedia Commons)

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Siméon s’engage alors en politique. Il fonde un parti à son nom, parti qui remportera les élections législatives et il deviendra Premier ministre en juillet 2001. Il sera remplacé à la tête du gouvernement en 2005. L’ancien roi vit toujours en Bulgarie, où il a récupéré un certain nombre de bien, non sans mal, après des années de batailles contre l’État. Des palais achetés personnellement par ses ancêtres ont été restitués. En 2008, le prince Kardam, prince de Tarnovo, fils ainé du roi Siméon II et héritier dynastique, est victime d’un accident de voiture dont il ne se remettra jamais. Il est décédé en 2015 à 52 ans. L’héritier dynastique de Siméon II est depuis lors son petit-fils, le prince Boris, fils ainé du prince Kardam.

Le roi Siméon II avec son épouse, la reine Margarita, à Saint-Pétersbourg en octobre 2021 (Photo : Histoires Royales)

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Le roi des Hellènes beau-frère de deux souverains

Le roi Constantin II a succédé à son père, Paul 1e, sur le trône grec en 1964. L’histoire monarchique de la Grèce n’a jamais été de tout repos. Les rois des Hellènes ont vécu plusieurs exils, le dernier en date étant celui de Constantin II en 1973.

Lorsqu’il monte se le trône en 64, Constantin n’a pas encore 24 ans. Le jeune roi est alors un des meilleurs partis en Europe. C’est la princesse Anne-Marie, fille du roi Frédéric IX de Danemark qui trouvera grâce à ses yeux. Elle accède au titre de reine des Hellènes dès son mariage. Ce mariage est symbolique pour la dynastie Glücksbourg, puisque la famille royale grecque et la famille royale danoise sont intimement liées. Georges 1e, le premier roi des Hellènes, était un prince danois, élu par le parlement grec. Les membres de la famille royale grecque ont depuis lors toujours gardé en plus leur titre de prince de Danemark.

Mariage du roi Constantin II et de la reine Anne-Marie de Grèce en 1964 (Photo : Wikimedia Commons- CC0)

Anne-Marie est la sœur cadette de Margrethe II, actuelle reine de Danemark. Constantin II est donc le beau-frère d’une souveraine actuelle mais aussi le beau-frère du roi Juan Carlos. La sœur ainée de Constantin II, Sofia, est devenue reine d’Espagne suite à son mariage avec Juan Carlos.

Après une première autorisation à rentrer au pays en 1993, la famille royale grecque est à nouveau interdite de séjour, les autorités jugeant l’attitude du roi un peu trop politique. S’ensuivent des années de batailles juridiques entre la famille royale et l’État grec qui a confisqué leurs propriétés. L’affaire ira jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, qui leur donne raison en novembre 2000 et exige que la Grèce rende les biens sous séquestre et dédommage la famille. Avec l’argent reçu de l’État grec en compensation, le roi Constantin II a créé un fonds qui porte le nom de son épouse. La fondation soutient des initiatives qui aident des sinistrés grecs lors de catastrophes naturelles.

Le roi Constantin II vit à présent de façon très discrète en Grèce, à Porto Heli, avec son épouse, et n’a pas de réelle revendication monarchiste, ayant même soutenu publiquement le régime républicain. Le roi Constantin II a été victime d’un AVC en 2018 et est de santé précaire. Depuis cet accident, il se déplace uniquement en fauteuil roulant et a été hospitalisé en décembre 2021 suite à une pneumonie.

Le roi Constantin II, le prince Constantin Alexios (fils ainé du prince héritier Paul) et la reine Anne-Marie, au mariage du prince Philippos en octobre 2021 (Photo : Jose Ruiz/Europa Press/ABACAPRESS.COM)

L’un de ses fils, le prince Nikolaos vit également à Athènes avec son épouse, Tatiana Blatnik, fille d’un industriel vénézuélien d’origine slovène et d’une aristocrate allemande. Le fils ainé de Constantin II, le prince héritier Paul vit principalement à New York avec son épouse, Marie-Chantal, fille du milliardaire Robert Warren Miller, ayant fait fortune dans les magasins duty free des aéroports. Ils ont cinq enfants. Le prince Philippos, plus jeune fils du couple royal, a épousé Nina Flohr civilement en 2020 et religieusement en 2021. Nina est l’héritière du milliardaire suisse Thomas Flohr, fondateur de la compagnie aérienne de jets privés VistaJet. La princesse Alexia, fille ainée du couple royale, vit une vie discrète avec son époux à Lanzarote. Quant à la princesse Theodora, elle est sur le point de se marier. Elle vit aux États-Unis où elle mène une carrière d’actrice, connue comme Theodora Greece.

Le prince héritier Paul avec la princesse héritière Marie-Chantal de Grèce et de Danemark avec leurs cinq enfants, à gauche de Paul : le princesse Odysseas Kimon, le prince Constantin Alexios et la princesse Maria Olympia. À droite de Marie-Chantal : le prince Achileas-Andreas et le prince Aristidis Stavros (Photo : Albert Nieboer/DPA/Abacapress)

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Un bébé roi descendant des khédives

Le roi Fouad II est le descendant d’Ismaïl Pacha, wali puis khédive d’Égypte et du Soudan de 1863 à 1879, lui-même petit-fils du fameux Méhémet Ali, un officier ottoman d’origine albanaise, devenu vice-roi d’Égypte en 1804 jusqu’à sa mort en 1849 et considéré comme le fondateur de l’Égypte moderne. Le khédive Hussein Kamal, l’un des fils et successeurs d’Ismaïl Pacha deviendra sultan d’Égypte, un titre plus prestigieux qu’accorderont les Britanniques au souverain local, afin d’éviter qu’ils ne se rangent du côté ottoman. En 1917 meurt le sultan Hussein Kamal et c’est son frère, Fouad, autre fils d’Ismaïl Pacha qui lui succède. La Révolution égyptienne a lieu en 1919 et le Royaume-Uni reconnait l’indépendance de l’Égypte en 1922. Le sultan Fouad fait de l’Égypte un royaume et prend le titre de roi, en tant que Fouad 1e.

Farouk 1e, le fils de Fouad 1e, lui succède à sa mort en 1936. Farouk est très jeune et son couronnement a lieu l’année suivante, à l’âge de 16 ans. Le jeune roi donne du faste à son règne, un décalage de plus en plus mal perçu par la population, alors qu’il était très populaire au début de son règne. Durant la Seconde Guerre mondiale, son train de vie, sa grande permissivité envers les Britanniques et la corruption, lui vaudront son trône. En 1952, il est contraint d’abdiquer après un coup d’État militaire. Il abdique en faveur de son fils, Fouad, pensant que cette décision calmerait les ardeurs révolutionnaires.

Le roi Farouk mène un train de vie royal, ici photographié dans son train royal en 1947 (Photo : Domaine public)

Fouad n’a que 7 mois lorsqu’il devient roi d’Égypte. Une régence est mise en place, avec à sa tête, le prince Mohammed Abdel Monein, dont l’épouse était la petite-fille du dernier sultan ottoman. Fouad II est né le 16 janvier 1952, fils du roi Farouk et de sa seconde épouse, la reine Narriman. Avec sa première épouse, qu’il a répudiée en 1948, le roi Farouk avait eu trois filles.

Le 18 juin 1953, les républicains arrivent à leur fin en reversant la régence et le bébé roi Fouad II. Son règne aura duré 10 mois et 23 jours. Sa famille installe Fouad II en France, puis en Suisse. L’ancien roi Farouk, quant à lui, choisit l’Italie et Monaco. Farouk est décédé à Rome en 1965, des suites de complications liées à son grand appétit. Fouad II a lui aussi bénéficié de la protection des Grimaldi.

Le prince Rainier III s’est toujours montré accueillant envers les rois en exil. C’est sous la protection du prince Rainier et de la princesse Grace que le roi Fouad II a épousé la Française Dominique-France Picard en 1976. Elle s’est convertie au sunnisme et a pris le nom de Fadila. Elle est connue dans les cercles monarchistes comme la reine Fadila.

Le roi Fouad II d’Égypte avec son fils ainé, le prince héritier Mohamed Ali, et sa belle-fille, la princesse Noal Zaher d’Afghanistan (Photo : David Nivière)

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Fouad et Fadila ont eu trois enfants : le prince héritier Mohamed Ali, la princesse Fawzia Latifa et le prince Fakhr Eddin. Fouad et Fadila ont divorcé en 1996. La reine Fadila reste une personnalité du Roche. Le prince héritier Mohamed Ali a épousé en 2013 la princesse Noal Zaher Shah d’Afghanistan, petite-fille du dernier roi d’Afghanistan. Ils ont des jumeaux nés en 2017. La princesse Fawzia Latifa a épousé le Français Sylvain Renaudeau et ils ont deux enfants, leur fille Dounia est née en février 2021.

Le roi Fouad II (au centre) saluant la mariée, la princesse Romanoff. L’ancien roi Siméon II de Bulgarie se trouve derrière, avec son épouse Margarita. Le prince héritier Mohamed Ali est derrière la mariée, à côté du prince Boris de Bulgarie (extrémité gauche), héritier de son grand-père Siméon. Le prince héritier Leka d’Albanie (petit-fils du dernier roi des Albanais) se tient entre le prince Boris et le prince Mohamed Ali (Photo : Histoires Royales)

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Un roi hindou intronisé dans le sang

Le dernier roi déchu en vie a 74 ans en 2022. Le roi Gyanendra Bir Bikram Shah Devi, en forme longue, est le dernier roi du Népal. Le contexte de son ascension sur le trône est aussi mystérieux que sa déchéance ne fut rapide, après plus de 6 ans de règne très controversés. Malgré ce mystère, son impopularité, le souvenir de son règne critiqué, il est parmi les quatre souverains encore en vie, le seul qui pourrait espérer le retour à la monarchie. Le contexte politique extrêmement troublé du Népal donne un regain de popularité à la monarchie, que certains espèrent comme une ultime chance de redresser le pays corrompu, pauvre et au point mort.

Au milieu du 18e siècle, le souverain Prithivî Nârâyan Shâh, qui régnait sur la principauté ou le royaume de Gorkha, un petit pays qui correspond au district de Gorkha actuel, réussit à s’emparer de territoires de l’Himalaya et de les unifier pour former un seul royaume, celui du Népal, en 1768. Il est succédé par son fils, qui est succédé par son fils, et ainsi de suite pendant de nombreuses générations jusqu’au roi Mahendra Bir Bikram Shah, qui monte sur le trône en 1955.

Le roi Birendra est monté sur le trône en 1972. Il sera victime du massacre de 2001. Son fils héritier étant à l’origine du massacre et également une victime, son frère Gyanendra deviendra roi jusqu’à l’abolition de la monarchie en 2008 (Photo : Wikimedia Commons)

Le roi Mahendra a plusieurs filles et deux fils : le prince héritier Birendra et le prince Gyanendra. Birendra succède à son père et devient roi en 1972. Il a une fille et deux fils, dont l’un est le prince héritier Dipendra. Le 1e juin 2001 a lieu le massacre de la famille royale népalaise. Lors d’un banquet de famille, le prince héritier Dipendra, âgé de 29 ans, tire sur sa famille.

Ce jour-là, 9 personnes sont mortes, dont le Roi, la Reine et 4 autres personnes qui furent blessées. Le prince héritier Dipendra, qui venait de tuer une partie de la famille royale, terminera son massacre en retournant l’arme contre lui. Le prince héritier tombe dans un coma profond mais rate son suicide. De facto, il devient Roi, ayant tué son père et étant le prince héritier. Néanmoins, il mourra 3 jours plus tard, le 4 juin, des suites de ses blessures. Puisque la majorité des héritiers du roi Birendra sont morts lors du massacre, c’est son frère cadet (oncle du prince héritier), Gyanendra qui devint Roi. Cette histoire est la version officielle.

Le roi Gyanendra, oncle du roi de 3 jours et frère du roi Birendra, monte sur le trône dans un contexte particulier. Il existe de nombreuses théories concernant le massacre, principalement dû au fait qu’aucune enquête sérieuse n’a été réalisée et qu’il existe de nombreuses incohérences dans le déroulé des faits. Le roi Gyanendra a également ordonné la restauration des lieux trop rapidement que pour enquêter. Gyanendra fut pourtant roi jusqu’à l’abolition de la monarchie, faisant marche arrière dans les tentatives de démocratisation du pays de son frère, qui avait également accepté la diminution des pouvoirs royaux. 

L’ancien roi Gyanendra reçoit des fleurs (Photo : Ingmar Zahorsky/Creative Commons 2.0)

Le roi Gyanendra a perdu progressivement des pouvoirs et des prérogatives, jusqu’à l’abolition de la monarchie le 26 mai 2008. Il accepte son sort sans se battre. Une abdication fut d’abord envisagée mais son fils, le prince héritier Paras est d’autant plus impopulaire. Il restait une seule solution également envisagée, celle d’abdiquer en faveur de son petit-fils, le prince Hridayendra, fils du prince héritier Paras mais l’enfant n’avait pas encore 6 ans à l’époque. C’est ainsi que la dynastie Shah, qui régna pendant 240 ans sur le Népal prit fin.

Depuis lors, la situation n’a pas évolué et les trois présidents népalais que se sont succédé sont tous plus impopulaires les uns que les autres. Le système politique est toujours corrompu et la situation s’est même empirée. Par manque d’argent, la culture et le patrimoine du pays s’effondrent, seule richesse sentimentale véritable. L’éventualité de restaurer la monarchie est sur la table. Les monarchistes avancent que le système monarchique n’était pas le plus idéal mais que durant cette période, le roi portait au moins une attention à préserver les valeurs népalaises et était le garant de l’histoire du pays.

Le prince Hridayendra, considéré par certains comme un potentiel roi si la monarchie venait à se rétablir, avec son grand-père, l’ancien roi Gyanendra Shah (Photo : Instagram)

L’autre aspect important était la religion. Le Népal était la seule monarchie hindoue dans le monde. Étant encore le dernier roi hindou en vie, le roi Gyanendra est invité à toutes les manifestations religieuses importantes, principalement en Inde, considéré par certains comme le roi des Hindous. Depuis quelques années, la famille royale est rentrée au Népal et le roi vit avec son épouse, la reine Komal, au palais Nirmal Niwas. Discret, le roi du Népal commente tout de même régulièrement les événements politiques par communiqués de presse et a très clairement fait savoir qu’il répondrait présent le jour où on lui proposerait à nouveau son trône. Son petit-fils, le prince Hridayendra, qui vient d’avoir 18 ans, reste lui aussi un potentiel candidat au trône.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr