Qui serait l’empereur de Russie aujourd’hui ? Les héritiers de Nicolas II et la Loi paulienne

En 1797, l’empereur Paul 1e adopte une règle de succession héréditaire au trône impérial de Russie. Ces règles très strictes sont connu comme la Loi paulienne ou la Loi de Paul. Qui serait aujourd’hui l’empereur de Russie si on s’en tenait à la Loi de Paul, toujours en vigueur au moment de la Révolution de 1917 et de l’assassinat de Nicolas II, dernier empereur russe ? Les Légitimistes, partisans monarchistes russes qui continuent à reconnaitre cette loi successorale, reconnaissent la grande-duchesse Maria Vladimirovna, comme la prétendante au trône de Russie. Qu’est-ce que la Loi de Paul ? Quels sont les arguments des Légitimistes ?

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Qui est le successeur de Nicolas II ?

Il existe aujourd’hui plusieurs prétendants au trône impérial de Russie. Comme dans toutes les monarchies éteintes il est fréquent que plusieurs membres d’une même famille se présentent comme le chef de famille potentiel, et donc le potentiel souverain si le trône venait à être réinstauré. Ces divergences proviennent du fait que de nombreuses règles existaient au temps de la monarchie, et depuis son abolition, certaines d’entre elles ont été modifiées ou non respectées.

Dans une monarchie actuelle, comme en Belgique, au Royaume-Uni, en Espagne, en Suède, au Danemark, il est fréquent que l’on modifie ces règles, au fil des époques, des évolutions du temps et en fonction de l’état de santé de la famille : si elle est nombreuse, restreinte, vieillissante,… Ces changements sont alors légitimés par une modification de la constitution ou par la publication de nouvelles lois. Personne ne peut donc les contredire et on les accepte. 

Dans le cas des monarchies éteintes, les modifications des règles de succession se font par l’ainé de la famille. Mais elles ne peuvent plus être légitimées par un gouvernement, un parlement, une constitution,… C’est alors qu’apparaissent différents partisans qui acceptent de suivre les nouvelles règles, d’autres partisans ne veulent pas les reconnaitre et suivent les anciennes règles, et donc plusieurs branches apparaissent et peuvent prétendre au trône.  Dans le cas du trône impérial de Russie, les choses sont assez complexes, depuis 1992.

La Russie avait adopté l’une des règles de succession les plus strictes de son temps. En 1797, le tsar Paul 1e instaure cette nouvelle loi de succession pour la Maison de Holstein-Gottorp-Romanov. On l’appelle familièrement la Loi paulienne. La Loi paulienne était encore en vigueur lors de l’assassinat du dernier tsar en 1918 avec quelques modifications depuis la loi d’origine. Les partisans de cette loi sont appelés les Légitimistes. Aujourd’hui, selon les Légitimistes, la prétendante au trône, et donc celle qui serait l’impératrice, est la grande-duchesse Maria Vladimirovna. Son héritier est le grand-duc Georges Mikhaïlovitch

La grande-duchesse Maria Vladimirovna avec son héritier, le grand-duc Georges Mikhaïlovitch Romanov. L’impératrice selon ses partisans légitimistes, avec le tsarévitch. (Photo : Hand out/Maison impériale)

Qu’est-ce que la Loi paulienne ?

Pour comprendre l’origine de la Loi paulienne, il faut savoir qu’avant cette loi, les empereurs de Russie se succédaient depuis 1722 selon des règles bien plus floues. Pierre le Grand (1672-1725) avait eu deux épouses. Avec sa première épouse, Eudoxie, il avait eu 3 fils dont deux sont morts bébés. Son seul fils, Alexis, est mort torturé à 28 ans.

Avec sa deuxième épouse, la lituanienne Marthe Skavronska, qui avait pris le prénom de Catherine lors de sa conversion à la religion orthodoxe, il avait eu 11 enfants. À sa mort en 1725, sur les 11 enfants, seules trois filles étaient encore en vie : Anna, Élisabeth et Natalia. Anna et Élisabeth sont nées hors mariage, le mariage entre Pierre et Catherine n’ayant eu lieu qu’en 1712. Par contre, Pierre 1e était grand-père de Pierre et Natalia par son fils Alexis.

Sans héritier évident, Pierre 1e va abolir la loi de succession par primogéniture et il choisit d’instaurer une succession par désignation. C’est au tsar de choisir son successeur avant sa mort. Notons aussi au passage que sous Pierre 1e le Grand, le tsar devient officiellement empereur. Par abus de langage on utilise encore le mot tsar pour les souverains suivants, alors qu’ils sont en réalité empereurs.

À la mort de Pierre 1e en 1725, c’est sa seconde épouse qui devient impératrice sous le nom de Catherine 1re. De la mort de Pierre 1e à Pierre III en 1762, seulement 37 ans se sont écoulés mais 6 empereurs et impératrices se sont succédé. Ils sont soit fils, petit-fils ou épouse d’un ancien tsar. En 1762, Charles-Pierre-Ulrich de Holstein-Gottorp monte sur le trône sous le nom de règne de Pierre III.

(Image : Histoires Royales)

Pierre III est le petit-fils de Pierre 1e par sa fille Anna, qui avait épousé Charles-Frédéric de Holstein-Gottorp. Charles-Frédéric était un membre de la famille Holstein-Gottorp qui n’avait pas réussi à s’emparer du trône de Suède. Exilé en Russie, son fils est donc le fondateur de la dernière maison impériale, qui d’un point de vue strictement agnatique est donc Holstein-Gottorp.

Charles-Pierre-Ulrich de Holstein-Gottorp devient l’empereur Pierre III de Russe (Image : domaine public)

Les femmes pouvant monter sur le trône, on décide de continuer à appeler la famille impériale Romanov, comme c’est aussi le cas aujourd’hui au Royaume-Uni. Lorsque le prince Charles montra sur le trône, la maison régnante sera toujours Windsor et ne prendra pas le nom du père de Charles. Le nom de la famille régnante est donc fixé. Parfois on retrouve tout de même la mention Holstein-Gottorp-Romanov ou Holstein-Gottorp-Russie pour la différencier des dynasties Romanov précédentes. 

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Les Romanov sont des Oldenbourg

Les Holstein-Gottorp sont issus d’une branche de la famille royale de Danemark, elle-même descendante des comtes d’Oldenbourg. Le comte Christian VIII d’Oldenbourg, donc d’origine germanique, accède au trône du Danemark en 1448, sous le nom de Christian 1e. Son fils, son petit-fils, son autre fils Frédéric 1e lui succèdent. 

Les familles royales descendantes des Oldenbourg (Image : Histoires Royales)

Comme le veut la règle, le fils ainé de Frédéric, Christian III lui succède sur le trône du Danemark. Mais Frédéric voulut aussi laisser un héritage à son deuxième fils, Jean. Il lui offrira alors le duché de Schleswig-Holstein. Jean sera le premier duc de Schleswig-Holstein et initie donc une nouvelle branche ducale. Jean meurt sans descendant et ses possessions sont divisées entre ses frères et son neveu. L’un de ses frères, Adolphe, donc troisième fils de Frédéric 1e, obtient la subdivision du Schleswig-Holstein Gottorp. Gottorp vient du nom Gottorf où était situé son château.

Comme nous venons de le voir, la nouvelle branche des Holstein-Gottorp porte donc un titre ducal pour l’ainé de la famille. Un membre cadet, Adolphe-Frédéric accède au trône de Suède en 1751. Une bonne dizaine d’années auparavant, Charles-Frédéric, qui était le duc de Holstein-Gottorp meurt et son fils unique, Charles-Pierre-Ulrich, issu de son mariage avec Anna, la fille de l’ancien tsar Pierre le Grand, lui succède à la tête du duché. 

Rappelez-vous, depuis Pierre 1e les tsars sont désignés par leur prédécesseur. Charles-Ulrich avait été désigné par l’impératrice Élisabeth 1re comme son successeur. Même s’il appartenait aux Holstein-Gottorp par son père, par sa mère, il était bien entendu le descendant de Pierre 1e. En 1745, il avait marié sa cousine, Sophie d’Anhalt-Zerbst, devenue Catherine en se convertissant à la religion orthodoxe.

Sophie d’Anhalt-Zerbst succède à son époux, Pierre III, sous le nom de Catherine II, en 1762 (Image : domaine public)

Charles-Pierre-Ulrich monte sur le trône en 1762 sous le nom de Pierre III. Son règne n’est que de courte durée, 6 mois, renversé par un coup d’état de son épouse, Catherine II qui lui succède. À sa mort, en 1796, Catherine II désigne son fils, Paul, pour lui succéder. Paul avait aussi hérité du titre ducal d’Holstein-Gottorp de son père. 

Une fois devenu empereur, Paul 1e se débarrasse de son titre ducal et l’échange avec son lointain cousin, Christian VII de Danemark. Qui lui, en échange, lui rend le titre d’origine de comte d’Oldenbourg. Là encore, Paul accepte le titre de comte d’Oldenbourg, il élève le comté au rang de duché, puis l’offre à son cousin germain, Frédéric-Auguste. On voit que Paul 1e a réglé de nombreuses questions dynastiques, qui concernent l’usage de titres. 

La loi Paulienne

Paul est un personnage assez controversé et il n’est pas étonnant que son goût pour l’autocratie le pousse à changer les règles de succession pour adopter un système successoral héréditaire. Cette règle est connue comme la Loi paulienne. Elle indique que le trône passe en suivant une règle de primogéniture masculine. Plus tard, on lui ajoutera aussi le caractère semi-salique. Semi-salique, car dans le cas où toutes les branches seraient éteintes, qu’il n’y aurait plus aucun descendant mâle, on irait chercher un héritier parmi les descendants d’une branche féminine en suivant là aussi l’ordre de naissance. 

Paul 1e a modifié les règles de succession et instaure un système héréditaire, qui répond à différentes conditions (Image : domaine public)

Mais les lois pauliennes sont aussi l’une des plus strictes de toutes les monarchies de l’époque car il y a un deuxième critère important. On ne transigeait pas avec les mariages morganatiques. Un mariage morganatique est un mariage inégal. Ce type de règle était très fréquent dans les monarchies germaniques, moins fréquent ou inexistant dans d’autres monarchies. Il y a aussi une souplesse qui est propre à chaque monarchie. Par exemple, faut-il considérer égal ou inégal un mariage entre le fils d’un souverain et une comtesse ou même une princesse issue d’une famille non régnante ? En Russie, la règle était très stricte. C’est-à-dire qu’un membre de la famille impériale ne devait pas seulement épouser un noble mais bien un autre membre d’une famille royale et si possible même, dans un premier temps, d’une famille royale régnante. Tout autre mariage était considéré comme morganatique.

Par exemple, lorsque la princesse Tatiana s’est fiancée en 1911 au prince Constantin Bagration-Moukhransky, il a fallu militer auprès de son cousin, le tsar Nicolas II pour qu’il donne son accord. Le prince Constantin était bien un prince, issu de la plus grande famille royale de Géorgie, mais la famille n’était plus régnante. Peu à peu les monarchies ont été abolies en Europe et par conséquent, il devenait de plus en plus difficile de se marier entre familles royales régnantes.

La princesse Tatiana de Russie a pu épouser le prince Constantin Bagration-Moukhransky mais elle a dû renoncer aux prétentions dynastiques pour sa descendance (Photo : Wikimedia Commons)

On a alors pensé faire une exception pour les membres de la famille impériale considérés comme cadets. C’est-à-dire, des cousins éloignés du tsar, qui appartiennent bien à la famille mais n’ont quasiment aucune chance de monter sur le trône, d’autant plus lorsqu’on est une femme. Il existait d’ailleurs une distinction de titre. Les membres de la famille les plus proches de l’empereur, des fils et petits-fils de tsars, sont grands-ducs et grandes-duchesses, les autres sont princes ou princesses.

Tatiana fut autorisée à marier son prince géorgien par Nicolas II mais dut renoncer à ses droits dynastes pour ses futurs enfants. Les enfants issus de mariages morganatiques entre un prince russe et une femme de rang inférieur portaient alors un nouveau patronyme : Brassov, Yourevski, Paley

À la recherche d’un héritier

En 1918, l’empereur Nicolas II, sa femme et leurs enfants sont assassinés par les Bolcheviks. D’autres membres de la famille impériale sont assassinés dans les jours qui suivent. La famille impériale est décimée et le nombre d’héritier potentiel devient critique. 

Avant son assassinat, Nicolas II avait déjà été contraint à abdiquer, en 1917. Officiellement, Nicolas II a abdiqué en faveur de son frère, Michel, qui est devenu Michel II pendant un jour, du 15 au 16 mars 1917. Michel II abdique lui aussi et il sera également assassiné en 1918. 

Nicolas II et sa famille ont été assassinés en 1918 (Photo : domaine public)

Une fois la famille impériale assassinée, un casse-tête est en place pour trouver un héritier à la tête de la maison impériale, qui n’était donc plus régnante. Tous les descendants naturels de Nicolas II ont été exécutés. Michel II, successeur de Nicolas II avait été exécuté lui aussi mais il avait un fils, Georges. Georges n’était pas dynaste, Michel ayant contracté un mariage morganatique. Georges est mort à 20 ans sans descendance. 

Nicolas II avait aussi des sœurs mais rappelons-le, la loi paulienne ne s’intéressait aux branches féminines qu’en dernier recours, dans le cas où toutes les autres branches masculines étaient éteintes ou que les branches masculines subsistantes avaient été rendues non-dynastes par un mariage morganatique. 

(Image : Histoires Royales)

Le plus proche parent masculin, issu d’une branche masculine légitime, est à l’époque le grand-duc Cyrille. Cyrille est le fils du grand-duc Vladimir, frère de l’empereur Alexandre III et fils cadet d’Alexandre II. Cyrille était dynaste car son père Vladimir avait épousé la princesse Marie de Mecklembourg-Schwerin, la fille du grand-duc régnant Frédéric-François II de Mecklembourg-Schwerin. Cyrille avait fui la Russie à la révolution et avait échappé au massacre.

Cyrille avait épousé la princesse Victoria-Mélita, petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni. Ce mariage était considéré comme égal, puisque son père, Alfred était le fils de la reine Victoria, mais surtout, il était devenu le duc régnant de Saxe-Cobourg-Gotha. Elle était donc la fille d’un souverain. 

Victoria-Mélita de Saxe-Cobourg-Gotha et Cyrille Vladimirovitch de Russie (Photo : Wikimedia Commons)

En 1924, Cyrille se proclame Gardien du trône de Russie. Cyrille devient le premier prétendant au trône officiel et reconnu par tous les courants monarchistes russes. Sa légitimité ne fait aucun doute. Il finira même par s’autoproclamer « empereur en exil ». S’il s’est passé un long moment entre l’exécution du dernier empereur et la proclamation de son héritier, c’est tout simplement parce qu’à l’époque, on ne voulait pas croire que tous les descendants de Nicolas II avaient été tués. On n’osait pas parler de succession, également par respect pour l’impératrice douairière, la mère de Nicolas II qui avait vu sa descendance se faire assassiner. 

L’empereur en exil Cyrille avait installé sa cour dans le petit village breton de Saint-Briac, près de Dinard. À la mort de Cyrille, en 1938, son seul fils, Vladimir hérite du titre de chef de famille et restera le prétendant au trône impérial pendant plus de 53 ans, jusqu’à sa mort en 1992. C’est à sa mort que les querelles dynastiques apparaissent. 

En 1992, c’est sa fille Maria Vladimirovna qui succède à la tête de la famille. Vladimir n’a eu qu’une fille unique et la Loi paulienne permet à une femme de prétendre au titre, dans le cas où il n’y a plus d’héritiers masculins. Selon les Légitimistes, aucun autre Romanov en vie à l’époque ne répond aux critères de la Loi paulienne, exceptée Maria Vladimirovna.

La grande-duchesse Maria Vladimirovna serait l’impératrice aujourd’hui selon les Légitimistes (Photo : Hand out/Maison impériale)

Cependant, la succession n’est pas si simple. Vladimir avait épousé la princesse Léonide Bagration, issue de la plus ancienne famille royale de Géorgie. Certains considèrent ce mariage comme morganatique. Bien que la famille Bagration ait régné sur la Géorgie pendant 1000 ans, la Géorgie avait cessé d’être une monarchie lorsqu’elle fut annexée à la Russie. La question est donc de savoir si on considère ce mariage comme égal ou inégal. Il y a évidemment un précédent qui blesse. 

L’arbre généalogique de la grande-duchesse Maria Vladimirovna de Russie, avec sa branche maternelle géorgienne (Image : Histoires Royales)

Rappelez-vous, la princesse Tatiana avait obtenu l’autorisation d’épouser un prince géorgien de cette même famille en 1911. Mais l’empereur lui avait fait signer un contrat de mariage dans lequel elle reconnaissait que ses descendants seraient non-dynastes.

Pour cette raison, une partie des partisans monarchistes ne veut pas reconnaitre Maria Vladimirovna comme l’héritière. Il y a bien évidemment des arguments inverses, comme notamment le fait qu’il est un peu déplacé de considérer le mariage avec une princesse géorgienne comme inégal sous prétexte que sa famille ne règne plus sur la Géorgie… alors que la famille Romanov est elle aussi une ancienne famille impériale, qui ne règne plus sur la Russie. Techniquement, la famille Romanov et la famille Bagration sont de rang égal depuis la révolution. 

Certains ne considèrent pas Maria Vladimirovna comme la cheffe de famille, sous prétexte soit que ses parents ont contracté un mariage inégal, mais dans ce cas là personne ne serait dynaste car il n’existe aucun autre descendant en vie qui descende d’un autre mariage égal. D’autres ne la considèrent pas comme la cheffe, étant donné que la transmission à une femme ne se ferait qu’en dernier recours, s’il n’y a pas d’autres candidats potentiels. Selon certains donc, il existerait d’abord d’autres candidats masculins. Bien entendu pour les légitimistes, ces candidats ne sont pas dynastes, étant issus de mariages inégaux. 

La princesse Léonide de Bagration-Moukhranski (gauche) et son époux, Vladimir avec sa mère (droite)

À la mort de Vladimir, certains voient Nicolas Romanovitch Romanov comme le prétendant au trône, étant le plus proche parent masculin. Nicolas est l’arrière-arrière-petit-fils de l’empereur Nicolas 1e. Il est aussi techniquement d’un point de vue strictement agnatique, l’ainé masculin en ligne directe de la famille impériale, à cette époque-là, si on exclut le critère des mariages égaux ou inégaux. Il devient alors le président de l’Association de la famille Romanov, qui regroupe principalement tous les Romanovs qui sont princes, rappelez-vous la différence, et non grands-ducs. 

Nicolas meurt en 2014 sans héritier mâle et son frère Dimitri lui succède. Dimitri meurt lui sans enfant, en 2016. À sa mort, c’est son cousin André Romanov qui lui succède, étant considéré comme le parent masculin le plus proche.

Nicolas et Dimitri, fils de Roman, descendent de Nicolas 1e. Leur père a contracté un mariage morganatique (Image : Histoires Royales)

André est doublement lié à la famille, puisque sa grand-mère est Xenia, la sœur de Nicolas II et son grand-père est Alexandre, le petit-fils de Nicolas 1e. André Romanov a 98 ans et vit en Californie. Sa sœur Olga est la présidente de l’Association de la famille Romanov. 

André et Olga sont les enfants d’Andrei, lui-même fils de Xenia et Alexandre. Xenia était la sœur de Nicolas II, Alexandre était le petit-fils de Nicolas 1e (Image : Histoires Royales)

André s’est marié trois fois et a des enfants issus de deux de ses mariages. Tous ses mariages sont morganatiques. Selon les légitimistes, la prétention d’André n’est pas valide étant le fils d’Andreï et d’Elisabetta de Russo-Sasso. Une noble certes, mais qui ne descend pas d’une famille royale ni d’une famille ayant au moins régné un jour sur un territoire. 

Si on s’intéresse uniquement aux branches ainées, l’ainé en ligne masculine directe des Romanov, est Dimitri. Dimitri est membre de la branche Ilyinsky, le titre créé lorsque son grand-père, le grand-duc Dimitri Pavlovitch a épousé la roturière américaine Audrey Emery. Paul Ilinsky a été maire de la ville de Palm Beach, en Floride. 

Un autre prétendant au trône est Charles-Emich de Leiningen. Ancien prétendant au trône de Leiningen, il a perdu ce droit lors d’une querelle familiale. En 2014, avec l’aide de l’homme d’affaires Anton Bakov du Parti monarchiste, il fonde la micronation de l’État souverain du Trône impérial. Il assoit sa légitimité selon les règles de succession instaurées par Pierre 1e le Grand. C’est-à-dire qu’il s’autoproclame empereur sous le nom de Nicolas III suite à sa conversion à la religion orthodoxe, et ne reconnait pas le Loi paulienne.

Anton Bakov est son premier ministre, qui porte le titre d’archichancelier du trône. La micronation affirme posséder 80 hectares au Monténégro. L’empire s’appelle aujourd’hui l’Empire Romanov. Il possède différents territoires dans une quinzaine d’endroits dans le monde, dont l’atoll Suwarrow dans l’océan Pacifique. En 2017, l’Empire prétend avoir signé un contrat avec la Gambie et possède alors une île artificielle au large de la Gambie. Le pays, bien que non reconnu par la communauté internationale serait reconnu par six pays.  

Si on ne tient compte d’aucun critère, masculin féminin, mariages égaux ou inégaux, c’est la comtesse Xenia Cheremetieva-Ioussoupova qui est aujourd’hui la plus proche parente ainée du tsar Nicolas II. Elle est l’arrière-petite-fille de Xenia, la sœur de Nicolas II. 

Les Légitimistes

Pourquoi les Légitimistes considèrent Maria Vladimirovna comme l’héritière du trône ? Tout d’abord, parce qu’elle est la fille unique du dernier prétendant légitime non-disputé, Vladimir. 

Si on considère le mariage de ses parents comme inégaux, car sa mère ne serait pas issue d’une famille régnante mais simplement d’une ancienne famille royale, alors plus aucun Romanov vivant aujourd’hui ne serait légitime, tout simplement parce qu’aucun membre de la famille n’a épousé un prince ou une princesse issue d’une famille régnante. Par contre, tout comme les Romanov sont une famille ayant régné sur un pays, la famille Bagration est elle aussi une famille ayant régné sur un pays. Le mariage est donc égal. Contrairement à l’autre prétendant au trône, André, dont sa mère Elisabetta de Ruffo-Sasso n’est pas issue d’une ancienne famille régnante. 

Autre élément important. Maria Vladimirovna est aujourd’hui reconnue par l’Église russe orthodoxe comme étant la prétendante au trône. 

Quel avenir pour les Légitimistes ?

La grande-duchesse Maria Vladimirovna a épousé en 1976 le prince Franz Wilhelm de Prusse, un membre de la famille Hohenzollern, descendant des rois de Prusse et empereurs d’Allemagne. L’appartenance à cette prestigieuse famille permet de respecter totalement la loi paulienne en ce qui concerne le mariage à rang égal. Le père de Maria, le grand-duc Vladimir, a approuvé ce mariage. Pour rappel, le grand-duc Vladimir était le prétendant au trône impérial reconnu par tous les courants monarchistes jusqu’à sa mort en 92.

Franz Wilhelm de Prusse est l’ex-époux de la grande-duchesse Maria Vladimirovna, connu durant son mariage comme le grand-duc Mikhaïl Pavlovitch (Photo : Hand out/Maison impériale)

Le grand-duc Vladimir, en tant que chef de la famille Romanov, a non seulement approuvé le mariage de sa fille mais il a aussi octroyé le titre de prince de Russie à son nouveau gendre. Franz Whilelm a pris le nom russe de Mikhail Pavlovitch après sa conversion à la religion orthodoxe. Le contrat de mariage stipule aussi que leurs futurs enfants abandonneraient toute prétention aux trônes d’Allemagne et de Prusse. 

Continuer la lignée dynastique des Romanov à travers une femme n’est pas quelque chose de particulièrement étrange, puisqu’il y a un précédent. L’actuelle famille Romanov est en lignée masculine en réalité issue de la famille de Holstein-Gottorp, elle-même une branche cadette des comtes d’Oldenbourg. La nouvelle branche des Romanov est issue du mariage de Charles Frédéric de Holstein-Gottorp avec Anna Petrovna de Russie, fille de Pierre et Catherine de Russie. Le fils de Charles-Frédéric et Anna Petrovna, deviendra Pierre III et sera le premier empereur Holstein-Gottorp-Romanov en 1762.

Revenons donc à la grande-duchesse Maria. Maria Vladimirovna et Mikhail Pavlovitch se sont séparés en 1985. Ils ont toutefois eu un enfant, Georges Mikhailovitch en 1981. Georges est aujourd’hui considéré comme l’héritier selon les Légitimistes. Il remplit toutes les conditions de la Loi paulienne. Il porte aussi le titre subsidiaire de son père et est prince de Prusse. Il n’a officiellement aucune prétention dynastique dans la famille Hohenzollern étant donné que son père a renoncé à ses droits à son mariage. Il n’y a donc aucun doute pour les Légitimistes, sur le fait que le grand-duc Georges Mikhaïlovitch succèdera à sa mère à la tête de la Maison impériale.

La grande-duchesse Maria Vladimirovna avec son fils unique, le grand-duc Georges Mikhaïlovitch Romanov, actuel tsarévitch (Photo : Hand out/Maison impériale)

L’avenir des légitimistes semble moins certain. Au début de l’année 2021, la grande-duchesse Maria a annoncé avec joie le mariage de son fils unique. Le grand-duc Georges épousera sa compagne de longue date en octobre 2021 à Saint-Pétersbourg. Rebecca Bettarini, sa future épouse, s’est convertie à la religion orthodoxe et porte le nom russe de Victoria Romonavna

Ce mariage peut difficilement être justifié comme égal selon les règles actuelles en vigueur soutenues par les Légitimistes. La grande-duchesse Maria a déjà annoncé dans le communiqué des fiançailles qu’elle octroiera un titre de princesse à sa nouvelle belle-fille. Par le passé, le père de Maria avait lui aussi accepté de reconnaitre des mariages inégaux de ses cousins, en octroyant des titres de princesses à leurs épouses et des nouveaux titres princiers à leurs descendants. On a par exemple la famille des princes Romanov-Ilyinski, Romanov Pavolvsky, Romanov-Strelnisnksy, etc. 

On peut donc s’attendre à un changement de loi au sein de la Maison impériale si on veut continuer à perpétuer la dynastie par le grand-duc Georges. À l’heure actuelle, la Maison impériale, selon les règles pauliennes, ne se compose que de deux personnes, Maria Vladimirovna et son fils, Georges Mikhaïlovitch. Tous les autres prétendants, membres de la famille, membres de l’Association privée des Romanov ou princes de Russie ont été exclus par des règles de succession en inadéquation avec les lois pauliennes. 

Georges Mikhaïlovitch et Rebecca Victoria Romanovna Bettarini (Photo : Hand out/Maison impériale)

Autrement dit, après Maria et son fils, plus aucun membre de la famille ne répondra aux critères imposés par les anciennes règles. Une modification des règles est certainement à prévoir. On a constaté que la grande-duchesse Maria n’a pas encore modifié les règles et accordera simplement un titre de princesse à sa belle-fille. Il faudra donc peut-être attendre que le grand-duc Georges soit à son tour le chef de la famille pour qu’il modifie ces règles.

L’exclusion de la succession de membres d’une famille pour des raisons de mariages inégaux n’est plus qu’appliquée que dans certaines anciennes familles germaniques. Même dans la famille conservatrice des Habsbourg la sanction pour raison de mariage morganatique a été levée. Cette règle n’est en vigueur dans aucune des monarchies effectives en Europe. Actuellement, sur les dix monarchies héréditaires du continent européen, on peut considérer que tous les souverains ont contracté des mariages inégaux, à l’exception de la reine Elizabeth. Elizabeth II a épousé le prince Philip, né prince de Grèce et de Danemark mais à l’occasion de son mariage, il n’était qu’un duc avec prédicat d’Altesse royale aux yeux de la noblesse britannique.

Pour les autres, en Espagne, au Luxembourg, à Monaco, en Norvège, en Suède, aux Pays-Bas, le souverain a épousé une roturière, dans tous ces cas. En Belgique et au Liechtenstein, on peut aussi considérer le mariage du souverain inégal bien que leurs épouses, Mathilde et Marie, soient issues de la noblesse. On peut donc imaginer que dans le futur, en raison du manque de membres Romanov légitimes il faudra modifier les règles pour élargir la succession aux descendants de Georges. Cette modification des règles sera une première en 100 ans mais elle permettra aussi de refléter les valeurs de la société dans laquelle nous vivons. 

Rappelons que la prétention au trône n’est pas aujourd’hui la préoccupation principale de la Maison impériale. L’éventualité qu’un empereur Romanov s’asseye de nouveau sur le trône est évidemment de l’ordre du fantasme. Aujourd’hui, comme la plupart des prétendants au trône des autres anciennes monarchies, la famille impériale prend plutôt à cœur de chérir leur héritage et d’œuvrer pour le maintien de certaines valeurs et d’être les garants du souvenir de leur famille. La famille impériale œuvre aussi à la promotion de la culture russe. Le grand-duc George est cosmopolite. Il a travaillé dans les institutions européennes à Bruxelles, il a un héritage germanique par son père, il a grandi en Espagne et il est aujourd’hui impliqué dans des œuvres humanitaires en Russie, notamment dans les banques alimentaires

Au-delà de toutes les rivalités dynastiques et les questions pragmatiques, on peut espérer que le futur de la famille sera légitimé par un engagement réel du prétendant à perpétuer le sens du service. 

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr