Opération Forth Bridge : le protocole prévu pour les funérailles du prince Philip

Tous les membres de premier plan de la famille royale britannique ont droit à un protocole de funérailles répété et prévu de longue date. Si le prince Philip venait à mourir, l’Opération Forth Bridge serait lancée. Quelles seraient les étapes entre l’annonce de son décès et ses funérailles ?

Que va-t-il se passer à la mort du prince Philip ? En quoi consiste l’Opération Forth Bridge ? (Photo : DPA/ABACA)

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Pourquoi le pont du Forth en Écosse ?

Les détails précis de l’Opération Forth Bridge ne sont pas connus. Cependant, on peut se baser sur les détails de l’Opération London Bridge, qui sont souvent mentionnés dans la presse, puisqu’il s’agit du protocole mis en place pour les funérailles de la reine Elizabeth II. De plus, il est possible d’imaginer le déroulé des événements, en se basant sur ce qui a été organisé pour les précédents enterrements royaux.

Les dernières obsèques datent de 2002, année noire pour la reine Elizabeth, qui a perdu sa sœur et sa mère en quelques semaines d’intervalle. Les dernières funérailles de grande ampleur avant celles-ci étaient celles de Diana, en 1997. Diana, comme la reine-mère Elizabeth, avait pour nom de code Opération Tay Bridge.

Les noms de code pour les funérailles sont des ponts, qui sont une sorte de clin d’œil à la personne qu’ils désignent. Par exemple, Elizabeth II porte le nom du London Bridge, étant le plus fameux pont de la capitale britannique. Le prince Charles est désigné par le Menai Bridge, un pont situé au Pays de Galles, en référence à son titre de prince de Galles. Quant au prince Philip, il porte le le nom de Forth Bridge, un pont ferroviaire de 14 km situé à Édimbourg, en référence à son titre de duc d’Édimbourg. Depuis 2015, le pont du Forth fait partie de la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le pont du Forth à Edimbourg est un long pont ferroviaire, construit fin du 19e siècle (Photo : WikiCommons)

Le choix d’un nom de pont est bien évidemment symbolique. Le pont symbolise le passage de la vie à la mort. La traversée du pont peut aussi être considérée comme la période qui sépare la mort des funérailles.

Les codes d’opérations ont commencé à être utilisés dans les années 60. Les opérations sont déployées régulièrement pour des répétitions, supervisées par le futurs défunts eux-mêmes. Les plans sont également aménagés, en fonction de l’évolution du temps et du protocole de chacune des administrations qui sont impliquées dans le plan. 

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Forth Bridge is down !

À la mort du duc d’Édimbourg, le message sera donné : Forth Bridge is down. Autrement dit, « le pont du Forth est à terre ». C’est le Lord Chambellan qui est la première personne officielle, hors des proches, à qui la nouvelle est annoncée. Le Lord Chambellan actuel est le comte Peel. Cependant, il est prévu qu’il prenne sa retraite le 31 mars 2021. Le 1e avril, le nouveau Lord Chambellan, qui est considéré comme le chef de la Cour, prendra ses fonctions. Il est déjà connu. Il s’agira du baron Andrew Parker, ancien patron des renseignements britanniques.

La reine Elizabeth II et son chambellan devraient rapidement mettre au point tous les détails, avant que la Cour ne communique l’information hors du Palais. Le Premier ministre serait le premier mis au courant. Il est prévu que ce soit ensuite la BBC et Press Association qui reçoivent en même temps l’annonce du décès. Les deux organes de presse pourront alors communiquer l’annonce au public. Il est également prévu qu’un câble diplomatique soit envoyé juste avant aux différentes ambassades et en particulier aux gouverneurs généraux de tous les royaumes du Commonwealth.

Si le duc d’Édimbourg meurt durant la journée, le lancement du protocole peut avoir lieu dès que la famille est prête. Par contre, si la mort survient pendant la nuit, ils attendront 8 heures du matin pour en faire l’annonce.

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Le déroulement des obsèques du prince Philip

Une fois la mort du prince Philip rendue publique, les personnalités publiques et politiques seront priées de porter du noir, en marque de respect. La plupart des journalistes devraient respecter ces instructions. Les députés sont appelés à porter une cravate noire ou au moins porter un brassard noir en signe de respect. Les masses cérémonielles, qui sont des sortes de sceptres symbolisant le pouvoir monarchique, et que l’on retrouve dans les différents Parlements du Commonwealth, porteront également un ruban noir noué au manche.

Tous les drapeaux du pays seront en berne, à l’exception de l’étendard de la famille Windsor, qui lui n’est en berne qu’à la mort du souverain. La reine Elizabeth entamera une période de deuil de 8 jours. C’est à dire que pendant cette date, il est de coutume (sauf cas de force majeure) qu’elle ne signe pas de nouvelle loi. Une période de deuil national, sera déclarée pendant 30 jours. La famille royale annulera tous ses engagements durant cette période. Si des affaires diplomatiques, comme des visites d’État ou des réunions avec des représentants étrangers étaient prévues, elles seront reportées.

On sait que le prince Philip est un homme discret. C’est donc tout naturellement qu’il a opté pour des obsèques discrètes. Les membres de la famille royale ont eux-mêmes mis au point leurs funérailles et ont même participé à certaines répétitions, afin d’organiser des cérémonies à leur image. Ainsi, il est de tradition d’exposer le cercueil à Westminster, où la population est invitée à se rendre pour rendre un dernier hommage devant la dépouille. Il semblerait que cette étape ait été annulée pour le prince Philip.

Ici, les funérailles de la reine-mère en 2002, après avoir déployé l’Opération Tay Bridge (Photo : Melville Toby/PA Photos/ABACA)

Le duc d’Édimbourg sera simplement visible pour les proches et certains dignitaires au palais St James. Pour les funérailles, elles sont prévues à la chapelle Saint-Georges de Windsor. Là encore, les funérailles ne devraient pas être aussi prestigieuses que celles de la reine-mère en 2002. Seuls les chefs d’État du Commonwealth seraient invités, ainsi que certains membres de classe politique britannique, les proches, la famille et bien entendu les représentants de l’armée. Il n’est même pas certain que des caméras filment la cérémonie religieuse.

Bien entendu, en cas de crise sanitaire, comme c’est le cas actuellement, les funérailles seraient encore plus discrètes et aménagées de sorte qu’elles respectent toutes les règles en vigueur.

Bien qu’il ait le droit à des funérailles d’État, en tant qu’époux du chef d’État, le prince Philip a choisi des funérailles militaires. Le prince Philip, qui a servi pendant 12 ans à l’armée, est Lord-Grand-Amiral depuis 2011. En 2015, il a transféré son titre de Commodore-en-chef de l’Armée de l’air à la duchesse de Cornouailles. Il reste néanmoins colonel-en-chef du régiment des ingénieurs, le Royal Electrical and Mechanical Engineers, colonel-en-chef du corps de renseignement, l’Intelligence Corps. Et enfin, le duc d’Édimbourg est colonel-en-chef des Queen’s Royal Hussars. Il est également colonel-en-chef de plusieurs régiments en Nouvelle-Zélande, Canada ou Australie.

Depuis 1953, il est amiral de la flotte dans la Marine (Royal Navy), ainsi que ses équivalents dans l’armée de terre, qui Field Marshall, et dans l’armée de l’air, qui est Marshall (maréchal).

De 1953 à décembre 2017, le prince Philip était capitaine général de la Marine. Il a transféré ce titre honorifique prestigieux à son petit-fils, le prince Harry, peu de temps avant son mariage. Un titre que le duc de Sussex a lui-même perdu en mars 2021, lorsqu’il a été confirmé qu’il abandonnait définitivement ses fonctions royales.

Des funérailles militaires sont donc prévues à Windsor. Après les obsèques, sa dépouille sera amenée jusqu’au cimetière. Le choix du cimetière prête encore à discussions. La plupart des rumeurs actuelles parlent du Cimetière royal de Frogmore Gardens. C’est dans ce domaine, qui jouxte celui de Windsor, que sont enterrés les membres de la famille royale qui ne sont pas souverains. Le dernier à y avoir été enterré est Sir Angus Ogilvy, époux de la princesse Alexandra de Kent, en 2005. Avant lui, c’est la princesse Alice, duchesse de Gloucester qui y a été enterrée. On y retrouve aussi un Mountbatten, ainsi que des membres de la famille Schleswig-Holstein, cousins de la famille royale de Grèce dans laquelle est né le prince Philippe en 1921.

Frogmore Gardens serait donc le choix de la discrétion. L’autre possibilité est à la chapelle Saint-Georges de Windsor. C’est ici qu’a été enterré le roi George VI et son épouse, la reine-mère Elizabeth. Elizabeth II a elle-même réservé une concession pour 6 personnes. Ces six personnes, en plus de sa mère et son père, seraient elle, son fils Charles, l’épouse de Charles, et éventuellement le prince Philip. La princesse Margaret a été incinérée et son urne a donc pu y reposer en plus dans le caveau.

Enfin, la dernière possibilité est la moins probable. Il s’agirait de l’abbaye de Westminster. Ce lieu sert surtout de nécropole aux rois et reines avant la période hanovrienne, bien que George II y soit aussi inhumé. Il aurait néanmoins droit à reposer à Westminster, en tant qu’époux du chef d’État, mais cela ne correspond pas à son image. Même la reine Elizabeth ne choisira probablement pas ce lieu.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr